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Plénière du 18 mars 2010
« L’identité Française »

N°27


mise en ligne: mercredi 9 février 2011


« L’identité Française »

Alain BOYER
Agrégé d’Histoire, membre du Cercle

Nous pourrons nous interroger sur les incidences qu’aurait pu avoir ce débat sur les élections régionales telles que nous les avons vécues. Pour ma part, je n’en vois pas de directe. Il y a sans doute eu, mais il y avait déjà avant, des résurgences de l’extrême droite que d’ailleurs très curieusement les instituts de sondages n’avaient pas perçues. Je ne pense toutefois pas que ce soit le débat qui ait relancé ceci, mais le terrain reste délicat.

Comme vous l’avez vu, je n’ai pas parlé d’identité nationale, mais j’ai préféré parler d’identité française parce qu’effectivement « identité nationale » cela peut amener à des confusions et au risque de l’exploitation de l’idée de Nation. Il faut bien se souvenir que l’idée de Nation était une idée de gauche ; c’est une idée révolutionnaire. La Révolution s’est fondée sur l’appui du parti patriote. C’est seulement à la fin du XIXème siècle avec la montée du nationalisme, de l’antisémitisme, des idées d’extrême droite que la gauche a, en partie, perdu l’idée de Nation. Elle l’a retrouvée au moment des unités nationales au moment de la première guerre mondiale : « l’union sacrée » et là – de nouveau – la Nation est devenue idée de gauche et elle l’a encore plus retrouvée dans la Résistance où il s’agissait bien de reconstituer l’unité de la France.

Identité française plutôt qu’identité nationale. Unité nationale d’ailleurs pourrait-on dire en rejoignant sur ce point certains souverainistes. Mais on peut aussi se dire que chaque peuple européen - restons en Europe mais ce pourrait être plus large - pourrait se revendiquer de « son » identité nationale.

Ces identités nationales sont particulières au sein d’une identité européenne en construction. Comment définir toutefois cette identité européenne aujourd’hui ? Avec en arrière plan, la mondialisation, la globalisation qui génèrent l’affirmation d’identités nationales dans tous les mouvements d’indépendances nationales. Toutes les revendications d’indépendance dans le monde entier se font sur un principe : la République, « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». À partir du moment où un peuple affirme et prouve son existence, il a droit ipso facto – c’est ce qui construit le droit international public actuellement – à la constitution d’un État. Regardez ce que sont les revendications aussi bien des Sionistes en Israël que des Palestiniens pour créer deux États. Il y a deux peuples et donc automatiquement deux États. Le problème ensuite c’est de les faire vivre.

Nous aurons un regard sur l’identité de la France. C’était ce dont préférait parler Fernand Braudel. L’identité de la France qu’il personnalise dans une grande tradition elle aussi républicaine. C’est la personnalisation à travers Marianne tout au travers du XIXème siècle et au-delà. Maurice Aghulon, le grand historien a fait un très bel ouvrage sur « Marianne au village » montrant justement à travers l’arrivée des Mariannes dans les différentes communes, la pénétration du parti républicain en France.

Je n’ai pas souhaité entrer dans la discussion directe sur la légitimité et la pertinence du calendrier de ce débat parce que j’ai considéré que le débat nous était en quelque sorte « offert ». Bien sûr, on pourrait dire pourquoi maintenant et pas à un autre moment, pourquoi est-ce qu’il entre dans le cadre d’un calendrier électoral, en fait il était déjà annoncé par l’actuel Président dans la campagne des élections présidentielles, mais il était aussi en filigrane dans la campagne de la candidate socialiste. Donc, dire que c’est quelque chose de totalement nouveau, ce n’est pas tout à fait exact. Le débat aurait pu avoir lieu plus tôt, dès la constitution du gouvernement Fillon, puisque s’est créé à ce moment-là le Ministère chargé de l’Identité nationale, Ministère de l’Immigration et ça c’est quelque chose qui entre en débat : pourquoi ce Ministère a-t-il en charge l’identité nationale alors qu’elle devrait être en charge du Premier Ministre et même du Président de la République. C’est ce dernier qui a en charge, fondamentalement, l’identité nationale et l’unité nationale. Ce débat nous ramène à la question posée : « Qu’est-ce que pour vous être français ? » Et chacun peut avoir à cette question une réponse et une réponse totalement légitime. Légitime parce que chacun a une histoire particulière avec la France, avec ses différents terroirs, ses différentes cultures ce qui nous amène à avoir une vision ouverte de la notion d’identité française qui pour moi est obligatoirement multiple, variée, riche de toutes ces diversités à partir du moment où ces diversités sont assumées et affichées. Mais cette ouverture même de la France doit faire l’objet d’un débat, elle n’est pas donnée ex-nihilo, sans qu’on la construise ; elle n’est ni innocente, ni évidente, en particulier au niveau de nos partenaires européens. On a dit souvent que la France s’était engagée seule dans ce débat, or ce débat existe chez presque tous nos partenaires européens. Mais, il existe sous des formes diverses, parce qu‘en France, c’est l’État qui a lancé le débat et pourquoi l’État, eh bien parce que l’on est en France ! C’est aussi une de nos caractéristiques que d’attendre beaucoup de l’État. L’État est ce qui cimente une idée nationale. Dans d’autres pays, en Allemagne, par exemple, le débat a été lancé et il était beaucoup plus dur que chez nous, car il s’agissait de faire de deux États antérieurement, un seul État. Il y avait eu 50 ans de communisme ou de capitalisme libéral ; 50 ans de vies séparées et il fallait décider que l’on ne ferait qu’un seul État avec une monnaie unique.
Le débat est également intense dans les pays du nord de l’Europe, autour de thèmes liés à l’immigration. L’on retrouve d’ailleurs là aussi la même ambivalence : l’immigration remettrait en question une unité nationale. Ce débat est très fort dans les pays scandinaves et dans un pays comme la Belgique ou les Pays-Bas. Je pense donc qu’il fallait être présent dans ce débat et afficher ses convictions.

Dans ce débat, tout citoyen a quelque chose à dire. Il n’y a pas d’un côté les « sachant » et de l’autre les ignorants, comme ce peut être le cas sur des sujets plus complexes tels que la bioéthique par exemple. S’agissant de notre lien avec la France, de notre identité française, chacun est légitime et a quelque chose à dire.

Pour venir au fond du sujet, l’identité nationale c’est certes une donnée, mais c’est d’abord une conquête citoyenne. Cette identité nationale s’est construite autour d’une histoire commune, complexe. « L’idée de France » est une donnée récente. Alors bien sûr, les grands pédagogues de la troisième République ont reconstruit une Histoire : nos fameux ancêtres les gaulois, dont on s’est beaucoup gaussés mais qui ont servi aussi de ciment à l’identité nationale. C’est la reconstruction autour de Vercingétorix et puis la fusion avec la romanité qui est tout de même une part importante de la culture latine française. Puis, des périodes qui ont marqué des moments de la conscience nationale (sans que les contemporains de l’événement s’en rendent compte), comme le baptême de Clovis. L’idée nationale est apparue au moment de Bouvines, premier moment où l’on prend conscience que l’on a des valeurs communes, des choses communes à défendre. Ensuite, cette histoire s’est souvent construite contre

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