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Ruptures démocratiques



mise en ligne: lundi 6 juillet 2009


La prise de conscience de l’ampleur de la crise croît : il apparaît en effet qu’elle est à la fois financière, économique, sociale, politique et culturelle. Quelle en sera l’issue ? Les essais de réponse déjà avancés apparaissent fragiles et peu convaincants : On n’a pas encore atteint le fond du puits. En bref, le foisonnement des pistes traduit surtout un désarroi qui demeure général.
Si la stratégie à long terme qui a des chances de s’imposer finalement est encore indéterminée, on peut néanmoins discerner déjà une alternative assez nette entre les deux options principales et totalement opposées qui se présentent en concurrence : une restauration ou un changement de nature du système. Une interrogation demeurera : une voie médiane est-elle encore concevable ?

UNE « RESTAURATION » POSSIBLE

Dans une première voie, après une période de profond marasme, le système capitaliste globalisé - ou son héritier direct, réformé à la marge - reprendrait sa marche unificatrice du marché mondial. Par rapport à l’unification déjà atteinte, on voit bien où vont résider, dans l’immédiat et du point de vue à long terme des intérêts du Capital, les « régressions » que, dans sa logique, ce dernier peut admettre : mesures « keynésiennes » contredisant les politiques de l’Offre préconisées jusqu’ici ; mesures protectionnistes ; freinage des négociations multilatérales dans le cadre de l’OMC ; renflouement de nombreux établissements financiers ; nationalisations partielles… Avec, à la clef, l’ébranlement d’ensembles régionaux mal cimentés, telle l’Union européenne avec, en son sein, une Zone Euro fragile... Certaines des mesures prises dans l’urgence et contraires à la vulgate libérale qui dominait les esprits depuis trente ans ont été reconnues comme nécessaires pour empêcher l’effondrement du système, et d’abord du système de crédit : C’est pourquoi ce qui, il y a peu, aurait pu apparaître comme une dangereuse dérive « socialiste » a pu être célébré comme hautement réaliste. Mais les défenseurs du système existant ont aussitôt mis l’accent sur le caractère transitoire que devraient avoir ces entorses à la loi d’un marché sans entraves et ces restrictions mises au règne sans partage de la propriété privée. L’utilité de limites à l’autorégulation des marchés n’avait quant à elle été reconnue que du bout des lèvres. Malgré les résolutions pieuses du G20, il y a peu de chances de voir une stricte régulation du capitalisme financier être instaurée : Ce dernier est structurellement lié au capitalisme en voie de globalisation et le brider en saperait l’assise même. En d’autres termes, si l’on regarde au-delà du désordre actuel et des concessions tactiques que les acteurs dominants pourraient admettre, rien n’assure que le système soit en bout de course. Immanuel Wallerstein, annonciateur infatigable de la fin du capitalisme, est lui-même devenu prudent : après avoir réaffirmé qu’on était « entré depuis trente ans dans la phase terminale du système », constaté que « le capitalisme ne parvient plus à faire système », il est conduit à admettre qu’« il est absolument impossible de prévoir quel modèle s’imposera finalement » : un « système d’exploitation hélas encore plus violent que le capitalisme », ou au contraire « un modèle plus égalitaire et redistributif ». Même s’il doute qu’ils y parviennent, il pense aussi que dans la période de chaos politique où l’on est entré, « les acteurs dominants à la tête des entreprises et des Etats occidentaux vont faire tout ce qu’il est techniquement possible pour retrouver l’équilibre ». Mais retrouver l’équilibre, cela pourrait signifier pour ces acteurs de se situer à nouveau clairement dans la perspective d’une économie-monde sans entraves régulatrices, seul cadre où de massives concentrations d’entreprises et de nouvelles extensions de l’économie de marché, qu’elles soient géographiques ou sectorielles, pourraient rouvrir pour les profits un horizon aujourd’hui bouché par la crise.


