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Sauver l’industrie française


par

mise en ligne: dimanche 16 juin 2013


  • René IFFLY 2013 :
  • r.iffly@libertysurf.fr
  • Cercle Condorcet de Paris
  • Mai 2013

1 - ETAT DES LIEUX

En dix ans notre industrie a perdu le tiers de ses emplois (200.000 postes de travail détruits rien qu’en 2012 avec 266 fermetures d’usines pour 166 créations), ses marges ont chuté de 30% et sa part dans le PIB est tombée de 19 à 12%, alors qu’elle représente 23% du PIB allemand. Nos exportations industrielles dans la zone euro ont reculé de 25% (leur part est passée de 16 % en 2000 à 12 % en 2012) quand celles de la plupart de nos partenaires européens augmentaient. Notre balance commerciale très bénéficiaire dans les années 80 est devenue très déficitaire (70 G€ en 2012) : nos productions ont perdu en compétitivité, marginalement du fait d’un euro surévalué. La mondialisation a complètement bouleversé le fonctionnement de nos entreprises, et leurs responsables ont manqué de vision à long terme, ils n’ont pas su anticiper les mutations. Tout le tissu des PME est maintenant fragilisé. Les carnets de commandes sont en berne. Et dans leurs interventions à l’étranger nos entreprises sont mal coordonnées, n’interviennent pas en réseau, et n’ont pas une réactivité suffisante face à la concurrence étrangère. Pour des raisons fiscales et commerciales les entreprises du CAC 40 n’exercent plus qu’une part limitée de leurs activités en France. A l’époque de Mitterrand la France était en meilleure position que l’Allemagne. Parmi les causes qui expliquent cette situation on relève aussi les trente-cinq heures et les RTT qui ont dégradé la rentabilité des entreprises publiques et privées en augmentant les coûts de production, même si s’en est suivi une meilleure productivité après réorganisation ; elles n’ont profité qu’aux cadres, en créant peu d’emplois puisque les entreprises ont compensé par des heures supplémentaires exonérées d’impôts au profit des salariés en place. En forçant le trait on peut dire que l’on est passé en quelques décennies d’une civilisation du travail à une civilisation de loisirs. Mais la cause principale est à rechercher dans la nature de nos productions industrielles, comme expliqué ci-après.

Et le problème n’est pas qu’économique, il est aussi culturel car de nombreux Français estiment que l’industrie relève aujourd’hui d’activités obsolètes, ce qui est justifié si l’on se réfère à l’industrie lourde, aux mines ou à la grosse sidérurgie. La France connaît comme ses voisins un relatif désintérêt pour l’industrie et un désenchantement vis-à-vis de la technique. Pourtant l’industrie est créatrice de richesses et nous soutenons son développement raisonné, appuyé sur les progrès permis par l’innovation scientifique et technique, à condition de respecter l’environnement et d’économiser l’énergie, et d’en terminer avec la culture de la surconsommation de gadgets et de produits jetables. La politique industrielle de la France souffre aussi de l’absence quasi totale d’ingénieurs et d’entrepreneurs dans les instances ministérielles et parlementaires, à même de promouvoir une bonne stratégie au niveau national ; la raison en est certainement que contrairement aux fonctionnaires ils ne sont pas assurés de retrouver leur ancien poste en fin de mandat. Et trop de patrons qui se trouvent parachutés dans des entreprises importantes ignorent tout de la technique et de la recherche, et se cantonnent dans la gestion.

Nous examinons ci-après les mesures qu’il conviendrait de prendre en nous inspirant pour partie du rapport de Louis Gallois diffusé fin 2012.

2 – REVOIR LES PRODUCTIONS

La crise que traverse notre industrie est à la fois conjoncturelle mais surtout structurelle : les réformes pour la faire repartir doivent donc être principalement structurelles. Sauver notre industrie oblige à monter en qualité, à modifier profondément la gamme de nos produits qui aujourd’hui se décomposent en une large majorité de produits de basse technologie et une minorité de produits de haute technologie, contrairement aux allemands qui ont mis l’accent sur de produits de moyenne et de haute technologies : nous avons dans le passé cherché la facilité en ciblant nos exportations sur nos anciennes colonies et des pays en voie de développement. Mais maintenant nous ne pouvons pas dans ce domaine lutter à armes égales avec les pays asiatiques, le Maghreb ou l’Europe centrale qui pratiquent le low cost sur les salaires et qui ont accru leur niveau technique. Si nous voulons conserver notre modèle social, nous devons changer de stratégie industrielle, créer une véritable rupture : il faut, certes réduire les charges des entreprises et leur donner davantage de flexibilité, mais le combat doit porter principalement sur la rénovation, la qualité et la fiabilité de nos produits, en cherchant à avoir toujours « un métro d’avance » sur nos concurrents. Nous devons choisir : le redressement sera douloureux, coûteux, il s’impose pour créer de la richesse et réduire le chômage, et il demandera une décennie, mais il est possible. Durant cette période le chômage va vraisemblablement continuer de croître avant que les actions de redressement portent leurs fruits : aussi les emplois assistés devront être temporairement accrus, la formule du chômage partiel étendue (accords Crédit d’impôt–Compétitivité emploi) et complétée par de la formation professionnelle, et dans ce contexte le gouvernement devrait adopter un plan de désendettement moins rapide.

