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INTRODUCTION À LA PLÉNIÈRE DU 6 NOVEMBRE 2013 :
Laïcité et Islam : un terrain miné ?



mise en ligne: lundi 21 octobre 2013


Introduction à la plénière du 6 novembre 2013 animéde par Jean-Michel Ducompte

Ecouter Jean-Michel Ducomte

LAÏCITE et ISLAM : UN TERRAIN MINÉ ? par Robert Bistolfi

Les combats républicains avec l’Eglise catholique avaient été âpres, avant d’aboutir à un compromis constructif. La laïcité – fondée sur des principes institutionnels à visée pacificatrice – a ensuite vu sa pratique entrer progressivement dans les mœurs ; la constitution l’a consacrée comme un des piliers de l’ordre républicain. Au-delà de tensions sur certains sujets, l’école par exemple, une application consensuelle de la règle laïque a prévalu. Depuis une vingtaine d’année, un changement sociétal important est cependant intervenu, soumettant à interrogations les évidences de cet ordre laïque : liée aux immigrations de la seconde moitié du XIXème siècle, une partie aujourd’hui significative de la population française a un lien avec l’islam. Qu’il se manifeste par une pratique religieuse active, qu’il soit perçu comme une référence culturelle ou la trace évanescente d’un héritage, ce lien est vécu de manière très diverse au niveau individuel. Fondamentale du point de vue de l’intégration, cette diversité tend cependant de plus en plus à être gommée par la perception que le « Gaulois de souche » a du « musulman », perception brouillée par divers faits et images de violence associés à l’islam. Par ailleurs, alors qu’un « islam discret », celui de travailleurs pauvres et soumis, était longtemps passé inaperçu, avec les jeunes générations de musulmans conscients de leurs droits républicains, une franche affirmation de la pratique musulmane suscite inquiétudes et troubles. Face à cela, la crise économique et sociale de la période, les insécurités de toute nature qui l’accompagnent, la tendance aux replis identitaires frileux… ne contribuent pas peu à ces incompréhensions et rejets.

Incompréhensions et frictions

Les faits touchant à la présence musulmane sont trop connus (les médias les exploitant souvent inconsidérément) pour qu’on s’étende longuement à leur sujet. Un terme – « visibilité » – résume la nouveauté sociétale avec l’apparition de mosquées dans le paysage urbain, un port du voile (dont la fameuse burqa) qui se banalise dans l’espace public, etc. À cela s’ajoute, chez certains croyants pratiquants, des exigences qui viennent bousculer la tradition établie : à l’école, à l’hôpital, dans l’entreprise, des demandes nouvelles réclament une écoute et des réponses inédites… Les conflits, moins nombreux que les exemples montés en épingle ne le donnent à croire, sont souvent dénoués pragmatiquement sur le terrain. Mais il demeure que le sentiment d’être ostracisé en tant que musulman n’est pas un pur fantasme, ce que démontrent tous les cas d’actes islamophobes recensés et de plus en plus nombreux.

