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Plénière du 10 mai 2012
Les politiques d’austérité vont-elles tuer l’Europe ?



mise en ligne: lundi 19 novembre 2012


Henri Sterdyniak est directeur du département «  Économie de la mondialisation » à l’OFCE, professeur associé à l’université Paris-Dauphine, et l’un des leaders des «  Econo­mistes atterrés  ». Nous l’avions entendu en octobre 2010 sur «  La crise de l’Europe et comment en sortir  ?  », il s’est placé le 10 mai 2012 dans une perspective beaucoup plus alarmante à la suite des politiques d’austérité conduites depuis en Europe.

Compte-rendu résumé de la conférence par Françoise Renversez

Le tableau de départ est sombre

Le tableau récapitulant les différents aspects d’une situation dangereuse pour la zone euro est sombre : recul de 9 points d’activité (PIB) pour la zone à la suite de la crise financière, l’Allemagne perd 5 points, la France 8, la Grèce et l’Irlande 20.
L’ensemble de la zone subit donc une situation de dépression contre laquelle les pouvoirs européens ont été incapables de définir une stratégie économique et ont écarté le recours à la dévaluation, arme traditionnelle de la relance. ­­­­­
La spéculation s’est poursuivie. Les spreads, écarts entre les taux d’intérêt pratiqués sur les marchés financiers à l’égard des pays emprunteurs, sont énormes, non seulement à l’échelle européenne mais à l’échelle mondiale. Les taux consentis aux États-Unis sont de l’ordre de 1,8 %, au Japon de 0,9 %, à l’Allemagne de 1,5 % à dix ans, à la Finlande ou à l’Autriche de 2 %, à la France de 3 % – moins aujourd’hui –, à l’Italie de 5,6 % et à l’Espagne de 6 %.
De 1997 à 2007, période faste pour les taux d’intérêt, tous les pays de la zone euro étaient considérés comme équivalents. Les écarts de taux actuels impliquent des prélèvements importants en points de PIB sur les budgets nationaux. Or, dans le système de la zone euro, les taux d’intérêt ne sont pas contrôlés alors qu’ils le sont par la FED qui les maintient à 2 % par ses interventions sur les marchés. (On observera que depuis l’intervention d’Henri Sterdyniak les facilités de liquidité offertes par la BCE aux banques ont provoqué un certain tassement des taux d’intérêt mais les écarts de taux subsistent.)
Cette situation résulte d’un désaccord total sur les stratégies à suivre entre les pays de la zone euro. Le Pacte budgétaire prévoit l’inscription dans les constitutions des contraintes de respect de l’équilibre budgétaire et de limitation de la dette publique à 60 % du PIB. Le président français nouvellement élu a déclaré qu’il ne proposerait pas au Parlement d’inscrire la « règle d’or » dans la Constitution. Comment choisir une stratégie de politique économique lorsque les gouvernements démocratiquement élus ne sont pas d’accord ? Cette situation résulte pour Henri Sterdyniak de la conception même de l’organisation de la zone euro.

Les quatre péchés originels de la zone euro

Henri Sterdyniak souligne les quatre péchés originels de la zone euro :

1. Elle établit une monnaie commune en laissant la place à des politiques budgétaires différentes. Difficulté qui a été masquée au départ.

2. Des pays à situations économiques très divergentes ne peuvent avoir la même politique économique, en particulier en matière de taux de change et de taux d’intérêt.
En matière d’action gouvernementale les mythes directeurs sont aussi différents : faire de la gouvernance économique en France, ­pratiquer l’ordo-libéralisme en Alle­magne avec une croissance accep­tée de la masse monétaire de 4,5 % annuelle, soit 2 % d’inflation acceptée et 2,5 % de croissance. Cette position ignore qu’un budget en équilibre peut masquer un déséquilibre macro-économique  ; la bulle immobilière a masqué les difficultés.

3. La zone euro suppose une solidarité entre des peuples intrinsèquement différents.

4. En juin 2009, les dettes publiques considérées comme sans risque deviennent des dettes risquées et contraignent la BCE à devenir prêteur en dernier ressort dans une zone où les dettes publiques font l’objet de spéculation différenciée.

Sortir de la récession

Pour sortir de la récession, il faudrait une politique macro-économique courageuse. Lorsque la crise grecque a éclaté, en janvier 2010, plusieurs solutions étaient envisageables : la sortie de la Grèce avec une dévaluation de 30 à 40 %  ; aider la Grèce sans trop de conditions avec un changement de stratégie pour la zone  ; la solution médiane appliquée à l’Irlande et au Portugal avec des plans d’ajustement régionaux qui se révèlent toujours insuffisants.
La grande erreur de la politique économique de la zone euro est d’avoir considéré chaque pays isolément sans voir la dépression de l’ensemble. La ­politique restrictive s’est appliquée à tous les pays, la baisse du taux de change, politique tradition­nellement stimulante, n’a pas joué, l’euro ne s’étant pas affaissé par rapport au dollar. La politique restrictive généralisée a amputé la croissance de deux points de PIB.
En ce qui concerne la Grèce, la forte restriction de l’investissement pu­blic, la baisse du nom­bre de fonc­tionnaires, de certaines allocations et des retraites a entraîné une contraction très forte de l’activité. Sur 50 milliards d’euros de dénationalisations demandés à la Grèce, seuls 3 milliards ont été réalisés.
Les États endettés doivent soumettre leur politique économique à la troïka : FMI, Fonds européen de stabilité financière et BCE. Mais l’effet récessif des politiques économiques préconisées bloque la situation en Europe.
L’un des objectifs stratégiques de la Commission est d’améliorer la gouvernance des États, l’instrument étant le Pacte de stabilité et de croissance mais, et Henri Sterdyniak insiste sur ce point, ce ne sont pas les finances publiques qui sont responsables de la crise.
En revanche la Commission n’a pas de politique macro-structurelle, elle lui substitue la flexibilisation du marché du travail. Or si le Conseil européen est censé examiner les décisions de la Commission il faut que 75 % des pays fassent un choix différent de celui de la Commission (non compris le pays ­concerné par la décision) pour que la proposition de la Commission soit rejetée.
La politique budgétaire est totalement paralysée par l’engagement de ne pas réaliser un déficit structurel supérieur à 0,5 % du PIB. D’autant que tout excédent de la dette supérieur à 60 % du PIB doit être réduit. La question de la mesure du déficit structurel est posée (il s’agit de la part discrétionnaire du déficit public résultant des choix de l’État).
Le Mécanisme européen de stabilité suppose une certaine solidarité et le respect des dispositions du Pacte. Mais comment définir le déficit raisonnable pour assurer l’émission d’euro-obligations  ?

L’alternative française aux politiques d’austérité

Sur la voie empruntée par la Commission, l’Europe marche vers la détresse financière et économique. Face à cette situation, le projet français consiste à conduire une politique d’investissement public financé par la Banque européenne d’investissement et des euro-obligations en rassurant les marchés financiers par le programme présenté au Conseil de l’Europe. ■

Compte-rendu résumé de la conférence par Françoise Renversez

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