ÉPUISEMENT DES ANCIENS MODÈLES

Dans une seconde voie, profondément novatrice, c’est un pur et simple changement de paradigme qui sera visé. La crise, au sens fort du terme, rendrait concevable ce qui récemment était encore inimaginable. Citons encore Wallerstein : « La situation devient chaotique, incontrôlable pour les forces qui la dominaient jusqu’alors, et l’on voit émerger une lutte, non plus entre les tenants et les adversaires du système, mais entre tous les acteurs pour déterminer ce qui va le remplacer ». Avant même que la crise éclate, une remise en cause du modèle économique et sociétal dominant avait déjà progressé dans les esprits : le dérèglement climatique, l’épuisement de certaines ressources rares… faisaient pressentir l’impossibilité d’une extension à l’ensemble de la planète du modèle de consommation occidental et de son moteur productif. Le système capitaliste avait également révélé deux faiblesses majeures. D’un côté, s’il s’était révélé être un outil performant pour ce qui est de la création de richesses, il avait été incapable de traiter convenablement la question des inégalités, et cela au plan mondial comme à l’intérieur de chaque société : malgré des décollages économiques significatifs, en Asie en particulier, une redistribution active des richesses mondiales était toujours repoussée dans un avenir indéterminé. L’éclatement périodique de diverses « bulles » dans des secteurs porteurs avait également montré la fragilité de vecteurs successifs de la croissance mondiale. Tout cela jusqu’à la dernière crise : par son ampleur, en raison de la destruction massive de valeur qu’elle a induite, en raison également de la récession et des régressions sociales en chaîne qui s’annoncent, cette crise a sapé un peu plus la confiance collective dans la légitimité et, surtout, l’efficacité du système.
Avec l’évocation d’un changement de paradigme, l’on affirme implicitement que l’échec du capitalisme ne réhabilite pas pour autant des réponses alternatives qui dans le passé ont échoué.
Les recettes « radicales » d’autrefois, avec les modèles stalinien et maoïste où des bureaucraties d’Etat ont confisqué le pouvoir, ont abouti à un bilan humain effroyable. Elles n’ont même pas assuré un développement efficace des forces productives (la Chine d’aujourd’hui, plus performante sur ce dernier point, n’y parvient que dans un cadre socialement et politiquement brutalement répressif qui l’empêche de se proposer ailleurs comme un modèle).
Avec des ambitions réformistes plus ou moins affirmées, les approches social-démocrates ont pu réduire momentanément les inégalités et l’insécurité sociale : elles y sont parvenues parce que partis de gauche et syndicats ont su construire un bon rapport de forces face aux possédants, des possédants dont l’ouverture aux compromis a beaucoup dû d’ailleurs à la peur des Soviétiques. Plusieurs expériences nationales ont été significatives, de celle du « Modèle rhénan » en Allemagne à celle de l’Union de la Gauche, en France. Mais avec la contre-révolution libérale inspirée par Milton Friedman et Friedrich Hayek, avec la politique de Donald Reagan et de Margaret Thatcher à laquelle les Européens ont trop facilement adhéré, le déclin des social-démocraties s’est accéléré. Le modèle rhénan a résisté puis s’est progressivement fissuré. L’expérience française de 1981, à maints égards la plus ambitieuse parce qu’elle plaçait la question de la propriété des moyens de production au cœur des compromis à construire, cette expérience-là s’est effilochée à partir du tournant « de la rigueur » de 1983. Les étapes sont dans les mémoires : une gestion calamiteuse des nationalisations, une libération des mouvements de capitaux allant au-delà des exigences européennes, des privatisations plus actives que sous les gouvernements de droite…
Lorsque les gouvernements social-démocrates étaient largement majoritaires en Europe, rien n’avait changé, ou si peu… L’érosion des ambitions politiques s’est logiquement accompagnée d’une débandade idéologique : longtemps, fut-elle de l’ordre de la simple révérence formelle, l’ambition « socialiste » affichée avait été de contrôler démocratiquement les moyens de production afin de ne pas abandonner au seul marché la fonction de leur allocation qui est décisive pour la collectivité. Puis, de glissements en renonciations honteuses, les ambitions de la gauche ont été rabotées. Aux renonciations social-démocrates (à Bad Godesberg, on acta un pas décisif ) a répondu du côté communiste un abandon de la « dictature du prolétariat ». Si, au vu du bilan humain de l’expérience soviétique, l’annonce d’un tel abandon a bien sûr été plus que bienvenue, elle a néanmoins été faite sans vrai aggiornamento théorique : c’était désormais à travers un élargissement et un approfondissement des conquêtes démocratiques - processus imprécis et flou - que la « révolution » souhaitée aurait désormais dû être réalisée. Quant aux concessions des socialistes à un prétendu réalisme, on trouve en bout de course l’indigent axiome jospinien : « Oui à l’économie de marché, non à la société de marché ». L’économie de marché étant le faux-nez du capitalisme, on peut ici aussi s’interroger sur l’ampleur de la régression conceptuelle.

DÉCAPAGES SÉMANTIQUES PRÉALABLES
Sommes-nous ramené au degré zéro de la réflexion sur les conditions de la transformation sociale ? La crise a encore plus éparpillé les composantes d’une gauche désunie : de la mouvance libertaire à la social-démocratie « raisonnable », toute la gamme des impuissances s’offre. Sur un champ politique et idéologique désespérément plat, des philosophes ont cependant refusé l’« économisme » ambiant qui tenait lieu de théorie de la société. Ils ont voulu à nouveau affronter sans détours la question d’un changement social qui ne se limiterait pas à des correctifs marginaux de l’inégalité. L’aboutissement mortifère de l’étatisme stalinien avait durablement tétanisé les promoteurs d’un changement révolutionnaire. L’aboutissement également mortifère d’un capitalisme sans limites, broyeur d’hommes et broyeur des sociétés, a progressivement levé les interdits qui pesaient sur la pensée. Cette levée des interdits n’a pas entraîné une réhabilitation mécanique des vieilles formules - étatico-bureaucratiques - de la libération sociale : en effet, les risques de glissement totalitaire qui s’attachent à eux sont désormais bien présents dans les esprits. Mais elle a libéré les imaginaires, et les critiques les plus radicaux de l’ordre existant refusent désormais de se laisser enfermer dans le champ trop étroit des aménagements tolérés par les dominants.
Le cadre d’une note ne permet pas de rendre compte en détail du foisonnement des analyses. On peut néanmoins évoquer quelques questions importantes sur lesquelles portent les interrogations. Et, encore hésitantes, quelques pistes pour un dépassement de la crise idéologique de la gauche. Sur ces sujets primordiaux, le travail de penseurs que l’on qualifiera de « radicaux » (par rapport à la pensée molle des gardiens intellectuels de l’ordre existant) a été précédé d’un époussetage sémantique : le premier pas de la démarche aura été de rendre leur vérité à certains termes, une vérité occultée par des emplois socialement manipulateurs.