ce que doit être le respect de son esprit et de ses règles. Sur la base du Rapport Stasi les signes religieux ostensibles avaient été interdits dans l’école (et chacun sait que c’est le « voile » qui était visé), plus récemment une loi a proscrit la burqa dans l’espace public. On a enregistré maintes hésitations, hier au Haut-Conseil à l’intégration, aujourd’hui à l’Observatoire de la laïcité sur certains sujets problématiques (le dernier en date, inattendu, est celui du port du voile à l’Université !). Une Charte de la laïcité vient d’être placardée dans les écoles : elle se veut porteuse de clarification et d’apaisement, mais des critiques opposées se sont déjà fait entendre : trop imprécise et insuffisamment exigeante pour les uns, elle serait pour d’autres porteuse d’une stigmatisation hypocrite des musulmans. Ces remous montrent que le débat n’est pas clos. À dire vrai il ne peut l’être car la laïcité n’étant pas un dogme mais reposant sur un principe de bonne conduite sociétale, les changements sociétaux, précisément, obligent dans la pratique à un incessant aggiornamento. Si la base du système laïque est claire parce que fondée sur deux postulats (aucune religion d’Etat ni de religions particulières pouvant faire l’objet d’une reconnaissance officielle ; liberté de conscience et de croyance dans le respect de l’ordre public), le fonctionnement de ce système a exigé des adaptations dont témoignent un grand nombre de lois et de décisions jurisprudentielles. Ces adaptations que des problèmes pratiques ont appelées sont intervenues aussi dans le cadre d’une pensée laïque où n’ont cessé de dialoguer – s’opposer – deux courants. Face aux questions inédites soulevées par une présence musulmane qui n’est plus marginale, cette opposition s’est durcie. C’est d’elle qu’il faut partir, en explicitant les soubassements des deux « philosophies » structurant la pensée laïque, en tablant sur leur dépassement pour définir une juste ligne d’intégration de l’islam dans l’ordre républicain.

Deux sensibilités laïques

Les ondes des événements traumatiques de l’histoire se prolongent longtemps en profondeur dans des eaux apparemment redevenues calmes : les clivages d’il y a un siècle structurent encore les débats au sein de la pensée laïque. En bref, deux sensibilités et démarches sont toujours présentes.
En premier lieu, dans le prolongement de la pensée antireligieuse qui avait atteint son point culminant sous Emile Combes, une partie des laïques d’aujourd’hui demeure profondément méfiante à l’égard des religions : en tablant prioritairement sur la raison et sur une formation active des esprits à la critique des croyances irrationnelles, elle désigne implicitement les religions et leurs dogmes comme porteurs d’aliénations et limitatifs de la liberté créatrice des hommes dans le domaine des valeurs. Cette laïcité-là, qui table sur l’instruction pour développer l’exercice autonome du jugement et former chacun à une approche maîtrisée de ses propres convictions, peut être qualifiée de laïcité normative. S’il fallait, non sans simplification, n’évoquer aujourd’hui à son sujet qu’un seul nom, celui de Henri Pena-Ruiz pourrait être avancé.

Une autre tradition, pour laquelle on peut parler de laïcité inclusive, s’inscrit dans le droit fil du compromis constructif qui a présidé à la mise en place du dispositif laïque. Ses tenants mettent l’accent sur la dimension institutionnelle pacificatrice de ce dernier, et ne veulent pas être méfiant a priori à l’égard des religions. Une attitude d’ouverture et de dialogue avec elles en découlera : ouverture lorsqu’il est raisonnablement admis que la croyance et la pratique religieuse puissent déborder du strict cercle de l’intime ; dialogue aussi lorsque, par exemple, des représentants religieux sont invités es qualités par la puissance publique à l’élaboration consensuelle d’un « code des valeurs sociétales » (Cf. Comité consultatif national d’éthique). S’il fallait, ici aussi, avancer un nom de la société civile pour illustrer ce courant laïque, celui de Jean Baubérot s’imposerait.

Une « zone médiane » ?

