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Pleinière du 15 janvier 2009 Où va la Russie ? par
mise en ligne: samedi 21 mars 2009
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Le sommaire de la lettre du mois :
lettre N° 24, mars avril 2009
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Autour de la crise financière
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Après Gaza : une nouvelle donne
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Dépasser le capitalisme
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Quelle évolution du leadership américain ?
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Ramener le système financier mondial à ses missions fondamentales
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Où va la Russie ?
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Le grand gâchis des années 90 Rappel : Mikaïl Gorbatchev avait essayé d’amorcer la transition de l’URSS vers un autre type d’économie et de réorganiser le pays. En témoignent le « Plan des 500 jours » dû à Stanislav Chataline et Gregori Iavlinski, sans doute irréaliste en raison de sa courte durée, mais bénéficiant du concours de deux économistes russes de très bonne qualité, et le projet de décentralisation et réorganisation de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques visant à donner plus d’autonomie et de responsabilités aux composantes de cet ensemble. Le « coup d’état » des conservateurs en 1991 a sonné le glas de cet effort au moment où le projet de réorganisation de l’URSS allait être adopté. Boris Eltsine en a profité pour évincer Mikaïl Gorbatchev et prendre le pouvoir. Boris Eltsine Président : Il a aussitôt accordé l’indépendance aux républiques fédérées avec la Russie. On peut interpréter cela comme un moyen de concentrer son pouvoir sur la Russie (ce qui lui importait le plus), d’acquérir à bon compte de la popularité auprès des républiques fédérées (qui ne le demandaient pas toutes et n’étaient d’ailleurs pas toutes prêtes pour l’indépendance) et se faire bien voir de l’Occident. Sont donc devenues indépendantes : les trois républiques baltes, la Biélorussie (encore appelée Bélarus), l’Ukraine, la Moldavie, les trois républiques du Caucase (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie) et les Républiques d’Asie centrale (Kazakhstan, Kyrgystan, Ouzbekistan, Tadjikistan, Turkmenistan). Ceci a représenté un premier choc pour les russes qui y ont vu un « bradage » de morceaux du pays (la formation de l’empire russe remontait aux tsars) et ceci d’autant plus qu’il y avait d’importantes populations russes dans ces républiques. En outre, ce démantèlement a donné des idées à certaines des entités intégrées dans la Russie (car il ne faut pas oublier que la Russie est elle-même une fédération), et ceci d’autant plus que Boris Eltsine a laissé entendre imprudemment que ceux qui le voulaient pourraient prendre plus d’indépendance. Ceci peut être interprété comme ayant contribué à faire naître la future rébellion de Tchétchénie. Boris Eltsine a mis en place une équipe de réformateurs, jeunes (les réformateurs en « culotte courte » comme l’on a appelé le premier d’entre eux Egor Gaïdar), formés pour l’essentiel aux Etats Unis et tirant leur « science » des manuels, qui a essayé de mener une « thérapie de choc » dont on rappellera brièvement les principaux éléments :
Cette thérapie de choc, menée dans de très mauvaises conditions, a eu des résultats catastrophiques. La libération des prix a été menée avant même qu’une économie productive permettant de satisfaire la demande ait été construite et a généré une énorme inflation qu’il a fallu combattre. La libération du commerce extérieur a surtout libéré les importations et ruiné l’appareil productif local non restructuré et donc non compétitif dans un commerce libre. La privatisation a été réalisée avant même que le cadre et les règles d’une économie de marché digne de ce nom aient été mises en place et a conduit à une économie sauvage sans lois, une sorte de jungle. La libéralisation prématurée des mouvements de capitaux a eu pour effet principal de faire fuir les capitaux russes vers des placements plus fructueux à l’étranger. Au cours de la période allant de 1992 à 1998, c’est la Russie qui a financé l’Occident et non l’inverse (l’évasion des capitaux est estimée entre 120 et 140 Md$, à comparer avec une « aide », toutes sources confondues, de l’ordre de 30 Md$). Résultat de cette politique : le PIB et, surtout, la production industrielle, ainsi que l’investissement, de la Russie se sont effondrés, respectivement, de 40%, 50% et 75%. La politique de rigueur monétaire mise en place pour lutter contre l’inflation a eu, pour sa part, pour effet de démonétariser la Russie et d’étendre la pratique du troc et des procédés assimilés. La politique de stabilisation des finances publiques a été un échec et peut être comparée au remplissage d’un « Tonneau des Danaïdes » : au fur et à mesure que l’on diminuait les dépenses, le déficit se creusait en raison de la diminution des recettes assises sur la production. Le Gouvernement a été réduit à brader les « bijoux industriels » au profit, d’abord, des banques en échange de prêts pour financer le déficit, puis d’oligarques qui les ont récupérés à bon compte. Pour financer le déficit, sous les conseils des occidentaux ( !), il a été conduit à émettre des bons du trésor (les GKO). Mais le montant des GKO n’a cessé de croître au fur et à mesure que le déficit se creusait, au point que les nouvelles émissions de GKO n’ont bientôt plus servi qu’à rembourser les intérêts dus sur les premières (ceci revenant à mettre en place une pyramide perverse comme on en connaît aujourd’hui !). Cette politique catastrophique, en diminuant constamment les dépenses publiques, a, peu à peu, privé l’Etat des moyens d’exercer ses prérogatives, avec