Démocratie :

La lettre de Blanqui à Maillard disait déjà l’essentiel en 1852 : « Qu’est-ce qu’un démocrate, je vous prie ? C’est là un mot vague, banal, sans acception précise, un mot en caoutchouc. Quelle opinion ne parviendrait pas à se loger sous cette enseigne ? […] Les roués se complaisent dans ce vague qui fait leur compte ; ils ont horreur des points sur les i. Voilà pourquoi ils proscrivent les termes : prolétaires et bourgeois. Ceux-là ont un sens clair et net ; ils disent catégoriquement les choses. C’est ce qui déplaît. » Au plan intérieur, les insuffisances de la démocratie représentative et l’impuissance des politiques face aux forces de l’économie ont entraîné des méfiances portant sur le principe démocratique lui-même. Elles se sont traduites par un désintérêt croissant des couches populaires pour certains scrutins : l’ampleur de l’abstention a alors pour résultat paradoxal de ramener le suffrage universel au niveau d’un vote censitaire. Par ailleurs, le foisonnement associatif qui exprime à sa manière une forte aspiration démocratique ne suffit cependant pas à structurer le débat politique sur les grands dossiers de l’avenir. Enfin, au plan mondial, le concept démocratique lui-même a été dévalorisé dans de vastes zones qui ont connu les interventions impériales de l’ère Bush fils (prétendument conduites pour promouvoir conjointement la démocratie et l’économie de marché).
Le premier impératif sera donc de réhabiliter le mot « démocratie », de lui redonner un sens libérateur, et de clarifier le contenu de la « rupture démocratique » que l’on prétend souhaiter dans le camp progressiste.

Droite et Gauche :

Tout avait été fait pour gommer cette distinction politique structurante. L’infléchissement majeur était intervenu en 1983 avec le « tournant de la rigueur », lorsque l’on a clairement reconnu la subordination de la politique à l’économie. Cet abandon de la « ligne de 1981 », puis l’acceptation de toutes les contraintes d’une construction européenne « par le marché », la déferlante néo-libérale avec les années Reagan-Thatcher…avaient uni leurs effets pour ravaler l’intervention politique à une discipline au service de l’économie de marché. Ainsi, l’économisme ambiant a de plus en plus dicté les marges, étroites, du raisonnable. Accents mis, ici sur plus de solidarité, là sur plus de liberté : l’option entre Gauche et Droite s’est réduite au choix du meilleur gestionnaire d’un ordre présenté comme seul fonctionnellement efficace. Il ne restait plus, aux jeunes énarques, qu’à s’orienter vers l’une ou l’autre voie en fonction des plus grandes chances de carrière : de toute façon, la bande moyenne où s’exerceraient leurs choix excluait toute interrogation vraiment dérangeante. En bout de course, le débauchage sarkozyste d’anciens responsables socialistes de premier plan illustre jusqu’à l’absurde la confusion des genres et les abandons auxquels la « gauche de gouvernement » avait consenti.
C’est par rapport à ces dérives que des sursauts ont été enregistrés. La montée de l’extrême gauche, d’ordre politique avec le NPA (qui n’est pas que le produit d’une manipulation du pouvoir), d’ordre syndical avec SUD, est l’une des formes de ce sursaut. Cette pression « extrémiste » jouera-t-elle comme un aiguillon sur des socialistes que la crise, en tout état de cause, oblige à un réexamen autocritique de leur logiciel ? On avait réussi à brouiller l’image du conflit social fondamental entre Capital et Travail. On avait obtenu que chacun, dans sa tête, admette l’obsolescence de la lutte des classes et reconnaisse - dans les entreprises comme dans la société - un « intérêt général » en surplomb asexué. C’est cette mystification-là que la crise met rétroactivement en évidence en obligeant à un réarmement politique et idéologique. Peut-il en être autrement ? L’Américain Warren Buffett, détenteur de l’une des premières fortunes mondiales, ne déclarait-il pas il y a peu : « Tout va très bien pour les riches dans ce pays, nous n’avons jamais été aussi prospères. C’est une guerre de classes, et c’est ma classe qui est en train de gagner. »

Egalité :

