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L’Europe en crise

plénière du Cercle Condorcet de Paris du 9 novembre 2006


mise en ligne: vendredi 6 avril 2007


Qu’il s’agisse du projet européen ou des institutions, force est de constater que la situation marque le pas, tant en France que dans les autres pays. Le vocabulaire utilisé les concernant en témoigne : « arrêt, nécessité de repartir, besoin d’un nouvel élan… », tous termes présupposant par ailleurs, que l’évolution de la construction européenne s’inscrirait sur une trajectoire linéaire. Des interrogations, aussi : « sommes-nous allés trop loin, trop vite ? … ». Ne parvenant pas à se représenter l’Europe et le projet européen, nous sommes face à un vide, et à un énorme découragement. Or, le diagnostic de la « maladie » est erroné : ce n’est pas une maladie technique, c’est une maladie de la volonté…
C’est sur les raisons de la crise (des crises) et sur l’identification de l’Europe qu’il s’agit de s’interroger, pour pouvoir ébaucher une éventuelle « relance ».

Les crises de l’Europe, leurs différences de nature.
Depuis le Grand Marché, il y a crise de résultats : le solde économique de l’Europe est négatif par rapport aux Etats-Unis et aux Pays émergents. Qu’il s’agisse de résultats sociaux, démographiques, mais aussi d’absence de présence politique dans le Monde. Ainsi, l’Europe est absente, notamment s’agissant du problème d’ensemble de l’Afrique, traditionnellement jardin de l’Europe, continent où elle a une responsabilité géographique et historique. Or, la porte est fermée entre les deux continents. L’Europe s’est coupée du Monde depuis plus de quarante ans. Pourquoi ? parce que la tâche considérée comme prioritaire a été de construire cette entité. Grave erreur, car l’absence d’Europe sur la scène mondiale crée une situation dramatique.
La déception sur les terrains économique et social notamment, était dès lors inévitable : les résultats promis ne sont pas venus ; ils ont pu exister pendant un certain temps, celui des désenclavements, et celui des perspectives d’émergence d’une grande société européenne, reposant sur la libre circulation, les achats, …
À cette crise s’ajoute dorénavant une crise des coûts, liée au poids des nationalismes les plus ethniques, véritable folie (cf « la préférence nationale » de Le Pen), et à l’érosion progressives des prérogatives des nations dans l’ensemble européen. Ce sont, en fin de compte, les pays les plus périphériques qui ont bénéficié de l’intégration, mais non le cœur le plus développé, et le plus historique comme l’Angleterre et les Pays Scandinaves. Or tous ces pays récemment entrés ont un nationalisme plus affirmé que le nôtre.

Les causes de ces crises résultent davantage de « la manière de faire », de la procédure. On a choisi le fonctionnalisme, pensant que l’on produirait ainsi de la volonté par le conditionnement. Ce pseudo-pragmatisme a consisté à conduire les gens là où ils ne voulaient pas aller et à penser que – vaille que vaille – « ils s’y feraient ». Le projet européen ainsi conçu, était donc sans forme et sans arrêt. Il reposait sur le postulat que l’idéologie était dans la pratique !
On a cru, avec une grande naïveté que, par uniformisation, on allait produire une unité, le plus bel exemple étant celui de la monnaie unique. On allait faire du patriotisme avec des billets !
Mais en procédant ainsi, on a oublié l’histoire ; ainsi le projet de Préambule de la Constitution a gommé le christianisme, alors que l’Europe est impensable historiquement sans le christianisme. La hantise de l’histoire tumultueuse du passé européen qui habitait Jean Monnet est toujours présente dans l’esprit des responsables européens. Ces derniers ont pensé que l’on pourrait faire l’Europe hors identité historique en ne s’appuyant que sur le fonctionnalisme du marché, des réglementations, et en enfermant ainsi les peuples dans le présent. Si des méthodes de contournement peuvent s’avérer utiles pour éviter les blocages, elles sont nocives lorsqu’elles tiennent lieu de pratique unique.

L’identité de l’Europe
La formule convenue est l’Europe, « famille de nations ».
Pour l’intervenant, il y a deux formes primitives de sociétés : la tribu (ethnique, …) qui coupe avec le reste de l’humanité, et l’Empire détaché des ethnies, pur et simple pouvoir qui se répand comme l’empire romain. L’Europe, elle, a inventé la Nation qui sait que les autres existent, ce qui pose donc le problème des frontières ; et, comme nous l’avons dit précédemment, l’originalité de l’Europe vient du christianisme. Il n’y a pas un seul mot de politique dans le Nouveau Testament, contrairement au Judaïsme ou à l’Islam dans lesquels il n’y a qu’un pouvoir, confondu avec la religion. En chrétienté, il y a deux pouvoirs : le politique et le religieux, non exempts de frictions entre les deux !
L’organisation en nations a évolué au cours de l’histoire. Des formes d’organisation supérieure ont vu le jour : la Bohême au XV° siècle, la France avec Sully au XVI° … l’Europe s’est, à ces époques, structurée dans un ensemble permettant de défendre les peuples menacés de l’extérieur (Polonais, Hongrois, surtout). Une telle configuration apparaît quand l’Empire disparaît. Plus près de nous, d’autres exemples montrent que l’on a eu recours pour l’Europe à cette légalité supranationale : Traités de Vienne, Versailles, Yalta ….
On peut donc conclure de ce bref rappel qu’il n’est pas nécessaire de rompre avec notre passé pour être Européen ; d’autant plus que les conditions existent pour construire une Europe supranationale. Mais l’histoire du XXème siècle a conduit les Européens à effacer l’histoire, poussés par le désir de se nier. Or il faut faire l’Europe sur le désir de se construire et non de s’humilier.