Parmi les facteurs qui expliquent la situation présente relevons aussi le fait que la France s’est largement orientée dans les années passées vers des activités de services et de commerce (il y a aujourd’hui 20 millions d’emplois dans ce secteur contre seulement 3,5 dans l’industrie). Or celles-ci n’ont pratiquement aucun impact positif sur la balance commerciale : les statistiques européennes indiquent que les revenus du commerce extérieur de la plupart des Etats proviennent presque exclusivement des activités industrielles. Il est donc urgent d’inverser la tendance en France. Toutefois il ne s’agit pas de supprimer les sociétés de service mais d’en réorienter un grand nombre dans le sens d’un meilleur soutien aux entreprises industrielles, en synergie avec elles (gestion du personnel, de l’informatique, de l’entretien et de la maintenance).

3 – REVOIR LE FONCTIONNEMENT DES ENTREPRISES

La plupart des entreprises françaises, du moins les plus importantes, sont régies par des conseils d’administration qui sont entre les mains d’actionnaires à la recherche du profit maximum à court terme, et de ce fait la définition de la stratégie de l’entreprise échappe largement aux vrais industriels. Le capitalisme financier a littéralement prostitué le capitalisme économique. Le monde de la finance est complètement déconnecté de l’économie réelle : les flux financiers spéculatifs représentent plusieurs centaines de fois les flux de l’économie réelle. Or il ne peut y avoir de politique de développement et de dégagement de marge pérenne sans une action soutenue sur le long terme, en dégageant des bénéfices pour investir et préparer les profits de demain, selon la formule bien connue. Cela demande donc que les profits soient correctement répartis entre les investissements, les salariés et les actionnaires : or actuellement ce sont ces derniers qui ramassent l’essentiel de la mise, et les revenus des grands patrons sont scandaleusement élevés, ce qui est particulièrement démotivant pour les salariés. A l’opposé de cette situation les Allemands ont su donner une place privilégiée aux investissements et aux salaires (bien qu’une frange importante des petits salariés soit nettement sous-payée). L’industrie doit être au service de la nation et de l’intérêt général, et non des actionnaires. La France a malheureusement choisi depuis une trentaine d’années un management à l’américaine où les actionnaires et les financiers font la loi, imposent la ligne stratégique de l’entreprise : il est temps de revenir à un modèle économique plus conventionnel. Une solution, entre autres, pour y remédier consisterait à surtaxer les plus-values à court terme (le gouvernement en aura-t-il le courage) et à réduire les dividendes versés aux actionnaires. Remarquons toutefois que de nombreuses entreprises françaises sont devenues la propriété majoritaire d’actionnaires étrangers ou de fonds de pension anglo-saxons qui n’ont que faire de la situation économique et sociale de la France, et qui n’hésiteraient pas à migrer le cas échéant si la législation devait changer : l’évolution devra donc être conduite en souplesse. C’est l’Etat qui devrait définir les règles de composition et de fonctionnement des conseils d’administration.