Dans le durcissement des affrontements de classes que la crise met à nu, la problématique de l’égalité réelle, celle qui touche aux revenus et aux patrimoines, se trouve de nouveau propulsée au premier plan. Des informations gênantes n’ont pu être étouffées : tous les travailleurs pauvres ont pu apprendre que le revenu annuel d’un seul dirigeant de firme pouvait valoir plusieurs centaines de SMIC. Etait ainsi parfaitement illustrée l’aggravation, au détriment des salariés, du partage entre salaires et profits. Un écart difficilement soutenable avait été atteint : la consommation avait été comprimée à l’excès et, promu en compensation, l’endettement des ménages est devenu l’un des facteurs majeurs du déclenchement de la crise.
En la matière, pourtant, de multiples subterfuges avaient eu pour but de dissimuler l’âpreté du problème de la répartition et son caractère central pour la cohésion sociale. La dénonciation comme « égalitaristes » de tous ceux qui dénonçaient la situation s’accompagnait d’une justification de l’inégalité par l’efficacité économique, efficacité prometteuse d’une amélioration - mais toujours différée ! - de la situation relative de ceux qui sont au bas de l’échelle. A la justification « économiste » s’était ajoutée une subtile dévalorisation de l’idée d’égalité elle-même : nombre d’idéologues, surtout aux Etats-Unis (John Rawls), se sont attelés à la promotion du concept d’équité. Elle avait le grand mérite de ne pas toucher au cadre existant (libéralisme politique, propriété privée, économie de marché) pour ne s’interroger qu’à la marge sur le fonctionnement plus « juste » qui assurerait au système une plus large adhésion.
Sur un autre front, certaines transformations sociétales (libération des mœurs, affirmation de spécificités culturelles de groupe) ont contribué à saper la légitimité des aspirations égalitaires. Ce front-là est inattendu car, dans une logique d’ensemble du processus d’émancipation, les deux volets de l’égalité et de l’épanouissement des spécificités individuelles et collectives auraient dû s’épauler. Il n’en a rien été : tout s’est passé comme si l’exaltation de la différence intervenait pour masquer l’aggravation des inégalités réelles. Une même logique a perverti la défense des « droits de l’homme » qui, abstraite, a été coupée de la problématique centrale de la promotion de droits sociaux effectifs. A la longue, cependant, il est apparu de plus en plus nettement que « multiculturalisme et « droit-de-l’hommisme » épuisaient leur dimension libératoire réelle lorsqu’ils se laissaient instrumentaliser en paravents idéologiques de la dureté des exploitations concrètes dans le capitalisme mondialisé. Slavoj Zizek (dans « Plaidoyer en faveur de l’intolérance ») pousse loin la dénonciation de cette dérive. Pour lui : « …la posture idéologique prédominante d’aujourd’hui - le libéralisme multiculturel et tolérant – participe pleinement à la dépolitisation de l’économie ; pour le résumer d’une manière succincte, la tolérance multiculturelle EST l’idéologie hégémonique du capitalisme global. »

RUPTURES DÉMOCRATIQUES

Si nul n’imagine plus la révolution avec un « R », qui surgirait un Grand Soir, les penseurs de la réforme radicale ne pensent pas pour autant que les aménagements à la marge de la social-démocratie pourraient transformer en profondeur le système économique et social. Pour qu’advienne un monde plus égalitaire et plus humain, une « rupture démocratique » est à construire. Les questions incontournables qu’ils rencontrent alors sont : quels acteurs et quelle organisation, quelle vision du futur, quels garde-fous ? Sur tous ces points, les choix divergent. Et tout d’abord sur la nature même de la rupture comme moment où le corps démocratique se rassemble pour se projeter dans un projet novateur.

Nature de la rupture

En 1969, au congrès du PCI, le responsable Achille Occhetto affirmait : « Il faut sortir du dilemme entre l’insurrection, avec sa perspective d’un lac de sang, et le reflux du mouvement. C’est ce que cherche le fond de notre stratégie, au-delà du réformisme et d’une conception technique de la lutte de classes sur les barricades. » Les gauchismes concurrents de l’après 68 ayant échoué, cette ligne théorique balise-t-elle encore la voie de manière incontestable ? Rien n’est moins sûr.
Aux deux extrêmes opposés, l’on trouve deux positions antithétiques : pour faire court celles de d’Alain Badiou et de Antonio Negri. D’une radicalité plus « classique », Daniel Bensaïd se situe aussi dans une perspective plus directement opérationnelle (ce que reflète son engagement au NPA). C’est autour de ces trois figures que, schématiquement, on dressera différences et oppositions.