On se souvient de l’incompréhension suscitée par François Mitterrand lorsqu’il avait parlé de « seuil de tolérance » à propos de l’immigration : son propos ambigu, lâché trop hâtivement dans une interview, avait été perçu comme un emprunt dangereux à la thématique du FN (il avait été corrigé et explicité ensuite). On peut le lire aussi comme le constat qu’une société est plus ou moins en mesure d’accueillir des nouveaux venus, et donc d’intégrer du « différent » sur le plan identitaire, et que cela dépend de multiples paramètres – économiques, sociaux, culturels – éminemment variables et modifiables par l’action politique. Parler de seuil de tolérance (le terme de « seuil d’intolérance » serait plus adéquat) conduit à s’interroger sur l’existence d’une zone ou bande médiane des perceptions et des comportements, zone où se joue concrètement l’avenir de l’intégration. La principale ligne de partage politique va à cet égard opposer deux camps. Il y a ceux, d’un côté, qui travaillent activement à l’élargissement de cette bande médiane, en visant à une pacification sociétale intégratrice de la nouvelle diversité. S’y opposent ceux qui exploitent des incompréhensions et des frictions par ailleurs réelles à des fins politiciennes, au risque d’une fragilisation de la capacité intégratrice du pays et de sa cohésion. Dans la crise générale que connaît la société française, avec un avenir collectif paraissant bouché et porteur de déclassements massifs au plan individuel, le centre de gravité de l’identité collective semble frappé par tellement d’incertitudes que les seconds – ceux qui ont une démarche de fermeture – progressent et que le seuil d’intolérance glisse dangereusement vers le bas. La manière dont cette société polarise son angoisse identitaire sur une vingtaine de milliers de Roms est symptomatique d’un tel glissement, mais c’est surtout, bien évidemment, avec l’islam et les musulmans, et cela avec des enjeux collectifs autrement significatifs, que la méfiance et le rejet ont crû. Ce phénomène est général en Europe comme en Amérique du Nord : partout, des réaménagements du modèle d’intégration (chacun ayant sa spécificité nationale) interviennent. En témoignent les débats actuels au Québec sur un projet de « Charte des valeurs », tout comme, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas…, les correctifs apportés à des systèmes longtemps très ouverts aux démarches communautaires. Rien de tel en France, où le communautarisme dénoncé à tout bout de champ n’a pas de consistance réelle : en la matière, il n’y a vraiment risque que lorsque – en particulier pour le droit des personnes – une demande collective d’application d’un droit particulier serait avancée avec force à l’encontre du droit commun républicain. Or les demandes en ce domaine sont marginales. C’est pour l’essentiel dans « la vie courante » que les incompréhensions et les frictions se sont manifestées. C’est par rapport à elles, aussi, que les réponses souhaitées par les tenants des deux laïcités – la critique et l’inclusive – divergent le plus.

Quel champ pour l’accommodement raisonnable ?

C’est autour de l’accommodement raisonnable que beaucoup va se jouer. Ce qui oblige à s’interroger aussitôt sur le cadre où cet accommodement pourrait intervenir, et cela en partant de la distinction entre espace public et espace privé. Pour être usuelle, la distinction ne permet pas pour autant d’identifier toujours une délimitation nette et fixe. Sauf aux deux extrêmes :

D’un côté, l’espace privé – celui de l’intime et de l’exercice sans contrainte des droits de la pensée et de la croyance – peut être aisément circonscrit et protégé : il n’appelle évidemment pas d’accommodement raisonnable de la part de la collectivité.
De l’autre côté, à l’autre bout, l’Etat, ses services administratifs régaliens, et par extension toute la fonction publique (autrement dit l’espace de la puissance publique) applique des règles du jeu ne rencontrant pas, non plus, des difficultés majeures : le principe de neutralité posé par les lois laïques joue ici pleinement, et il serait impensable que des exigences tenant à la pratique religieuse viennent frontalement le contester.

Le troisième champ – l’espace public au sens propre – est essentiel dans une démocratie : il a progressivement acquis une réalité substantielle autonome grâce, jusqu’ici, à l’élargissement régulier des libertés démocratiques. C’est donc le lieu d’affirmation par excellence de la société civile, là où s’expriment et s’affrontent toutes les expressions et aspirations, toutes les « communautés d’élection ». C’est dire que cet espace est tout sauf un espace de tranquillité : c’est là qu’à travers des confrontations pouvant être âpres, des compromis sociétaux peuvent lentement émerger. C’est dire aussi que la délimitation et le contrôle des expressions identitaires dans l’espace public deviennent, en période de crise, des objectifs politiques majeurs.