4 – REVOIR LES RELATIONS DE TRAVAIL

Nos entreprises ne pourront pas fonctionner normalement tant que les relations entre chefs d’entreprise et salariés–syndicats resteront aussi conflictuelles. Aujourd’hui la plupart des acteurs sociaux ne sont pas en phase. Il est urgent que s’instaure un climat de coopération et de cogestion, que les décisions stratégiques de l’entreprise soient prises en concertation étroite et loyale avec les représentants du personnel élus aux conseils d’administration, que la concertation remplace la confrontation. Le climat qui existait à l’époque des Trente Glorieuses entre patronat et salariés, lorsque la motivation principale pour tous était la reconstruction du pays, était plus consensuel, même s’il était entrecoupé de grèves violentes. Aujourd’hui les salariés sont trop souvent écartés de toutes décisions, mis devant le fait accompli et, démotivés, réagissent alors par des blocages avec grèves et manifestations dans la rue, créant un climat délétère dans l’entreprise. Ce type de management est suicidaire. Les entreprises sont des organisations humaines et devraient se comporter comme tel. L’information du personnel sur l’évolution des projets, les difficultés rencontrées, les nécessaires changements d’orientation, est essentielle pour parvenir à une bonne adhésion de celui-ci à la stratégie de l’entreprise. Mais avec un taux de syndicalisation extrêmement bas en France (seulement 8% des actifs) les syndicats jouent très mal leur rôle de courroie de transmission entre le personnel et l’équipe dirigeante, d’autant qu’ils ne se comportent pas toujours de manière responsable et que beaucoup en sont restés à l’époque de la lutte des classes. Par ailleurs de nombreux salariés sont stressés et démotivés du fait de l’environnement devenu complexe au sein des entreprises qui leur imposent de coopérer entre eux : paradoxalement ils supportent mal cette dépendance qui équivaut pour certains à être jugés par les camarades.

Autre critique : les entreprises importantes ne doivent plus considérer leurs sous-traitants comme des renforts temporaires jetables. L’expérience montre que chaque fois qu’une entreprise a su établir un véritable partenariat avec ses sous-traitants, en discutant collégialement des voies et moyens pour atteindre les objectifs, et en les faisant participer aux bénéfices, le succès était au rendez-vous. Cette stratégie de surcroît renforce les PME et réduit leur vulnérabilité ; n’oublions pas que ce sont les PME qui créent le plus d’emploi.

5 – REVOIR LA FORMATION DU PERSONNEL

La préparation des jeunes aux activités du monde industriel n’est pas pertinente pour de nombreuses raisons.
D’abord remarquons qu’il y a désaffection chez beaucoup de Français pour les sciences et techniques. Le recrutement d’ingénieurs et de techniciens pour l’industrie, et de chercheurs et enseignants dans le domaine scientifique, s’avère de plus en plus difficile. Le statut social du technicien a été dévalorisé. A titre d’exemple indiquons qu’actuellement une très forte proportion des jeunes diplômés des plus prestigieuses grandes écoles d’ingénieurs choisissent de démarrer leur carrière dans la finance, le commerce, la gestion ou le management : l’Etat devrait remédier à ce gâchis en imposant à ces ingénieurs issus des écoles publiques un décennie dans l’industrie ou la recherche scientifique (avec le risque éventuel de détourner davantage de jeunes vers les écoles de commerce- ?-). A l’inverse nos écoles mettent sur le marché du travail pléthore de jeunes diplômés en sciences humaines, sociales, psychologiques ou apparentées, et en techniques de communication ou du spectacle, qui recherchent en vain un emploi. L’inadéquation des formations aux besoins de la nation est flagrante : plusieurs centaines de milliers de postes à pourvoir restent vacants faute de candidatures appropriées (Cf. Annexe). Les actions d’information et d’orientation des jeunes sur les besoins de la nation sont totalement à revoir pour mettre fin à cette situation.

Autre faiblesse dont souffre l’industrie française : trop de jeunes ingénieurs ou chercheurs s’expatrient en début de carrière (un sur dix d’après le Ministère des Affaires Etrangères) parce qu’ils estiment ne pas pouvoir trouver en France des conditions de travail ou de salaire ou de promotion à la hauteur de leurs ambitions. Les complications administratives totalement démesurées et souvent inutiles ne facilitent pas non plus la tâche de ceux qui souhaitent créer une petite entreprise.

Ensuite les programmes de sciences enseignés dans les écoles sont mal adaptés : nous décourageons les lycéens avec des cours de mathématiques et de physique trop théoriques qui ne concernent qu’une minorité d’élèves ; ils devraient être réservés aux universités. La place laissée à l’initiative personnelle et à l’expérimentation est très insuffisante. Les programmes de sciences de l’ingénieur enseignés dans les pays anglo-saxons répondent beaucoup mieux aux besoins de l’industrie. Maintenons un enseignement scientifique élitiste mais seulement pour certains cursus universitaires.