Alain Badiou :

Chez Alain Badiou, pour qui " l’’hypothèse communiste" demeure centrale, le moment démocratique - moment de rupture créatrice - est irréductible à un processus, à un développement lentement organisé et poursuivi : il jaillit et s’impose. L’« événement » ou « singularité forte » est ce qui « modifie le régime de l’apparaître des multiplicités dans le monde, tant par sa puissance propre que par la force en quelque manière déroutante de ses conséquences. » Une prise de distance est ici instaurée à l’égard de l’histoire, et surtout d’une certaine histoire marxiste qui assigne une finalité heureuse à l’aventure humaine. L’événement est « quelque chose qui est en excès sur la situation », ce qui ne signifie pas qu’il soit déraciné. Nul ne sait cependant a priori si événement il y a, d’autant plus que des "événementialités obscures " peuvent s’imposer, qui sont à déchiffrer : « il est de l’essence de l ‘événement de n’être précédé d’aucun signe, et de nous surprendre de sa grâce ». Pour l’approcher, la "tyrannie du nombre" est refusée : « Je n’accepte aucunement que la justice, ou la justesse, d’une politique soit du côté du nombre, et la règle majoritaire, dont je vois bien qu’elle peut être une commodité étatique, un artifice de paix pour la gestion des affaires, n’a rien à voir avec les processus de vérité. En ce sens, je ne suis pas démocrate. » La rupture révolutionnaire, "événement séparateur", va faire "exister de l’inexistant" : « Cependant, il faut veiller à ce que la distance initiale établie entre l’événement et l’ordre du monde, sa loi, son Etat, soit maintenue. Le péril principal est toujours de se dissoudre dans la loi dominante, et que le processus de vérité soit recouvert par la résignation à ce qu’il y a. »

Antonio Negri :

En opposition avec la perspective précédente, c’est « une rupture douce » que paraît dessiner son approche : le changement de paradigme est ici à l’œuvre au cœur même du système existant. Le moment révolutionnaire devient flou car la révolution se construit pas à pas dans les creux d’un ordre dominant et triomphant. Pour Antonio Negri, un Empire de type nouveau s’est imposé en dépassant le vieil ordre impérial de l’époque des Etats-nations : c’est désormais un système où le capital transnational impose sa dynamique dominatrice (y compris militaire) dans tous les domaines. Cet empire acéphale déstructure les anciennes catégories (classe, peuple, Etat, nation, spécificité du vivant…) pour étendre toujours plus la logique et l’emprise des rapports marchands. Face à lui, la Multitude - ensemble des mouvements populaires - organise des résistances éclatées qui taraudent le socle de l’empire en introduisant des grains de sable dans une mécanique trop bien huilée. Le concept de « multitude » apparaît clair dans l’ordre de la description, mais Il l’est moins lorsqu’il s’agit d’appréhender la « rupture » : quand survient-elle et comment ? La question est d’importance car le travail multiforme de la multitude n’est jamais envisagé comme devant aboutir mécaniquement, dans une sorte de réformisme d’un nouveau type, à un changement de système. Pour Antonio Negri, une vraie rupture doit intervenir. La notion de « pouvoir constituant » (qui n’a rien d’institutionnel ici) est développée : « Le paradigme du pouvoir constituant est celui d’une force qui fait irruption, qui coupe, interrompt, écartèle tout équilibre préexistant et toute possibilité de continuité. » La dimension stratégique de l’événement (des étapes et des alliances à construire) est cependant laissée dans un certain vague. L’impératif catégorique d’une mobilisation militante au profit du « pauvres » tient-il lieu de projet politique ? Si « l’irrépressible clarté et l’irrépressible joie d’être communiste » éclaire une démarche indéterminée, on peut craindre que « la politique révolutionnaire introuvable tende à se muer en étrange mystique sans transcendance ».

Daniel Bensaïd :

Face à ces deux positions, celle d’un Daniel Bensaïd apparaît plus classiquement marxiste : tout est dans la construction d’un rapport de forces face aux capitalistes, vrais détenteurs d’un pouvoir à abattre et à remplacer (on verra ultérieurement par quoi). Ce rapport de forces est à bâtir sur tous les fronts, celui des luttes sociales, des libérations sociétales (contre la répression de diverses collectivités minoritaires) comme des combats électoraux. Cela laisse ouverte la question des modalités de la rupture, où rien n’est écarté : il dépendra des données du terrain, de la configuration des conflits que prévale une voie électorale et pacifique, ou au contraire que le pouvoir soit conquis à travers des affrontements plus violents.

Quels acteurs ?

