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sommaire de la Lettre N°19, mars 2007

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Quelle crise pour l’Europe ?


mise en ligne: mardi 6 mars 2007


L’Europe semble en panne : baisse du sentiment Européen, absence de projet de la Commission et de Parlement, rejet du TCE en France et en Hollande, élargissement raté, moteur Franco-allemand en panne …
De nombreuses personnes, animées des meilleures intentions, se demandent comment sortir l’Europe de l’impasse sans arriver à formuler une vraie stratégie et, a fortiori, sans proposer de cheminement pour la mettre en œuvre.

Une première raison de cette « impuissance » vient du succès de l’Europe libérale. Pour les libéraux, l’Europe n’est pas en crise. Elle a encore besoin de plus de libéralisme (directive Bolkenstein par exemple) mais elle fonctionne. Il est donc urgent de ne rien changer.

La démarche des Européens non libéraux est donc ardue :
-  comprendre les raisons du marasme actuel
-  puis redonner un désir d’Europe aux Européens grâce à une vision mobilisatrice mais aussi via des projets qui ont un impact sur la vie quotidienne des Européens
-  enfin, trouver le chemin permettant de mettre en œuvre cette stratégie (en établissant un rapport de force politique favorable).
I- Les raisons du marasme actuel
a-Le délitement du projet Européen
L’Europe s’est construite peu après la seconde guerre mondiale pour essayer de préserver la paix notamment entre la France et l’Allemagne. Ses premières manifestations concrètes comme la CECA (1950) visaient à subvenir à des besoins élémentaires (se chauffer, construire des biens industriels).
Ensuite, l’Europe engrange les succès : développement économique (gestion maîtrisée de l’agriculture, croissance et égalisation des niveaux de vie, croissance de l’espérance de vie, …) mais aussi consolidation de la démocratie en Europe du Sud.
L’Europe est alors devenue un objet politique singulier où la négociation prévaut pour régler les différends et, surtout, où une solidarité significative permet le développement de l’ensemble.
Après ces succès forts, le projet s’est délité car la vision libérale l’a emporté :
-  coup d’arrêt aux mesures d’harmonisation sociale peu après l’entrée de la Grande-Bretagne (fin des années 70)
-  concentration sur le marché Unique puis sur l’Euro
-  élargissement raté malgré quelques succès économiques : négociation bureaucratique et non politique, vision libérale de la stratégie à imposer aux nouveaux entrants, réaction de rejet des anciens membres (du plombier Polonais en France à l’infirmière Lithuanienne en Italie)

Lors des dernières années, l’échec total de la stratégie de Lisbonne, l’inflation perçue par les ménages lors du passage à l’Euro et la politique monétariste de la BCE, l’activisme brouillon de la Commission ont conduit à un vrai désenchantement Européen.
- 
a- Une identité Européenne faible

Les débats préliminaires à l’élaboration du projet de TCE ont été marqués par une polémique sur les racines chrétiennes de l’Europe.
Toutefois, une analyse plus fine de l’identité Européenne montre que celle-ci est encore assez faible.
Certes, l’héritage gréco-romain, puis judéo-chrétien, enfin les Lumières sont importants dans l’identité Européenne mais ils ne sont pas suffisants pour bâtir une identité forte ni vraiment discriminants par rapport à d’autres peuples. Les taux d’abstention élevés aux élections Européennes montrent l’ampleur du chemin à parcourir.
Il est vrai que des sujets sensibles comme la guerre en Irak ou les échanges continus (entre étudiants, mariages de conjoints de nationalités différentes) créent un début d’opinion publique Européenne. Les débats sur le TCE en France ou en Hollande ont été très animés.
c- Attention à une vision trop Franco-française
Le sentiment Européen est plus fort chez certains de nos partenaires : pays de construction récente (Italie), pays ayant fortement bénéficié de la manne Européenne (Espagne, Irlande, …), pays de taille limitée et ouverts depuis longtemps (Benelux), …
La France est un pays ancien à vocation universaliste qui, en dehors de la PAC, a modérément bénéficié des transferts Européens. Sa contribution a d’ailleurs été assez limitée (contrairement à l’Allemagne ou à la Hollande). Ceci a conduit la France à privilégier le développement du couple Franco-allemand et à conduire une politique extérieure assez indépendante.
Même s’il faut prendre du recul vis à vis de la situation Française, elle traduit un phénomène général qui est le retour des États-Nations (au sens large) : en Amérique du Sud et même en Chine ou aux USA.
Ce phénomène devra être intégré dans le développement futur de l’Europe pour éviter les risques de dérive nationaliste.