En outre la formation professionnelle des jeunes est complètement à repenser : il faut en faire une filière de qualité et non plus de repêchage. Le travail technique et manuel a été fortement dévalorisé socialement depuis les années cinquante. Sous la troisième et la quatrième République la formation donnée aux jeunes par les Ecoles Nationales Professionnelles (ENP) était excellente et mettait sur le marché du travail des artisans et techniciens très appréciés. Heureusement les IUT, BTS, DUT forment présentement des techniciens supérieurs de bonne qualité mais en nombre insuffisant. Contrairement à la situation en Allemagne les stages de formation en entreprise des jeunes ne sont pas satisfaisants : trop courts, conduits généralement sans motivation de l’entreprise, permettant rarement aux apprentis de mettre la main à la pâte, et débouchant peu souvent sur des embauches. La formation en alternance récemment décidée pourrait améliorer la situation. Le rapprochement entre universités et entreprises, pourtant indispensable, reste pour le moment bien timide.
Le télétravail à domicile, chaque fois que possible, devrait être développé pour faciliter l’activité professionnelle des mères de famille et des personnes à mobilité réduite ou résidant loin de leur lieu de travail.

Enfin la formation continue au cours de la vie professionnelle ne fonctionne pas non plus : elle doit être repensée complètement car les résultats sont mauvais bien que les budgets soient relativement pléthoriques, gérés comme des chasses gardées par le patronat et les syndicats, chacun de leur côté, et les actions ne touchent pas les agents qui en auraient le plus besoin. De surcroît la formation donnée vise à améliorer, au mieux, le fonctionnement du poste de travail actuel et rarement à préparer le salarié à une éventuelle reconversion. Celle portant sur les filières en déclin devrait être arrêtée. Le « contrat de génération », suivant lequel les séniors encore en place se consacrent à la formation des jeunes, devrait améliorer la situation. Précisons aussi que les personnes en recherche d’emploi qui auraient le plus besoin de formation sont réduites en la matière à la portion congrue : seuls 10% des chômeurs en profitent et les très diplômés n’y ont pas droit. Et les syndicats s’en désintéressent totalement, bien que ce ne soit pas directement leur rôle.
Relevons un handicap des entreprises françaises par rapport à leurs concurrents étrangers, surtout anglo-saxons : le manque de mobilité à la fois géographique et professionnelle de beaucoup de salariés.

6 – REVOIR LES FINANCEMENTS

En privilégiant la politique keynésienne de la demande sur celle de l’offre et en poussant à la consommation des ménages par diverses mesures incitatives les gouvernements précédents ont aggravé le déficit commercial de la France (achat de produits majoritairement étrangers) et son endettement, et de ce fait indirectement détourné des capitaux qui auraient pu être investis dans l’industrie et la recherche.

Parmi les mesures proposées ci-après toutes celles relatives à la recherche industrielle et au développement de projets très innovants, au soutien des start-up, au passage à l’économie verte et à la construction de logements sociaux écologiques devraient faire l’objet de subventions. Les fonds prévus par la Banque d’investissement seront probablement insuffisants. Mais il est inacceptable que les entreprises et les innovateurs ne parviennent pas ou difficilement à financer leurs projets alors que les bas de laine des Français sont bien garnis (3.600 G€ d’actifs financiers). Aussi l’Etat devrait prendre l’initiative de lancer un grand emprunt sur dix ans, par exemple à 3% et à hauteur de 50 G€ minimum, pour faire face à ces besoins. En fait les fonds seraient d’ores et déjà disponibles si les dépenses publiques étaient différemment réparties et mieux gérées, sans même parler des niches fiscales ni des fonds bloqués dans les paradis fiscaux. Il en va du redressement de la France. Mais l’Etat peut aussi, s’agissant d’investissements d’avenir, accepter d’aggraver son endettement, en outrepassant les contraintes imposées par l’UE. Remarquons que ces dernières années les entreprises ont reçu 200 G€ d’aides de l’Etat : un audit ne serait pas inutile pour vérifier que ces fonds ont été bien utilisés.
De leur côté les entreprises devraient accroître leur effort de R et D sur fonds propres, en complément des aides de l’Etat. Grâce aux universités l’effort de recherche se situe à un niveau relativement acceptable, mais l’effort d’innovation et de développement à la charge des entreprises est nettement insuffisant, surtout en regard de ce que font les entreprises étrangères.
Par contre beaucoup des mesures ici proposées ne devraient avoir aucun impact sur les finances de l’Etat : il s’agit des réorganisations dans le fonctionnement des entreprises, dans l’éducation et la formation qui disposent de budgets en propre, ou de la redéfinition du rôle des partenaires dans les entreprises.

Actuellement la fiscalité française ponctionne les entreprises et les salariés pour des actions à caractère social qui devraient être financées par l’impôt et les revenus du capital : celles-ci relèvent des fonctions régulatrices de l’Etat. En France le travail (salariés et entreprises) supporte abusivement l’effort de redistribution : le gouvernement aura-t-il le courage de procéder aux réformes nécessaires ? A quand la réforme fiscale tant attendue ?