Instrumentalisations de la laïcité

C’est en fait aux frontières des différents « espaces » que, comme souvent, les frictions vont
être le plus souvent visibles. En témoigne l’affaire de la crèche Baby Loup, ou encore le refus de certains commerçants de servir des femmes portant le « voile islamique ». Dans le premier cas, l’application des règles touchant à l’espace de la puissance publique n’a-t-il pas été abusivement étendu ? Dans le second, c’est l’expression publique, licite, d’une appartenance religieuse qui a été tout aussi abusivement renvoyée autoritairement au seul espace privé.

Tout cela est révélateur de tensions et d’une intolérance croissante à l’égard de toutes les demandes émanant de la mouvance musulmane. Certaines d’entre elles sont légitimes si d’autres ne le sont pas, mais dans tous les cas la réponse devrait être calibrée : elle ne l’est pas toujours, et c’est le rejet a priori qui tend à prévaloir. On a déjà évoqué l’accommodement raisonnable qui, le plus souvent, aurait pu ou pourrait permettre de dénouer les conflits. La démarche que cet accommodement implique est de moins en moins acceptée : là où la nuance devrait intervenir, on souhaite une règle claire, de préférence restrictive. On se réfère alors à « la laïcité » dans la plus grande confusion, avec chez certains – dans la « droite populaire » et à l’extrême droite – la volonté de l’utiliser comme arme antimusulmane. Bien que majoritairement situés à gauche et ne pouvant être suspectés d’islamophobie, certains tenants d’une laïcité normative donnent l’impression de glisser insensiblement vers une idéologie d’Etat (les règles du bien-vivre ensemble qui sont celles du dispositif laïque seraient alors tordues dans un sens coercitif contraire à son esprit). Un indice de ce glissement : la prise de position du ministre de l’intérieur Manuel Valls déclarant que la question du voile à l’Université – un sujet qui n’a jamais été conflictuel – pouvait donner lieu à interrogations. En bref, veut-on autoritairement contenir la visibilité de la présence musulmane dans l’espace public, l’Etat en arrivant à faire pression pour un rapatriement de la pratique religieuse dans le seul espace privé ? Il y aurait aussi là, par rapport à toutes les autres religions, une démarche à l’évidence discriminatoire.

Elargir le champ des reconnaissances

Les réserves explicites à l’égard de l’islam, les manifestations d’islamophobie agressive expriment une rétraction générale face à la nouvelle diversité culturelle. Par leur nombre, les musulmans transformeraient en profondeur la société française et pourraient à terme formuler des exigences communautaires insupportables. L’image d’une islamisation rampante, exploitée de manière nauséabonde, accroît les sentiments d’insécurité identitaire. Peu importe que tout cela relève du phantasme : encore une fois, les perceptions sont constitutives de la réalité, et, qu’on s’en désole ou non, on doit en tenir compte. En d’autres termes, peut-on éviter de s’interroger sur les normes sociétales implicites, sur l’existence et les déterminants de la « zone médiane » évoquée précédemment, zone où se situeraient à un moment donné les comportements licites, les affirmations identitaires que la société peut accepter et comprendre sans traumatismes majeurs (des traumatismes pouvant à leur tour être générateurs de démarches d’exclusion plus virulentes) ? Formuler une telle interrogation, n’est-ce pas adopter déjà une attitude inégalitaire à l’égard des musulmans, puisque c’est de leur accueil qu’il s’agit ici ? Sans doute pas, mais se tenir sur la ligne de crête est difficile : aborder cette question, c’est simplement faire appel à une considération sociologique de bon sens : à un moment donné, le principe d’égalité des religions que porte la laïcité se heurte à des pesanteurs historiques et culturelles avec lesquelles il faut composer : face à une mairie ou à une église, la construction d’une mosquée-cathédrale – événement emblématique d’une inscription normalisée de l’islam dans le paysage collectif – n’est pas toujours chose immédiatement évidente. Pour qu’elle le devienne, les discussions et les affrontements seront encore nombreux ; le résultat dépendra aussi de facteurs autres (et d’abord d’une sortie de la crise économique sans ravages sociaux insupportables, et aussi de la capacité de restauration, pour la collectivité nationale, sur le plan proprement social, d’un projet d’avenir crédible). La préservation de l’espace public comme lieu le plus largement ouvert aux confrontations est impérative. C’est pourquoi les tenants d’une laïcité inclusive ont une fonction essentielle en s’opposant aux instrumentalisations autoritaires de l’idée laïque. Ce glissement autoritaire, on l’a dit, se traduit par un double grignotage de l’espace public : il y a grignotage, d’un côté lorsque l’espace de la puissance publique est abusivement étendu (exemple précité de l’interdiction de nounous voilées), de l’autre quand on veut renvoyer tout aussi abusivement l’expression religieuse dans le seul espace privé (en mettant obstacle par exemple à la construction de mosquées, alors que le financement de la réfection d’églises est courante). Résister à un tel glissement, le dénoncer lorsque des détenteurs de l’autorité publique s’y abandonnent au cœur de l’Etat, est-ce pour autant suffisant ?