La seule manière d’être anti-historique consiste donc à accumuler les normes. Ainsi, avons-nous fait lorsqu’on est passé du libre-échange au marché unique, c’est-à-dire à une société transparente au marché. Le marché devenant la règle entre les sociétés, mais surtout à l’intérieur de chaque société, les services publics, entre autres, sont nécessairement menacés. Or, malgré le vote « non » au projet de Constitution, la machine roule toujours ; et l’ouverture à de nouveaux pays entraîne de moins en moins de règlements et de plus en plus de marché. Cette société de marché donne une image négative de l’identité européenne et c’est sur ces bases que se greffe la mondialisation.

Quelques esquisses pour une « relance » de l’Europe
Pour se sortir de la situation actuelle, il faut tout d’abord refuser ce « continuisme », et s’interroger sur ce qu’est « une famille de nations ».
En fait, il y a « une dualité de nature de l’Europe » : d’une part, un espace, une société, une libre circulation, des échanges, etc et, de l’autre, la présence de nations comme lieu de volonté politique et d’imagination. Il nous faut donc réfléchir et construire sur ce qui nous unit en tant que nation, en nous posant les « grandes questions » : qui sommes-nous ? Que pouvons-nous et que voulons-nous faire ensemble ? Sommes-nous une nation participative, ambitieuse pour elle-même, et soucieuse de s’ouvrir au monde ?
Force est de constater que la construction européenne a occulté ces grandes questions politiques.
Il convient aussi de chercher comment articuler les nations, ce qui impose de s’organiser au-dessus des États, mais aussi d’agir ensemble. Le premier niveau peut être contrôlé de l’extérieur, le second est un acte de volonté ; mais ces deux niveaux sont obligatoirement à distinguer.
Quelques essais ont bien eu lieu, mais les trois piliers : nation, niveau supranational, actions communes, ont été perçus comme provisoires, alors qu’il importait de penser la pluralité des niveaux à l’intérieur même de l’Europe. Il est indispensable par ailleurs que les principes démocratiques soient communs. Ainsi devrait-il en être de la concurrence équitable ; le (mauvais) exemple du « plombier polonais » montre que les problèmes de conditions de travail et les conditions de rémunération, de droits sociaux, ne sont pas vus de la même façon par les Polonais et les Français ; or, sans concurrence équitable, c’est le pillage ! La réponse à ces problèmes serait l’établissement d’accords entre pays porteurs d’un projet commun. Ce qui impose de diversifier le fonctionnement de l’Europe.
L’instauration d’une monnaie commune a bien montré que l’on ne peut unifier un système dans lequel il n’est pas possible de co-exister pour des raisons de conditions de vie trop différentes d’un pays à l’autre. Le principe de cohérence doit guider la démarche de construction européenne, et non le déséquilibre qui est la règle actuelle. De plus, c’est la confiance, et non la contrainte qui doit être le maître mot. Ainsi, dans le projet de Constitution, le droit européen l’emporte sur le droit national ; ceci est impossible ! En revanche, il est normal que les décisions de chaque nation soient ratifiées par l’Europe. Si une telle conception n’est pas partagée, un vrai débat doit alors s’engager.
Il faut aussi créer une véritable vie européenne. Dans une nation co-existent une majorité et une minorité, et la possibilité de changements d’opinions ; mais dans un espace hétérogène, c’est la règle de la majorité qui prévaut. Il faut donc créer, gérer la diversité par des projets communs, élaborés en commun, votés, contrôlés et évalués par les Parlements nationaux. En un mot, créer une malléabilité actuellement inexistante. Comme cela se pratique déjà dans chaque État, il faut appliquer, au niveau européen un système d’allers-retours.
On peut légitimement penser et s’insurger contre le fait que, par exemple actuellement, la circulaire Bolkenstein, se soit dissoute dans un compromis européen, et dans un système diplomatique non démocratique.

Il s’agit donc d’assurer la sécurité aux nations, d’établir un socle indispensable et de décider ensemble des actions différenciées.

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