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Et l’Europe dans tout cela ?


mise en ligne: jeudi 29 mai 2014


S’agissait-il vraiment d’élections européennes ? On pouvait en douter à l’écoute des débats qui en ont suivi l’annonce des premiers résultats sur France 2.
En effet, ce qui est remarquable est qu’il n’a pratiquement pas été question de l’Europe ! Il a été question de la réponse que pourraient – ou plutôt ne pourraient pas – apporter l’actuel Président de la France et sa majorité au désaveu des électeurs, un peu de ce que ferait le Front National – mais peu car il s’agissait avant tout de prendre la dimension du signal qu’il donnait – et des problèmes de l’UMP. Mais de l’Europe, il n’était point question. Comme s’il s’agissait d’une élection « nationale » de plus. L’Europe, une fois de plus, n’existait pas.

Ceci est significatif de la façon dont on traite, depuis maintenant plusieurs années en France – plus précisément, après le NON au référendum sur le « Traité Constitutionnel » -, la question européenne. De peur de réactiver les clivages redoutés, on préfère faire comme si l’Europe n’existait pas. Et ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne l’équipe actuelle au pouvoir. En témoigne ce que l’on peut qualifier d’absence de préparation véritable de cette élection européenne avec, en particulier, l’absence de retransmission sur une chaîne de grande écoute du seul vrai débat à l’échelle européenne entre les prétendants à la Présidence de la Commission de Bruxelles, même si les pouvoirs publics ont tenté de rattraper leur retard dans l’information du public – comment expliquer que les documents présentant les listes des candidats à la députation européenne soient, pour certains d’entre eux, arrivés seulement l’avant-veille du scrutin ? - par l’accumulation des messages et des annonces sur les organes d’information au cours des deux dernières semaines.

Au soir des élections, au moment de la révélation du score atteint par les candidats du Front National, pouvait-on parler de surprise, voire de « séisme », quand cela avait déjà été prévu et amplement commenté depuis plusieurs semaines par l’intermédiaire des sondages ? La véritable signification de ce scrutin est la protestation qu’ont voulu signifier les Français aux autorités de notre pays. Cette protestation a pris deux formes : l’importance du vote pour le Front National – qui est avant tout un signal de désespoir face à l’impuissance dont ont fait preuve les partis dits « de gouvernement, plutôt que la manifestation d’un choix des idées du « Front » - et, surtout, l’ampleur de l’abstention (phénomène que l’on retrouve d’ailleurs dans presque tous les pays).

Cette ampleur de l’abstention témoigne de ce que la plupart des citoyens européens ne comprennent pas ce que peut leur apporter l’Europe aujourd’hui et – faute de cela – n’attendent rien de celle-ci (dans le meilleur des cas) ou la rejettent.

C’est que la cause du malaise que ressentent les électeurs est, certes, imputable, pour une part importante, aux déficiences dans les politiques nationales, mais elle est due, beaucoup plus et surtout, au manque de lisibilité et à la faillite de la politique menée à l’échelle de l’Europe avec le consentement des chefs d’Etats et de Gouvernements des différents pays-membres. De cela, il n’a pas été question lors des débats qui ont suivi l’annonce des résultats des élections en France.

Pourtant, le véritable responsable, le véritable coupable, de la faillite que dénoncent les électeurs, c’est l’Union européenne, non pas dans son essence, non pas parce qu’elle existe (ce que prétend dénoncer le Front National), mais par la politique économique qu’elle mène avec le consentement et la bénédiction des chefs d’Etats et de Gouvernements des pays-membres au nom d’une idéologie erronée et mortifère.

Comment des peuples qui voient le chômage de leurs actifs – et plus particulièrement des plus jeunes d’entre eux – augmenter sans cesse, les systèmes de protection sociale rognés de façon continue, le niveau de vie stagner ou diminuer (au profit des plus riches), pourraient-ils continuer à croire en une Europe qui leur fait mener une politique d’austérité dont ils constatent les nuisances jour après jour et dont les esprits les plus éclairés s’époumonent à clamer et démontrer qu’elle n’est même pas efficace eu égard aux buts qu’elle poursuit ?

Comment des peuples qui souffrent de cela pourraient-ils accepter de voir le modèle européen de bien être en lequel ils ont fondé leur espoir après la dernière Guerre Mondiale être attaqué et s’effilocher ? Dans cette situation, peut-on s’étonner du refus des électeurs de croire en l’Europe, en ce qu’elle est malheureusement devenue, sauf à faire preuve d’une inconvenante hypocrisie ?
Ce sont ces conclusions qu’il convient de tirer de ces élections, particulièrement en France où les électeurs qui ont voulu voter, par désespoir, ont fait élire des candidats du Front National. C’est cela qu’il faut retenir et non pas chercher à en faire porter la responsabilité par Pierre ou Paul en France.
Ceci n’exempte pas, bien sûr, ceux qui nous gouvernent actuellement de chercher à en tirer les leçons, au lieu d’ânonner, une fois de plus, les mesures qu’ils comptent prendre pour rendre la politique d’austérité « supportable » par notre pays. Qu’est devenue la promesse de campagne de corriger la politique préconisée et appliquée sous l’égide des instances européennes ? Qu’est devenue l’idée d’une relance européenne ? Tout cela a-t-il disparu ? Il fallait pourtant agir dans ce sens comme semble l’indiquer d’ailleurs la nouvelle idole des Italiens, Matteo Renzi, dont l’ampleur du succès au cours des élections parait démontrer la pertinence de ses intentions.

Mais il n’est pas encore trop tard. Que le « séisme » que constituent les résultats de ces élections ait au moins une conséquence positive : éclairer enfin l’esprit de nos édiles !

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