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sommaire de la Lettre N°24, mars avril 2009


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Dépasser le capitalisme



mise en ligne: samedi 21 mars 2009


La « crise » donne lieu à un spectacle étrange, voire surréaliste. Alors que la majorité de nos concitoyens continuent de vaquer à leurs affaires comme si de rien n’était, mais sur un fond de sourde inquiétude refoulée face au gouffre qui se creuse sous leurs pieds, un petit nombre d’esprits s’agitent pour savoir s’il faut réformer le capitalisme, tandis que les responsables politiques multiplient les « plans de relance » sans en bien mesurer les conséquences.
Qu’en est-il ? La crise que nous vivons n’est pas seulement une crise économique de plus, un accident de parcours particulièrement grave. C’est une crise de société qui ne saurait trouver sa solution par de simples mesures de réforme ou de replâtrage. Elle exige un changement global d’attitude et de comportement, une remise en question fondamentale, la recherche de nouveaux paradigmes.

Le sujet du capitalisme a été longtemps tabou. Il n’était pas de bon ton de l’aborder. Ne voulait-on pas croire – comme Francis Fukuyama et quelques autres – que son triomphe apparent marquait « la fin de l’Histoire » ! La crise actuelle vient nous rappeler qu’il n’en est rien. La question du capitalisme, qui doit être soigneusement disjointe de celle de l’économie de marché, ne saurait être éludée.

Tout d’abord, il convient de distinguer, quand on parle du capitalisme, ce qui ressort d’un processus ayant pour objet de constituer un capital en vue de renouveler et moderniser les moyens de production et pérenniser celle-ci, de ce qui ressort d’une volonté d’accumulation illimitée mue par le désir d’enrichissement.

La première interprétation est de l’ordre du mécanisme économique. Le capitalisme constitue actuellement un moteur du développement auquel on n’a pas trouvé de substitut opérationnel. Selon la deuxième interprétation, le capitalisme ne fait qu’assouvir l’un des instincts humains – la cupidité – et, s’il n’y est pas mis d’entraves, il n’a pas de limites. [1]

. La « crise » donne lieu à un spectacle étrange, voire surréaliste. Alors que la majorité de nos concitoyens continuent de vaquer à leurs affaires comme si de rien n’était, mais sur un fond de sourde inquiétude refoulée face au gouffre qui se creuse sous leurs pieds, un petit nombre d’esprits s’agitent pour savoir s’il faut réformer le capitalisme, tandis que les responsables politiques multiplient les « plans de relance » sans en bien mesurer les conséquences.
Qu’en est-il ? La crise que nous vivons n’est pas seulement une crise économique de plus, un accident de parcours particulièrement grave. C’est une crise de société qui ne saurait trouver sa solution par de simples mesures de réforme ou de replâtrage. Elle exige un changement global d’attitude et de comportement, une remise en question fondamentale, la recherche de nouveaux paradigmes.

Le sujet du capitalisme a été longtemps tabou. Il n’était pas de bon ton de l’aborder. Ne voulait-on pas croire – comme Francis Fukuyama et quelques autres – que son triomphe apparent marquait « la fin de l’Histoire » ! La crise actuelle vient nous rappeler qu’il n’en est rien. La question du capitalisme, qui doit être soigneusement disjointe de celle de l’économie de marché, ne saurait être éludée.

Tout d’abord, il convient de distinguer, quand on parle du capitalisme, ce qui ressort d’un processus ayant pour objet de constituer un capital en vue de renouveler et moderniser les moyens de production et pérenniser celle-ci, de ce qui ressort d’une volonté d’accumulation illimitée mue par le désir d’enrichissement.

La première interprétation est de l’ordre du mécanisme économique. Le capitalisme constitue actuellement un moteur du développement auquel on n’a pas trouvé de substitut opérationnel. Selon la deuxième interprétation, le capitalisme ne fait qu’assouvir l’un des instincts humains – la cupidité – et, s’il n’y est pas mis d’entraves, il n’a pas de limites .

Au cours de son histoire, le capitalisme a connu des phases où il était relativement circonscrit à son œuvre économique et des phases où ses dérives n’avaient plus de bornes.

Avant la crise économique de 1929, dans le cadre d’une mondialisation déjà très poussée, le capitalisme euphorique avait dérapé : la dérégulation des échanges et de l’économie, la marchandisation de la « terre », de la monnaie et du travail, l’avaient fait s’affranchir des principes qui fondaient alors la société pour déchaîner la spéculation et le triomphe de l’« argent » [2]

Après celle-ci, la reprise en main par les Etats, la mise en place de systèmes de protection sociale et de « welfare state » sous l’action et la surveillance des syndicats de travailleurs, ont conduit à une nouvelle phase d’un capitalisme régulé, davantage respectueux du bien être des populations [3] . Elle a engendré une période de prospérité, les « Trente Glorieuses », caractérisée par une forte croissance dans le plein emploi assortie d’une redistribution efficace de ses « bénéfices ». Par ailleurs, les « Accords de Bretton-Woods » ont organisé le fonctionnement de l’économie mondiale.