Chez Alain Badiou, le « fétiche démocratique » est dénoncé. Cela dissuade de situer les luttes dans une étroite perspective électorale où le succès même serait un piège : c’est à distance du pouvoir d’Etat vers quoi l’on tend d’ordinaire, c’est au contact direct du vécu populaire que doivent être recherchés les seuls vrais acteurs potentiellement disponibles pour une politique de nature différente. Et d’abord les prolétaires issus de l’immigration, les intellectuels héritiers des combats politiques des dernières décennies, une partie de la jeunesse, les chômeurs... Eux seuls peuvent rehausser le débat idéologique au niveau de la certitude qu’un tout autre ordre des choses est possible. La perspective se résumerait ainsi : « Rupture totale avec le capitalo-parlementarisme, politique inventée au ras du réel populaire, souveraineté de l’idée (…) » Les acteurs vont ici être confrontés à un défi central : dès lors « qu’ils n’ont rien – pas de capitaux, pas d’armes, pas de moyens médiatiques- et n’ont que leur discipline, leur unité », dès lors aussi qu’ils ont tiré les enseignements des impasses partisanes et étatistes du passé, ce défi se trouve être celui « d’une discipline politique qui ne soit pas calquée sur le militaire ». La forme « parti » étant indissociable de l’Etat, des élections et de ses combinaisons politiciennes, elle est incapable de porter ni même de préparer l’événement (la « singularité forte ») d’où pourrait dépendre une avancée réelle vers plus de vérité politique. Autrement dit : « …l’espace parlementaire des partis est en fait une politique de la dépolitisation ». Par ailleurs, « "Politique sans parti" ne veut aucunement dire sans puissance, bien au contraire. Cela veut dire : politique mesurée par des processus organisés tout à fait réels, mais incompatibles avec la logique partidaire, parce que les partis, aujourd’hui, ne sont pas des partis politiques. Ils sont des organisations étatiques, si oppositionnels qu’ils se déclarent. » Malgré ces « éclaircissements », on voit mal quel pourrait être l’outil concret du changement, sa forme organisationnelle, dès lors que le « parti », quelle que soit sa conception, est récusé. Dès lors également que la voie alternative, les « processus organisés tout à fait réels » demeurent dans une grande imprécision.

La « multitude » qui, chez Antonio Negri et d’autres auteurs (Michaël Hardt en particulier, co-auteur de « Empire » et de « Multitude ») apparaît comme un acteur collectif, se conjugue sous les traits dispersés de tous les mouvements populaires qui, chacun sous un angle particulier, contestent l’ordre établi : au-delà des syndicats et des partis politiques, les organisations de chômeurs, mouvements féministes, mouvements des « sans-papiers », piqueteros argentins, alter-mondialismes divers, mouvements homosexuels, mouvements de paysans sans terre, cocaleros boliviens, activistes indigènes du Chiapas... S’il fallait une image pour représenter l’affirmation lente de la multitude, ce serait celle du rhizome, ou encore de l’archipel. La multitude n’est ni peuple, masse, ou classe de l’ancien type : elle part de la classe ouvrière et de son déclin relatif pour prendre en compte les nouvelles données du monde du travail et la nouvelle structuration de la société qu’elle induit. Le « travail immatériel » (avec des hommes et des femmes mieux éduqués, mieux informés, précarisés, au nomadisme contraint…) apparaissent comme une minorité sociologique ascendante qui dit déjà le futur du système. Mais elle le dit à un double titre, contradictoire : en confirmant la puissance renouvelée d’exploitation et d’exclusion dudit système, mais aussi - et c’est là le fait positif - en accroissant le niveau de conscience des hommes et leur meilleure perception des enjeux d’ensemble de leur émancipation.
Entre conceptualisation et description proche du terrain, la notion de multitude laisse largement dans l’ombre la question stratégique : comment affronter les pouvoirs bien réels du système existant pour changer la société ? Un certain nombre de faiblesses ont pu être pointées : insuffisante prise en compte des nécessaires médiations politiques dans un espace impérial qui, étrangement, apparaît à la fois cosmopolitique, homogène et a-stratégique ; insuffisante prise en compte également des contradictions au sein même de la multitude, - et donc des convergences à construire en son sein. Enfin et surtout, si l’invention de formes nouvelles de démocratie participative est évoquée, la « démocratie non-représentative » qui est envisagée et souhaitée semble tenir davantage du souhait éthique que d’un projet politique concret.

Chez Daniel Bensaïd, Inspirateur et militant du nouveau « Parti anticapitaliste », les zones d’incertitude sont beaucoup moins nombreuses. La classe ouvrière (dans son émiettement comme dans ses transformations récentes) est porteuse d’une potentialité de lutte qui en fait toujours le centre incontournable de la rupture démocratique. Cette fonction centrale, en constante reconstruction, fait qu’elle doit intégrer à son schéma les mouvements sociaux et culturels qui, oeuvrant pour des libérations particulières (identitaires, sexuelles…), entrent eux-mêmes en conflit avec la logique uniformisatrice du Capital. Dans une opposition frontale au système, il faut également tenir compte de toutes les contradictions qui le minent, et soigneusement évalués les points de résistance au nivellement apolitique du marché (ainsi, d’une possible défense de la souveraineté, nationale ou régionale). Tous les terrains, donc également celui des élections, appellent une présence active. Mais cette présence, pour n’être pas génératrice d’illusions, doit clairement annoncer un refus d’alliance avec la social-démocratie, car celle-ci entend réformer le système, et non le remplacer. A la différence de celle des auteurs évoqués, l’approche ne récuse pas la forme « parti ». Mais les enseignements des expériences du passé (y compris de celle du trotskisme) auraient été tirées : c’est un parti de type nouveau, prémuni contre les dérives bureaucratiques et autoritaires, que l’on prétend vouloir promouvoir. Sa fonction, par ailleurs, ne doit pas s’exercer en surplomb, détaché de la réalité sociale et sociétale, mais en liaison permanente avec elle et tirant sa force de sa créativité en lui proposant des avancées unificatrices vers la rupture. Ce faisant, mais ce n’est pas pour surprendre, on retrouve certaines des thèses du CERES au sein du parti mitterrandien, lorsqu’il proposait un « réformisme révolutionnaire » qui articulerait dialectiquement « mouvement d’en haut et mouvements d’en bas ».