En résumé, pour retrouver une situation compétitive l’industrie française doit innover avec des produits high-tech, abandonner le management de type actionnarial, apaiser les relations sociales au sein des entreprises en s’orientant vers la cogestion, mieux former les salariés pendant leur activité, travailler davantage en réseau, et mieux intégrer les sous-traitants et PME. Toutefois aucune mesure ne pourra produire ses effets à court terme. Il appartient à l’Etat de mieux former les jeunes, de subventionner les innovations, et de simplifier les procédures administratives.
Il est urgent de prendre les bonnes décisions.

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STRATEGIE INDUSTRIELLE ET THEMES TECHNIQUES

Nous examinons successivement la situation des activités industrielles actuelles (classiques) avant d’aborder le vaste secteur des activités innovantes. De manière générale nous recommandons une mise en réseau des entreprises et des centres de recherche concernés par la même filière technique. Les entreprises locales devraient être mieux aidées. La création récente de centres de compétence avec spécialisation régionale est une bonne initiative et il faut poursuivre dans cette voie. Un effort particulièrement important devrait être consacré à la création de PME fortes (par regroupements, partenariats et aides fiscales).

1 – De nombreuses filières industrielles actuelles sont en difficulté, qui doivent faire l’objet d’une reconversion progressive mais continue, en amortissant du mieux possible la casse sociale. Sont concernées les industries suivantes :

*Dans le domaine de l’acier il est aberrant de maintenir artificiellement en activité une sidérurgie chaude (hauts fourneaux) qui ne peut plus être compétitive avec celle des pays émergents à bas coût de main d’oeuvre, surtout quand les installations sont éloignées de tout site portuaire comme c’est le cas à Florange. Dégageons des fonds, non pas pour maintenir en sursis une activité condamnée, mais pour convertir petit à petit celles de Dunkerque et de Fos vers davantage de sidérurgie froide (transformations de l’acier, à haute valeur ajoutée) en ne conservant des activités de sidérurgie chaude que celles nécessaires à l’alimentation de la sidérurgie froide. Des aides sociales sont à prévoir pour accompagner les reconversions et déplacements de personnel qui seront douloureux. La reconversion de la chimie lourde (usines PCUK) vers de la chimie de spécialité opérée en 1983 par P.Mauroy peut servir de modèle.

*Le problème se pose dans les mêmes termes avec une égale acuité pour le secteur de l’automobile : la France qui est restée sur des modèles de basse et moyenne gamme se place aujourd’hui au treizième rang mondial alors qu’elle occupait la quatrième place il y a vingt-cinq ans. Même si des accords salariaux parviennent à être signés entre patronat et syndicats pour donner davantage de flexibilité aux entreprises, la rentabilité des véhicules bas de gamme et des petits modèles classiques restera précaire et l’activité constamment menacée de disparition ou de délocalisation. Ici aussi une reconversion vers l’innovation et le haut de gamme s’impose : les secteurs porteurs dans lesquels nos entreprises devraient investir sont les véhicules à très faible consommation (moins de 4l/100 km) et plus légers (grâce à des alliages spéciaux, plastiques et composites), les véhicules hybrides essence-électricité, les véhicules tout électrique (à condition de développer parallèlement les infrastructures de recharge des batteries), sans exclure quelques séries haut de gamme. Il est nécessaire de réduire progressivement la production de moteurs diesel, auxquels les Français sont pourtant attachés, à moins de trouver une solution au problème des fines particules cancérigènes, mais à brève échéance l’UE nous y contraindra. Une fiscalité particulière devra être instaurée pour protéger les transporteurs routiers et les agriculteurs lorsque le prix à la pompe du gas-oil sera aligné sur celui de l’essence. Par contre les équipementiers automobile comme Valéo ou autres se portent mieux car ils ont su s’internationaliser. Dans le domaine de l’automobile comme dans beaucoup d’autres la contrainte de l’écoconception devra être prise en compte : produire moins mais mieux de produits durables, économes, réparables et recyclables.
*En relation avec le point précédent notre industrie de raffinage des carburants devrait retrouver à terme un meilleur équilibre dans ses productions d’essence et de gazole, la première étant présentement très excédentaire en quantité et la seconde très déficitaire. Nos compagnies pétrolières ont les moyens financiers pour réaliser les adaptations nécessaires.

*Le ferroviaire (avec SNCF et Alsthom) est confronté à une concurrence très vive du fait de l’ouverture du réseau aux compagnies étrangères, et il doit trouver une solution au problème du fret des marchandises qui bute entre autres sur le blocage du lobby des routiers ; en outre la modernisation du réseau ferré et l’extension des lignes de TGV vont fortement grever les finances de l’entreprise.