pour conséquences des répercussions négatives sur le fonctionnement des services publics (éducation et santé, notamment), l’entretien des infrastructures, l’aide sociale, mais aussi l’affaiblissement du rôle régalien de l’Etat. Les administrations se sont senties abandonnées. Au terme de cette période, la situation de la population s’était très fortement détériorée. Les inégalités ont explosé. La pauvreté s’est dramatiquement étendue, notamment dans les ménages comptant au moins un retraité, et a touché un grand nombre d’enfants. L’état sanitaire s’est dégradé et, avec lui, le bilan démographique : l’espérance de vie à la naissance est passée de 74,5 ans à 71,2 ans pour les femmes et de 64,2 ans à 57,6 ans pour les hommes. A la fin des années 90, la population perdait 800000 personnes par an. Le 17 août 1998, la Russie, dans l’impossibilité de rembourser ses dettes, devait se déclarer en faillite et le rouble perdait 55% de sa valeur réelle d’avant la crise financière. La démocratie était discréditée par la parodie qui en avait été appliquée et les résultats qu’elle avait produits : l’économie était en ruines ; l’Etat était en faillite ; l’honneur de la Russie état perdu. Il faut avoir cela en tête quand on juge les années suivantes, les « années Poutine ». Pour les russes, Vladimir Poutine a relevé l’économie, restauré l’ordre et restauré l’honneur de la Russie. C’est cela qui explique son immense popularité. LE RELEVEMENT DE L’ECONOMIE En 10 ans, de 1998 à 2008, la Russie s’est profondément transformée. Elle a connu le retour à la croissance : le PIB a pratiquement doublé (il a augmenté de 94%) et son taux moyen de croissance a été de 7% par an ; la production industrielle a, elle aussi, été multipliée par près de deux. Cette croissance n’est pas due seulement à la hausse du prix du pétrole, comme on le dit souvent. Plusieurs phases se sont succédé :
Cette croissance tient, bien sûr, pour une part, aux revenus tirés des ventes des hydrocarbures qui, indirectement, ont nourri les recettes de l’Etat par la taxation, mais pas seulement. Elle est, avec le temps, due de plus en plus à une politique active de l’Etat définissant et mettant en place des priorités du développement mettant l’accent sur la modernisation de l’industrie et les infrastructures. Le développement du secteur manufacturier – partie « non rentière » de l’industrie – qui a crû le plus vite est significatif, notamment en ce qui concerne les équipements de transport, les matériaux plastiques et les résines, l’industrie électrique, optique et électronique. La bonne santé de l’économie s’est traduite à trois niveaux :
Ces résultats ne sont pas dus seulement à la hausse du prix du pétrole. Comme on l’a vu, dans la phase 1 comme dans la phase 3 du redressement, la hausse du prix du pétrole n’a pas joué le rôle principal. Quand la crise financière mondiale a éclaté, la Russie était sur une bonne voie. LA RESTAURATION DE L’HONNEUR DE LA RUSSIE Les russes sont reconnaissants à Vladimir Poutine de leur avoir rendu leur honneur. Ceci explique leur susceptibilité pour tout ce qui concerne leur « étranger proche ». Ils n’ont toujours pas « avalé » le bradage de l’empire par Boris Eltsine.
Ceci explique leur comportement vis-à-vis des républiques qui faisaient partie de l’URSS et qui sont maintenant indépendantes :
Tout d’abord sur le plan économique Comment la Russie peut-elle lutter contre la crise mondiale ? En fait, il n’y a pas de véritable crise interne, mais l’essentiel vient de l’extérieur.
Donc, il n’y a aucune raison de prévoir – sauf panique artificielle – l’effondrement de l’économie russe. Bien sûr, le salut de la Russie nécessitera vraisemblablement de renforcer le virage vers un développement plus autocentré et une économie moins libérale et plus interventionniste. Comme le montre Jacques Sapir, la Russie est aujourd’hui face à un redoutable défi. A la situation créée par la crise, sont associés d’importants risques, mais aussi de véritables opportunités. Tout dépendra de la politique menée par les autorités. Passé l’effet immédiat de la crise mondiale, la Russie est en mesure de retrouver une croissance, modeste mais réelle, si elle sait réorienter l’activité économique vers son marché intérieur, par exemple, en ce qui concerne la construction de logements, dont le besoin est considérable (mais à la condition de ne pas la laisser à l’appétit des spéculateurs), ou la rénovation des infrastructures de transport des hydrocarbures qui sont en piètre état. Il ya là le moyen fournir des débouchés à l’industrie de la métallurgie très touchée par la crise. Ensuite, dans un contexte où l’amélioration de la situation dépendra beaucoup moins que dans le passé de la croissance, priorité devra être donnée à la construction d’un véritable système de protection sociale, actuellement extrêmement embryonnaire. Ceci est, en effet, indispensable pour faire accepter par la population un mode de développement plus difficile et ne reposant plus sur les taux de croissance élevés qui avaient permis de remonter le niveau de vie de l’ensemble et relativiser les fortes inégalités subsistantes laissant une partie de cette population très démunie. Enfin, pour stopper la spéculation sur le rouble et la reprise de l’évasion des capitaux, avivées par le souvenir du désastre de 1998, il paraît difficilement évitable de rétablir des modalités de régulation, supprimées en 2006. Sur le plan politique L’attitude de la Russie ne va pas s’assouplir, notamment vis-à-vis de son « étranger proche ». Elle va tout faire, par tous les moyens possibles, pour maintenir un contrôle et une emprise sur cet étranger proche, et ce avec le soutien de tous les russes. Face à cela il convient :
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Co-président du cercle Condorcet de Paris |
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