A partir des années 70, à la suite de la crise financière aux Etats Unis conduisant à rompre le lien entre le dollar et l’or et portant ainsi un coup décisif aux Accords de Bretton-Woods, puis des « crises du pétrole » nées des évènements du Moyen Orient, et, beaucoup plus tard, de l’effondrement du régime socialiste soviétique, le capitalisme, sous l’influence des idées néolibérales développées aux Etats Unis, a fait sauter toutes les barrières, retrouvant alors son instinct d’enrichissement et d’accumulation sans fin [4] Le génie maléfique est sorti de la bouteille où il était enfermé. Ceci a culminé, avec la mondialisation, sous la forme d’un capitalisme financier vivant de sa vie propre et déchaînant la spéculation que l’on sait, le tout pour conduire à l’implosion de 2008.

Il s’agit maintenant, avant tout, de ramener le capitalisme à ses fonctions économiques. Il faut changer ce qu’est devenu l’« esprit » du capitalisme.
Si le capitalisme n’a pas, pour le moment, d’alternative dans sa fonction d’investissement et de reproduction des moyens de production, il faudrait le limiter à cela. La recherche du profit ne doit pas être le but exclusif de l’activité économique. Elle doit être ramenée à son rôle incitateur et de facteur permettant l’investissement de demain et subordonnée à l’objectif du bien être de l’homme. Celui-ci ne peut pas et ne doit pas être asservi aux fins de l’enrichissement dont le rôle doit être d’abord d’améliorer son sort grâce à une juste répartition. Il est temps de reconnaître que le paradigme de la recherche de l’enrichissement individuel qui a guidé les comportements sociétaux au cours des dernières décennies ne peut que mener la planète à sa perte.

Ceci a plusieurs conséquences.

Le contrôle et l’usage des moyens de production ne doivent pas être laissés à la libre disposition des propriétaires de ces moyens, mais effectués conjointement par toutes les parties intéressées à cette production. De nombreuses expériences historiques montrent qu’il est possible de conjuguer économie de marché faisant jouer le mécanisme de l’offre et de la demande avec des systèmes autres que le capitalisme traditionnel séparant dans une relation de servitude la propriété du capital et le salariat. Sans chercher trop loin, on peut évoquer, à cet égard, le développement des procédures d’intéressement, le retour aux pratiques de co-gestion qui ont fait le succès du capitalisme allemand (dit « rhénan »), ou encore l’extension d’une économie solidaire (qu’il faudrait revivifier), par exemple
La spéculation doit être réglementée et circonscrite à son rôle technique dans l’économie réelle : cela signifie, entre autres, la limitation et le contrôle de l’usage des mécanismes de produits dérivés et de ventes à découvert. En outre, doivent être mis en chantier la suppression effective de tous les paradis fiscaux, la réorganisation de l’actionnariat des entreprises dans le sens de la constitution d’un engagement durable au service du développement de l’entreprise, la réforme des bourses afin qu’elles retrouvent leur fonction de pourvoyeuses de capitaux aux processus de production et cessent d’agir comme des casinos, la réglementation des prix mondiaux essentiels de l’énergie, des matières premières et des produits alimentaires, afin d’empêcher les flambées spéculatives scandaleuses et nuisibles.
Citons encore la réhabilitation de l’Etat-Providence, la limitation des processus de privatisation trop considérés comme la panacée, la constitution d’un droit et d’une gestion des biens publics assurant à chacun, selon ses besoins, et non selon ses possibilités, l’accès à ces biens et les moyens de sa subsistance dans des conditions de dignité humaine.
Capitalisme : réforme ou dépassement ? Il serait peu rigoureux de le considérer comme insurpassable et donc éternel. Mais, tant que l’on n’aura pas inventé de nouveau système économique, il paraît difficilement remplaçable, même si l’historien Immanuel Wallerstein n’hésite pas à prédire ce remplacement d’ici une cinquantaine d’années. Dans l’immédiat, il s’agit, en le régulant et le réinstitutionnalisant, de ramener le capitalisme à ses fonctions essentielles au service de l’homme au lieu d’asservir celui-ci à ses appétits, et de redonner la primauté aux valeurs de l’ordre de la solidarité en remettant à sa juste place l’objectif d’enrichissement individuel.

(Texte publié dans « Témoignage Chrétien » n° 3333 du 29 janvier 2009)

[1Comme le dit Immanuel Wallerstein, dans Le capitalisme historique (La Découverte 1983, nouv. éd. 2002) , le capitalisme est fondé sur « un processus d’accumulation sans fin », « pour lui-même ».

[2Voir l’excellent ouvrage de Karl Polanyi : La Grande Transformation. Aux origines politiques et économiques de notre temps. Gallimard. 1983.. Cette grande crise du capitalisme a engendré les désordres que l’on sait, culminant dans la Seconde Guerre Mondiale.

[3Voir notamment Régulations et crises du capitalisme de Michel Aglietta (Calmann-Lévy 1976, nouv. éd. 1997) pour comprendre comment le capitalisme a pris à cette époque une forme régulée qu’il appelle le « fordisme ».

[4Pour comprendre comment ceci s’est produit, lire Le nouvel esprit du capitalisme de Luc Boltanski et Eve Chiappello (Gallimard 1999) où les auteurs montrent comment l’accumulation capitaliste ne se plie à la régulation de l’économie de marché que lorsque des chemins de profit plus directs lui sont fermés. Lorsqu’il est « hors contrôle », le capitalisme génère un certain nombre de désastres : inégalités, chômage, défectuosité des produits, etc. Aucune « main invisible » ne vient le guider quand s’effondrent les institutions et les conventions sans lesquelles le marché lui-même ne peut fonctionner..

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