*Le secteur de l’électricité doit moderniser le réseau de distribution avec des lignes enterrées, mais surtout à plus court terme un effort important est demandé à EDF pour adapter son réseau aux sources d’énergie à la fois distribuées et intermittentes des particuliers, le raccorder et le gérer, ceci au niveau national, et pour le rendre compatible avec toutes les interconnexions nécessaires au niveau européen.

*Dans le domaine des techniques de l’informatique, de l’information et de la communication nos entreprises ont pris un retard certain par rapport aux concurrents asiatiques et américains, retard qu’il sera impossible de rattraper pour ce qui concerne le hardware grand public. Même dans le domaine du high- tech la situation n’est pas brillante. Par exemple Alcatel qui constituait autrefois un fleuron de l’industrie des équipementiers pour télécom est aujourd’hui en difficulté du fait d’un mauvais management, d’un effort de R et D insuffisant et de la concurrence chinoise. Cependant des pôles de compétence ont pu être développés dans quelques créneaux spécifiques, en particulier dans le software (comme les réseaux de serveurs et les moteurs de recherche, le traitement d’images, les simulateurs de conduite, l’informatique virtuelle, l’imagerie médicale, les jeux vidéos, etc) et dans le hard avec les supercalculateurs.

*L’industrie chimique qui est très décriée par les écologistes et les média éprouve beaucoup de difficultés à recruter des jeunes et perd en compétitivité, alors que son impact à l’exportation est positif. Les procédés biologiques (biocatalyse, enzymes artificielles, etc) devront progressivement se substituer aux procédés industriels et les biotechnologies contribuer à la génération d’énergies. L’industrie pharmaceutique française doit à la fois faire le ménage pour éliminer de nombreux médicaments inutiles et/ou dangereux, mais source de revenus, et reprendre les recherches de molécules nouvelles plutôt que de continuer à copier des produits étrangers existants.

*L’industrie du bois est négligée en France alors qu’elle dispose de vastes forêts bien entretenues mais insuffisamment exploitées. Des potentialités sont à développer, en particulier avec la valorisation des déchets et la synthèse de biocarburants de seconde génération, et le conditionnement d’isolants et de combustibles.

*L’industrie de la mer est non moins négligée car avec son énorme domaine maritime la France dispose d’un potentiel de développement important permettant de développer de nombreuses techniques de génération d’électricité, de dessalement des eaux, de stockage d’énergie, l’aquaculture, les constructions navales, et les recherches océaniques.

2 - Toujours concernant les activités actuelles françaises, de nombreux secteurs bien structurés se développent de manière satisfaisante :
*Le BTP (avec Bouygues, Colas, Vinci, entre autres) qui devra toutefois acquérir les compétences professionnelles nécessaires à la mise en oeuvre des multiples modifications imposées par les économies d’énergie, en particulier pour l’isolation thermique des bâtiments et les revêtements routiers. Pour des raisons financières l’objectif d’une réduction de 20% d’ici à 2020 de la consommation énergétique dans le secteur des logements ne sera certainement pas atteint. Pour faire face au manque chronique de logements en France, en particulier de logements sociaux, et à terme réduire les prix de l’immobilier qui amputent gravement le budget de tous les ménages, l’Etat devrait prendre l’initiative de réquisitionner les terrains disponibles et de lancer un véritable « plan Marshall ». Le secteur du BTP a une bonne assise à l’international.

*L’aéronautique (avec EADS, Dassaut, Eurocopter et de nombreux sous-traitants bien intégrés), en bonne position au niveau mondial, qui ne devrait pas trop souffrir de la concurrence chinoise. Elle constitue notre principal secteur d’exportation avec un solde positif annuel de 12 G€.

*Le spatial (avec Thales Alénia Space, Arianespace, Astrium, Arianespace, le CNES et la base de Kourou), dont les carnets de commandes sont bien remplis avec la poursuite du développement de satellites et de lanceurs Ariane 5, et la préparation d’Ariane 6.

*L’industrie nucléaire (avec EDF, AREVA, SUEZ et le CEA), qui compte sur le développement du réacteur EPR pour élargir ses activités à l’étranger, mais qui reste confrontée au délicat problème de la gestion des déchets hautement radioactifs et au progressif démantèlement des centrales les plus anciennes. Leur résolution passera par une sensible augmentation des tarifs de l’électricité. En toute hypothèse et quelles que soient les oppositions des écologistes et l’acceptation de la société française, le nucléaire restera en France, nolens volens, la principale source d’électricité de puissance des trente prochaines années, le temps d’assurer la transition énergétique. Il ne dégage pas de CO2 alors que l’Allemagne qui a décidé d’abandonner le nucléaire assurera 90 % de ses besoins énergétiques avec des énergies fossiles. Une remarque concernant l’entretien et la maintenance des centrales : c’est EDF qui devrait en avoir la charge et non le personnel mal protégé de sociétés de service.