Quelle vision du futur ?

Gramsci, déjà, affirmait qu’on ne peut prévoir que la lutte, et non son dénouement. L’histoire se fait et ne se prédit pas, aucun modèle « clés en mains » n’est tracé. Mais l’exigence égalitaire qui doit être l’axe de la société à venir en délimite toutefois les contours dès aujourd’hui. Le refus de la marchandisation du monde, la démarche coopérative, le libre épanouissement des facultés individuelles et collectives…, cela fait un idéal mais laisse dans l’ombre les modalités de sa concrétisation et ce que pourrait être son fonctionnement réel. La prudence sur ce point s’explique d’abord par le bilan terriblement négatif des tentatives historiques visant à l’instauration d’un ordre alternatif à celui du capitalisme. Elle prend également appui sur la démarche adoptée : désormais, nulle organisation extérieure et en surplomb de la classe, du peuple ou de la multitude ne devrait dire la révolution que l’on souhaite voir advenir. C’est l’approfondissement démocratique lui-même, avec sa dispersion et ses moments unificateurs, ses « événements » et ses ruptures aux formes imprévisibles qui tracera un cheminement heurté vers une libération « communiste » toujours fuyante. Depuis Marx et Bakounine, en passant par le Lénine de 1917, une telle libération était consubstantielle à un dépérissement de l’Etat. Or, ce dépérissement lui-même, s’il demeure une référence essentielle, n’est aujourd’hui évoqué qu’avec une extrême prudence. Ainsi, Alain Badiou (Politique, démocratie et « hypothèse communiste ») : « Personne ne sait exactement aujourd’hui ce que veut dire cette intuition, je le reconnais, mais je pense que le déploiement politique doit être tel qu’il demeure compatible avec cette hypothèse. » Même prudence chez Daniel Bensaïd.
Cette prudence dans l’anticipation va cependant de pair avec une évocation plus précise des impératifs immédiats auxquels le mouvement révolutionnaire, en prenant de l’ampleur, devrait satisfaire. En s’en tenant au seul NPA, ses « Principes fondateurs » affirment que « l’eau, l’air, la terre et le vivant sont des biens communs non privatisables ». La nécessité est proclamée d’une expropriation sans indemnisation des grands groupes, l’instauration d’un pouvoir autogestionnaire des travailleurs à tous les niveaux, la modification profonde de la répartition salaires / profits, l’extension du champ des « biens publics » aptes à répondre aux besoins fondamentaux, des interdictions de licenciements , la mise en place d’une planification démocratique… Il s’agit-là d’un « programme d’urgence » et non d’un programme détaillé, et l’on découvre que sur certains points des thématiques connues du combat socialiste d’il y a quelques décennies refont surface (le PS d’Epinay parlait aussi de rupture !).
Ce qui est nouveau, en revanche, c’est l’affirmation qu’ « il n’est pas possible de mettre l’Etat et les institutions actuelles au service d’une transformation politique et sociale . Ces organismes, rodés à la défense des intérêts de la bourgeoisie, doivent être renversés pour fonder de nouvelles institutions au service et sous le contrôle des travailleurs et de la population. » Le « choix pour y parvenir mise exclusivement sur l’expression et la mobilisation majoritaire », mais la participation aux élections n’est qu’un moment et qu’une des formes d’un combat démocratique autrement ambitieux, lequel ne s’interdit pas de « sortir du cadre étriqué de la légalité. » Question : en situant l’action résolument hors de la sphère de l’Etat existant, en refusant d’intégrer la lutte des classes à l’intérieur même de cet Etat, en écartant a priori toute alliance électorale avec la social-démocratie, ne déserte-t-on pas purement et simplement un champ de bataille concret pour un hypothétique affrontement global toujours différé ? La lutte au sein de l’Etat et pour son contrôle - fut-il très partiel - n’ont-ils pas permis les avancées sociales significatives du passé, elles-mêmes agrégatives de la conscience de classe ? Il y a là un point aveugle de l’approche du nouveau parti anticapitaliste.

Quels garde-fous ?