Pour une « morale de la retenue »

Solidement assurés sur le terrain du droit, agissant dans l’esprit originaire de l’institution laïque, les tenants d’une laïcité inclusive mettent à juste titre l’accent sur le principe égalitaire et son corolaire : la lutte contre les discriminations. Il est le seul qui permet d’affronter dans la clarté le défi du rejet des musulmans. Mais, tout en se battant sur ce terrain égalitaire du droit, une approche progressiste ne peut faire l’économie d’une juste appréciation de certaines données sociologiques et de leur composante culturelle. En d’autres termes, le soubassement composite des comportements islamophobes doit être pleinement pris en compte : ces comportements se nourrissent de méfiance à l’égard d’un islam suspecté d’être génétiquement porteur de valeurs non démocratiques, et ils expriment aussi des craintes liées à l’immigration, des préjugés hérités du passé colonial, des peurs relatives aux nouvelles « classes dangereuses » de la banlieue proche… Face à cela, tout en dénonçant sans relâche le rejet d’un islam et de musulmans largement fantasmés, il est à souhaiter que prévale en pratique – chez tous – une plus grande modération. Pour faire bref, deux images : lorsque la cause de la liberté et de l’égalité des femmes est symboliquement défendue, d’un côté par quelques centaines de burqas, de l’autre par les excentricités des Femen, peut-on raisonnablement penser que l’on progresse vers une société plus apaisée, où prévaudrait la reconnaissance mutuelle ? Claude Lévi-Strauss avait souligné que la construction de valeurs universelles en partage requiert “une morale de la retenue, infiniment accueillante à toute vérité venue de l’extérieur”. Cette exigence, la laïcité inclusive en est porteuse au premier titre ; il est à souhaiter qu’en face – dans une mouvance musulmane infiniment diverse dans ses militantismes – ceux qui portent cette « morale de la retenue » soient davantage écoutés. Il n’appartient certes pas à des laïques de s’ingérer dans une pensée musulmane en recherche, et, dans l’éventail très riche des intellectuels et théologiens musulmans, d’élire tel ou tel ; mais un progressiste a néanmoins le droit d’espérer que l’emportent ceux qui construisent l’islam de France dans la durée : face à l’accommodement raisonnable, l’acculturation raisonnable ? Celle-ci est largement en marche, et c’est heureux. L’alternative pourrait être un durcissement autoritaire d’une laïcité idéologisée. On citera ici, pour finir, Emile Poulat : dans « Notre laïcité publique », il avait rappelé après Durkheim qu’il n’y a pas de société sans contrainte. Et il avait ajouté : « Le paradoxe serait qu’une société de libertés publiques en vienne à chercher sa garantie et son lien – son vinculum – dans une contrainte publique fondée sur la nécessité sociale ».

R.Bistolfi

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