*Citons aussi les industries de l’armement qui interviennent dans l’aéronautique, le spatial, les télécommunications et la marine, qui emploient 165.000 salariés, et qui dégagent un solde positif à l’exportation (3 G€ en 2012). Toutefois la récente intervention au Mali a montré nos faiblesses en matière de logistique et de moyens de renseignement (drones en particulier). Eu égard aux difficultés budgétaires actuelles la question se pose sérieusement du maintien et de l’entretien de la dissuasion nucléaire.

*Dans le traitement des eaux nos entreprises occupent aussi une bonne place à l’international.

Hors domaines industriels, n’oublions pas trois secteurs économiques qui ont une bonne rentabilité et qui sont une spécialité française, trois fleurons à protéger qui ont un impact très positif sur notre balance commerciale, le tourisme et l’agriculture, et subsidiairement les industries agroalimentaires.

3 – Examinons maintenant les secteurs d’avenir dans lesquels la recherche et surtout le développement ont un grand rôle à jouer pour aboutir à des produits industriels innovants.
La recherche amont devrait être cofinancée par l’Etat et même impulsée par elle comme ce fut le cas jusqu’au début des années 80 avec la DGRST qui a initié des « Actions Thématiques Programmées » ayant conduit à des développements intéressants. Les grands programmes technologiques lancés avec succès dans le passé par l’Etat (aéronautique, spatial, transports, nucléaire) pourraient être relancés dans les énergies de transition, l’automobile ou les infrastructures. Les volte-face du gouvernement, comme celui dont a été victime récemment la filière du photovoltaïque en matière de subventions, doivent être absolument évités.
Les domaines techniques qui permettraient de redonner à la France une bonne position sur le plan industriel sont nombreux : les besoins techniques sont bien identifiés, des solutions sont proposées susceptibles d’aboutir à court ou moyen terme, les préétudes sont réalisées ou bien avancées, des équipes motivées sont prêtes à démarrer, de nombreuses start-up sont sur les rangs, mais les montages industriels doivent encore être définis et les financements trouvés. Pour y parvenir les relations entre entreprises et centres de recherche et universités, propices à l’innovation, doivent être renforcées. Le CEA et ses filiales qui interviennent dans de nombreux domaines des sciences industrielles, de la vie et de l’univers est un très bon exemple de collaboration recherche-industrie.
La liste ci-après des domaines d’innovation n’est pas exhaustive :

*Energies renouvelables : batteries électriques compactes et performantes (le stockage de l’électricité constitue aujourd’hui un verrou majeur aussi bien pour les véhicules que pour les sources d’énergies intermittentes), panneaux photovoltaïques à haut rendement (silicium conditionné, polymères), solaire à concentration, éoliennes de puissance, hydroéoliennes, biocarburants de seconde génération dont à base d’algues, pompes à chaleur couplées à d’autre énergies, chaudières à cogénération, petites centrales hydroélectriques, accumulateurs d’énergie par pompage-turbinage d’eau de mer, géothermie de basse et haute énergie, gaz de houille, éventuellement gaz de roches-mères si leur présence dans le sous-sol français est prouvée et si une technique de production préservant l’environnement est mise au point, valorisation des déchets, débouchés de la filière bois, etc. Et à beaucoup plus long terme préparation de réacteurs nucléaires de quatrième génération (réacteurs à neutrons rapides).

*Economies d’énergie : moteurs plus performants, véhicules plus légers, et l’immense chantier de l’isolation thermique des bâtiments du secteur tertiaire, faisant appel à toute une série d’innovations (isolants spéciaux, triples vitrages, verres à changement de phase, capteurs actifs, programmateurs de consommation électrique, toitures à revêtement végétal, etc). Ces améliorations doivent être accompagnées d’une réflexion et de décisions sur une urbanisation plus concentrée et moins énergivore.