La réunion du G20, au début du mois d’avril, a donné des résultats que les médias dominants ont sur-le-champ jugé être satisfaisants, cela afin de prévenir une nouvelle baisse de confiance des marchés. Qu’il s’agisse de la relance des activités de production et d’échange, ou encore du recadrage du marché financier mondialisé, les résultats apparaissent cependant limités et / ou ambigus à la plupart des observateurs quelque peu distanciés. Une chose est certaine : le marasme économique, avec ses ravages sociaux et ses déstabilisations politiques, ne prendra pas fin rapidement. Les deux voies concurrentes (d’un côté la restauration après toilettage d’un système capitaliste à l’assise planétaire, de l’autre une succession de ruptures révolutionnaires aux effets imprévisibles), ces deux voies demeurent ouvertes.
Plusieurs analystes mettent l’accent sur toutes les fragilités qui, cumulées, rendraient probables des explosions sociales et politiques en chaîne. Le plus radical dans ses prévisions est le « LEAP / Europe 2020 », groupe de réflexion européen qui craint une « dislocation géopolitique mondiale », un « sauve-qui-peut généralisé », de violentes révoltes populaires que le marché des armes à feu alimenterait aisément… Les périodes de désarroi sont certes propices aux prophéties apocalyptiques, et les données qui font sens sont trop mouvantes pour confirmer sans plus un tel scénario. Il demeure que le LEAP, il y a trois ans, donc longtemps avant les premiers et rares observateurs qui ont annoncé la crise, avait décrit avec précision l’enchaînement des faits et l’ébranlement systémique que l’on connaît.
L’hypothèse de voir des jacqueries entrer en résonance, des révoltes sociales ponctuelles aboutir ici ou là à un mouvement révolutionnaire peut-elle être totalement exclue ? Des « ruptures démocratiques » qui, il y a peu, semblaient bien peu menaçantes pour l’ordre établi, pourraient-elles intervenir ? Dans cette perspective, certaines questions liées à un changement brutal de paradigme sont mises au premier plan. Parmi ces questions, celle de la violence révolutionnaire soulève des interrogations particulières. Les auteurs cités soulignent que cette violence ne serait qu’une réponse de défense face à celle, quotidienne et massive, du « désordre » existant. Et également que, toute tentation blanquiste étant repoussée, une mobilisation populaire devenue majoritaire autour du projet révolutionnaire réduirait d’autant ce risque de violences. Il demeure que nombre de points sont plus qu’incertains. N’est pas le moindre celui du « coût social transitoire » lié à une profonde remise en cause du modèle économique libéral structuré au cours des dernières décennies : dans un contexte social dégradé (chômage, appauvrissement…) les tâtonnements de départ de la nouvelle organisation que l’on veut autogestionnaire pourraient paradoxalement ajouter à ces désordres déjà établis. Des reculs sont plus que possibles. Or, les expériences révolutionnaires de l’histoire ont montré que face à l’essoufflement et aux hésitations des mouvements de masse, des minorités autoritaires ont souvent surgi pour forcer les volontés défaillantes. Les assurances données (sur le fonctionnement démocratique du « parti » révolutionnaire, des nouvelles institutions populaires...), ces assurances apparaissent incertaines car affirmées hors situation. Un philosophe comme Etienne Balibar a beaucoup réfléchi sur cette question de la violence révolutionnaire. Il le fait en s’inscrivant pleinement dans l’héritage marxiste de la lutte des classes et de l’internationalisme, et en plaidant pour une « politique de civilité » qu’il définit comme « une politique des conditions de possibilité de la politique », ou encore « une politique "anti-violence", c’est une résistance à la violence qui détruit la possibilité même de la politique. Ce point de vue n’est pas contradictoire avec l’idée de transformation radicale de la société et de la violence qu’elle porte en elle. » » Mais il ajoute aussitôt que cette interrogation sur la violence doit être portée au cœur du projet révolutionnaire lui-même : « …il est clair que la violence révolutionnaire a préparé le terrain à une certaine militarisation de la politique. Il est donc nécessaire de s’interroger sur les effets destructeurs de la violence, y compris de la violence révolutionnaire. » Si, pour les exclus du système (les « sans-part »), l’accès à la reconnaissance ne peut se satisfaire des barrières disciplinaires d’une démocratie libérale indifférente aux inégalités réelles, la conquête de l’inclusion ne peut pas pour autant, elle, être indifférente aux moyens utilisés. Cependant, au départ d’un processus révolutionnaire, aucune garantie n’est sur ce point acquise.
Robert Bistolfi

8.04.09

Quelques références

Badiou Alain : Politique et vérité, in : « Contretemps n°15 », février 2006.

Badiou Alain : Insurrection et Constitution : la citoyenneté ambiguë, in : « Pensées critiques, Dix itinéraires de la revue « Mouvements » - 1998-2008 », Ed. La découverte, 2008.

Balibar Etienne : Identités conflictuelles et violences identitaires, in : « Contretemps n°7 », mai 2003.

Bensaïd Daniel : Les irréductibles, Théorèmes de la résistance à l’air du temps, Ed. Textuel, 2001.

Bobbio Norberto, Destra e sinistra. Ragioni e significati di una distinzione politica, Ed. Donzelli, Rome, 1994 (Trad. Française, Seuil, 1996)

Debray Régis : L’obscénité démocratique, Ed. Flammarion, 2007.

Zizek Slavoj : Plaidoyer en faveur de l’intolérance, Ed. Climats, 2004.

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