II- Redonner un désir d’Europe aux Européens
a- Quelle vision pour l’Europe ?
Le souci de préserver l’Europe et, surtout, la paix a conduit de nombreux hommes politiques à passer des compromis (par exemple F. Mitterrand en 1983 sur l’économie et sur l’installation des missiles Pershing en Allemagne). L’élargissement, même s’il a été très mal géré, pouvait être sublimé en pensant que l’Europe se réunissait après 50 ans de main mise Soviétique, que la géographie et l’histoire se rejoignaient.
Il est donc clé de retrouver une vision mobilisatrice pour l’Europe.
Bien sûr, la vision libérale d’une Europe lieu d’échanges de biens et de services, ouverte vers l’extérieur existe voire est dominante à l’heure actuelle.
À l’opposé, certains promettent une Europe Forteresse qui chercherait à se développer pour devenir un club de riches protégés par de hautes barrières notamment la Méditerranée.
D’autres, notamment en France, fantasment sur une Europe Puissance, rivale des USA notamment sur le plan militaire. Il est certes important de posséder une défense autonome et de pouvoir peser sur les décisions Américaines. Ceci ne doit pas conduire à rechercher l’affrontement avec les USA comme cela s’est fait lors de la Guerre en Irak. Le résultat a été une cassure de l’Europe en deux au niveau des gouvernements (l’homogénéité était plus forte au niveau des peuples et des opinions publiques).
La meilleure vision serait donc celle d’une Europe Rayonnante qui proposerait au monde ses valeurs (démocratie, laïcité, …) et qui pourrait servir d’arbitre dans certains conflits (à ce sujet, la création d’une force d’intervention Européenne non violente en prévention des conflits serait aussi utile qu’une force d’intervention armée).
La coopération économique avec ses voisins et les autres pôles mondiaux se ferait dans le respect réciproque : contrairement à l’Europe libérale, l’Europe rayonnante exigerait le respect de droits économiques, sociaux ou environnementaux pour importer certaines marchandises ou les biens et services de certains pays.
Les valeurs défendues par cette Europe rayonnante seront un facteur de création d’identité Européenne puissante.
b- L’Europe des projets
Si une vision dynamique permet de relancer l’idée Européenne, on ne peut se dispenser de proposer aux Européens des projets ayant un impact positif sur leur vie quotidienne.
Des propositions sont souvent faites dans les domaines de l’énergie, de l’environnement et du développement durable, de la recherche, du gouvernement économique de la zone Euro, … Le redémarrage d’une véritable stratégie de Lisbonne serait positif.
Ces projets sont bien sûr essentiels mais une question fondamentale reste posée : celle du social . Jusqu’à présent, le social reste du ressort des Etats ce qui satisfait aussi bien les libéraux que certains socialistes.
Si on veut passer d’une identité Européenne négative fondée contre quelqu’un ou quelque chose à une identité Européenne positive fondée sur la solidarité, la création d’une Europe sociale est indispensable. Il est évident que la disparité de développement économique des 27 interdit toute approche du style 35h/semaine pour tous ou un SMIC Européen. En revanche, un système de santé Européen financé par un impôt Européen est une piste intéressante à étudier. Des avancées peuvent être faites sur les conditions de travail, sur l’égalité homme/femme, les services publics (directive cadre et création de services publics Européens comme, par exemple, un service de fret ferroviaire ou un service de sécurité maritime Européens), ….
Le social doit donc quitter sa dimension nationale (certaines instances Européennes sont très contentes de laisser à des Etats aux ressources déclinantes la gestion des dégâts du libéralisme) pour devenir un projet Européen.
Une régulation économique plus contraignante doit être mise en place : gouvernement économique de la zone Euro faisant contrepoids à la BCE, limitation de la spéculation financière et immobilière, fiscalité harmonisée, à un niveau suffisant pour financer un bon niveau de protection sociale, visant à éviter les distorsions concurrentielles, … La construction Européenne doit intégrer les critiques sur la financiarisation du capitalisme et sur les excès liés aux exigences toujours accrues des investisseurs financiers.
Il serait téméraire de vouloir mettre en œuvre de tels projets dans tous les pays. Il est donc crucial que les « coopérations renforcées » soient facilitées. Dès que 2 ou 3 pays veulent développer un projet, ils doivent pourvoir le faire. Ce système souple permettra aux nouveaux entrants de participer à des projets dès qu’ils le souhaitent ou dès qu’ils sont concernés. Ils pourront donc être intégrés rapidement et ne pas se sentir des membres de seconde zone.
Ceci irrite fortement les libéraux qui veulent des règles strictes nivelant par le bas les initiatives gouvernementales.
Cette attitude d’expérimentation de projets à quelques pays (avec un déploiement plus large en cas de succès) permettra de générer rapidement des projets concrets ayant un impact clair sur la vie des Européens.
c- L’Europe et ses voisins – L’Europe dans le monde
Nous vivons dans un monde conflictuel et dangereux. Sauf à être partisan d’une Europe forteresse, il faut réfléchir à la place de l’Europe dans le Monde. Comment l’Europe peut-elle rayonner ses valeurs :
-  pour éviter le choc des civilisations,
-  que le retour des Etats Nations ne se transforme en nationalisme
-  et pour promouvoir le multilatéralisme au lieu d’un monde multipolaire « Westphalien » ?
Il est aussi clair que l’Europe a des intérêts à défendre notamment sur le plan économique ou de l’accès aux matières premières.
Le chantier majeur dans ce domaine est le partenariat avec la Russie. Ce dossier est difficile :
-  reprise en main des média, de l’économie, … par le Kremlin et un certain recul de la démocratie
-  crise Tchétchène et xénophobie croissante
-  opposition des PECO à une alliance trop étroite pouvant les soumettre à une nouvelle domination « Soviétique » (énergie par ex.). Ces pays préfèreront toujours une protection forte et lointaine (USA) à des protections faibles et proches (France, Grande Bretagne voire l’Allemagne).