*Matériaux nouveaux et nouveaux procédés de fabrication de ceux-ci : c’est certainement le domaine technique susceptible de connaître le plus grand développement dans les prochaines années car tous les secteurs industriels sont concernés. Non limitativement nous citerons : électrodes pour batteries et piles à combustible, matériaux thermiquement isolants pour le tertiaire (dont silice aérée), bétons spéciaux, composites pour véhicules et pales d’éoliennes, alliages spéciaux pour le transport routier et l’aéronautique, matériaux pour conditions extrêmes haute température (céramiques, graphites et alliages spéciaux pour freins de train et autres), matériaux résistant aux irradiations pour réacteurs nucléaires ou aux milieux très corrosifs, microélectronique en courants intenses, introduction de métaux rares et de terres rares dans toutes les filières de la métallurgie et de l’énergie, matériaux à structure hiérarchisée inspirés de solutions du vivant, récupération et recyclage de matériaux, etc, sans oublier tout le domaine des nanotechnologiques en plein développement, de quoi mobiliser des dizaines de milliers de chercheurs et développeurs.

*Les biotechnologies : carburants verts, pharmacie, biopolymères, nouveaux composites, etc.
*L’industrie pharmaceutique qui reste un point fort français mais qui devra renouveler la gamme de ses médicaments comme indiqué précédemment.
*La robotique (usinage de matériels, robots manipulateurs, automates programmables, domotique, applications médicales, etc).
*Les techniques de l’information et de la communication, etc.

*Enfin un effort important devrait être engagé pour développer ou améliorer des modèles numériques d’aide à la sûreté de fonctionnement des gros systèmes critiques tels que réacteurs nucléaires, avions, raffineries, plates-formes pétrolières, et permettant d’intervenir à bon escient en cas d’incident.

Parmi les activités ci-dessus de nombreuses pourraient faire l’objet de partenariats avec des sociétés européennes, voire être chapeautées par l’UE et cofinancées par elle, en particulier celles se rapportant à la transition énergétique, aux réseaux de transport, aux infrastructures, aux biotechnologies et aux nanotechnologies. Il est en effet indispensable de nouer des alliance pour partager les risques et les coûts, et résister à la concurrence des pays émergents.

Toutes ces activités high-tech vont nécessiter une masse importante de techniciens et d’artisans pour leur mise en œuvre progressive : maçons spécialisés, mécaniciens, électroniciens, chauffagistes, techniciens informatique, automaticiens, etc. Or actuellement, alors que la demande est moindre, une part importante des recrutements réalisés par les entreprises dans ces spécialités sont déjà problématiques : la formation sera-t-elle à la hauteur ?


ANNEXE. DE L’INADEQUATION DES FORMATIONS

Pourquoi tant de chômeurs parmi les jeunes diplômés ?

Une note du Ministère de l’Enseignement Supérieur datant de juin 2012 portant sur 90.000 diplômés d’un master établit le pourcentage de diplômés par spécialité ne trouvant pas d’emploi ou se trouvant en emploi précaire ou encore en emploi inadapté. Les chiffres suivants sont particulièrement édifiants :

Archéologie. Ethnologie 64 %
Histoire 50 %
Géographie 50 %
Sciences humaines et sociales 48 %
Sciences de l’éducation 47 %
Aménagement de l’urbanisme 45 %
Sciences politiques 44 %
Sociologie 44 %
Psychologie 42 %
Sciences de la vie 40 %
Sciences de l’univers 39 %
Psychologie 42 %
Art 39 %
Littérature française 37 %
Sciences de la communication 34 %
Langues étrangères 29 %

Devons-nous laisser les étudiants choisir librement et dans l’absolu leur orientation ? Leurs choix sont-ils faits en connaissance de cause ?

A l’inverse de très nombreuses professions n’arrivent pas à recruter. Voici la liste des professions
où les pénuries de main-d’oeuvre sont les plus criantes :

Conducteurs d’engins. Conducteurs routiers et de transports en commun.
Ouvriers BTP. Plombiers, Chauffagistes. Charpentiers. Maçons, Plâtriers. Couvreurs,
Zingueurs. Electriciens du bâtiment. Mécaniciens. Menuisiers. Soudeurs. Carrossiers.
Chaudronniers. Bûcherons. Bouchers. Coiffeurs. Boulangers. Pâtissiers. Cuisiniers.
Maîtres d’hôtel.

Techniciens développeurs et de production. Ingénieurs et techniciens informaticiens.
Régleurs qualifiés.
Ingénieurs logistique. Ingénieurs robotique.
Ingénieurs R et D.

Médecins généralistes. Infirmiers. Masseurs kiné. Dentistes. Vétérinaires.
Professeurs du secondaire. Architectes.

Plus de 50 % des recrutements dans ces spécialités sont problématiques (jusqu’à 70 %).

Source : Revue Capital. Déc.2012

D’après l’Usine Nouvelle 70 % des ingénieurs diplômés trouvent sans difficulté un emploi deux mois seulement après leur sortie de l’école.

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