Toutefois, la Russie a le droit de garder la maîtrise de son économie et notamment de la gestion de ses gisements de matières premières.
À moyen terme, l’Europe est la seule entité avec laquelle la Russie peut établir un partenariat équilibré (susceptible, par ailleurs, d’améliorer la démocratie en Russie). Ni la Chine, ni les USA ne seront des partenaires fiables sur le long terme. La Russie seule n’est pas assez puissante pour constituer un pôle viable à terme.
Cette croissance de la confiance dans les relations Russo-européennes permettra de déminer des conflits potentiels dans le Caucase ou avec l’Ukraine (sans parler de Kaliningrad ou de la Transnistrie). En effet, toute zone fragmentée sans leader clair (« vide de puissance ») est explosive surtout quand de vieux contentieux entre les peuples subsistent.
Le troisième chantier consiste en un véritable partenariat avec la Rive Sud de la Méditerranée. Cette mer ne doit pas être une frontière protégeant la riche Europe de l’invasion des Africains en détresse ou un rempart protégeant du choc des civilisations. Elle doit redevenir la « Mare Nostrum », un lieu d’échanges économiques et culturels.
Il est faux de dire que tout va mal dans les pays de la rive Sud de la Méditerranée : des réussites exemplaires existent. Il est aussi faux de croire que l’Europe peut tout : l’essentiel des solutions aux problèmes se trouve en Afrique. Ceci n’exonère pas l’Europe d’envisager un partenariat fort de co-développement avec ces pays (économique, environnement, culture, …) même s’ils n’ont pas vocation à entrer dans l’UE.
La réalisation de ces énormes chantiers limite fortement les possibilités de l’Europe d’influencer « la marche du monde » dans les autres régions. L’Europe doit-elle intervenir partout ? A priori, ce sera difficile notamment en raison du niveau de ses ressources financières.
Des échanges économiques et culturels plus lâches seront tissés avec les autres continents (notamment l’Afrique Subsaharienne et l’Amérique du Sud, maintien des instances de la francophonie, …).
En revanche, l’Europe doit promouvoir le multilatéralisme et peser de tout son poids lors de la réforme prévue de l’ONU et souhaitable de l’OMC. De même, l’UE doit militer pour la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement ou pour la création d’un embryon de régulation économique mondiale associant les pays riches et les pays en développement.
Conclusion
Tous les Européens convaincus doivent se mobiliser pour proposer une vision et une stratégie à l’Europe à l’opposé de la stratégie libérale adoptée actuellement par défaut. Il devient alors clair qu’une réforme institutionnelle peut s’avérer intéressante pour améliorer le fonctionnement des instances Européennes mais que ses effets ne seront que du second ordre par rapport aux projets et à la stratégie proposée ci-dessus.
L’électrochoc salutaire de mai-juin 2005 doit être utilisé par le vrais Européens pour mobiliser les énergies et créer un rapport de force politique favorable à un projet créateur d’identité Européenne et capable de rayonner nos valeurs chez nos voisins mais aussi dans le reste du monde.

1 - Cf article L’Europe aujourd’hui : Quelle identité ? Quel projet ? de Florence Mangin
2 - Revue Interclub Renouveler la Gauche, repenser les fondements Juillet 2006 pp 149-151
Pour plus de détails cf l’article Europe sociale : mythe ou réalité potentielle ? Revue Interclub : Renouveler la Gauche, repenser les fondements Juillet 2006 pp 163-173

Michel Cabirol, co-président du Cercle Condorcet de Paris

Co-président du cercle Condorcet de Paris



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