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sommaire de la Lettre N°36, octobre 2014


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Comprendre et Agir



mise en ligne: mardi 28 octobre 2014


Le 21 avril 2002 avait été un coup de tonnerre pour la France. Une fois Jacques Chirac élu avec plus de 80% des suffrages exprimés au second tour, la classe politique était revenue à son train-train habituel. La nomination de Jean-Pierre Raffarin au poste de Premier Ministre traduisait toute absence d’ambition.
Dans un premier temps, le score du Front National aux dernières élections Européennes a été qualifié de « séisme ». Quelques jours après, les commentateurs et certains hommes politiques ressortent les excuses habituelles : un fort taux d’abstention, des élections en fait sans enjeu véritable ou perçu où les Français se sont défoulés, … Bien sûr la crise, la montée du chômage, la désindustrialisation ont aussi fait pencher la balance du mauvais côté. On pourrait parler « d’alignement des planètes », de conjonction de plusieurs faits improbables ayant entraîné ce résultat. Explications faciles et superficielles permettant à la classe politique de se rassurer elle-même et surtout de ne pas se remettre en cause.

Cet état d’esprit explique pourquoi, depuis 1995, le Parti Socialiste erre de divines surprises (législatives de 1997, européennes de 2004 ou régionales de 2006 voire élection de F. Hollande en 2012) en catastrophes imprévues et, donc, ressenties comme injustes (présidentielles de 2002 mais aussi municipales de 2014 ou européennes de 2009).

En réalité, la mutation actuelle a des causes profondes liées à l’incapacité des gouvernants actuels à comprendre la mutation du capitalisme et l’affaiblissement des réponses sociales démocrates traditionnelles. Cette incapacité à comprendre est à la fois la cause et l’effet de la sclérose des organisations politiques et syndicales.

Enfin, de façon plus conjoncturelle, la politique menée par les récents gouvernements a mêlé arrogance velléitaire et manque de professionnalisme qui ont contribué à fortement dévaloriser la parole politique et publique. Ceci a permis à un parti qui raconte n’importe quoi de devenir crédible. Comprendre est un pas dans le bon sens mais il faut aussi trouver des pistes pour faire rebondir la France et la République.

Une mauvaise lecture de l’évolution du capitalisme depuis 20 ans

Les Lumières (précédées par le Cartésianisme et la Renaissance) et une volonté progressiste ont conduit à une vision positive de l’évolution technologique. Malgré les effroyables souffrances des ouvriers au XIXème siècle notamment, l’amélioration des conditions de vie a été générale (un indice certes réducteur comme l’espérance de vie le traduit bien). On a même pu assister à l’élargissement de l’accès à la démocratie et à la baisse de l’exploitation (parfois pour des raisons particulières comme les dividendes du communisme en Europe de l’Ouest entre 1945 et 1990).

L’évolution technologique, beaucoup plus que la mondialisation ou plutôt en accentuant la mondialisation, conduit à un développement accéléré et non maîtrisé. Ceci génère une économie dont l’utilité sociale décroît fortement et une aliénation croissante (cf. la dépendance des jeunes générations à leur téléphone portable).

La Gauche déplore souvent la croissance des inégalités : la reprise aux USA a été essentiellement captée par les 1% les plus riches ; le reste de la population n’a pas vu de changement dans ses conditions de vie. Cette situation est aussi inhérente à l’évolution technologique où les gagnants raflent toute la mise [1]. Il n’y a plus de place pour les moyens voire les bons : seuls les gagnants s’en sortent. Ceci crée des bulles financières et exacerbe l’individualisme, le narcissisme et la concurrence.

Les conséquences de ces fondamentaux économiques ont été bien décrites par E. Maurin dans le « Ghetto Français » où les plus riches veulent rester entre eux et rejettent même les couches moyennes supérieures. Cet entre soi est pratiqué en retour par chaque couche sociale par rapport à la couche directement inférieure [2]

Il est d’ailleurs intéressant de constater la recrudescence des émissions télévisées de jeux depuis 7/8 ans : il s’agit de divertir (au sens Pascalien) les couches populaires que l’on espère calmer avec quelques allocations (RSA, APL, …). Cette stratégie des puissants ne date pas d’hier : le « panem et circenses » des Romains remplissait la même fonction.

Ces quelques touches confirment que le capitalisme a fortement changé en 20 ans et que des analyses fines doivent être réalisées pour trouver des réponses républicaines pertinentes.

La fin du socialisme réparateur [3]

Depuis les années 80, le Parti Socialisme a abdiqué toute volonté d’imposer un système alternatif au capitalisme actuel. Sa stratégie a donc été de « réparer » les dégâts du capitalisme au niveau des collectivités locales surtout lorsque le gouvernement était de droite.

Une des premières décisions du gouvernement Ayrault a été de rétablir la clause de compétence générale des collectivités.

Il s’agit donc de dépenser toujours plus d’argent public pour soulager les problèmes causés par le capitalisme. Cette stratégie ne fonctionne plus :

 ? les contraintes budgétaires limitent le développement de la dépense publique

 ? son efficacité peut être mise en cause. Par exemple, la politique du
logement a un coût global important d’environ 40 Milliards € alors que de moins en moins de logements sont construits en France. Un état de pénurie est maintenu et beaucoup de subventions ou allocations (par ex. l’APL) sont captées par les détenteurs de logements ou de foncier. La croissance du « pouvoir d’achat » via l’APL génère des loyers toujours plus élevés.

 ? enfin, de plus en plus de personnes réclament de pouvoir vivre dignement du fruit de leur travail au lieu de devoir recourir à des aides. La grande majorité des agriculteurs sont dans cet état d’esprit.
Sur un plan plus général, il faut distinguer des cas de mutualisation ou d’assurance partagée pour faire face à certains aléas de la vie (maladie, chômage) ou bien des domaines critiques pour l’intérêt général comme l’éducation ou les fonctions régaliennes, qui relèvent de la puissance publique, d’autres domaines comme le logement où chacun devrait pouvoir gagner assez pour se loger décemment

La dépense publique ne doit pas être condamnée en tant que telle et elle est nécessaire dans plusieurs domaines mais son extension à l’infini s’avère peu efficace et contraire à la citoyenneté.

La dépréciation de la parole et de l’action publique

Depuis 25 ans, nous assistons à un affaiblissement graduel de la parole publique en partie liée à l’incapacité des dirigeants Français à élaborer un projet mobilisateur pour notre pays . [4]

Au début de sa campagne pour les élections présidentielles, François Hollande a généré un tollé à droite pour avoir voulu « réenchanter le rêve Français ».
Il est évident que le gouffre entre son discours du Bourget et sa politique une fois élu contribue à décrédibiliser l’action publique. Qu’est-il advenu des promesses audacieuses de réformes fiscales ? Qui a bloqué ce projet ? Que sont devenues les anaphores

« Moi, Président … » après l’affaire Cahuzac ou lorsque l’on découvre que des parlementaires occupent des logements sociaux ?

On pourrait aussi lister les nombreux manques de rigueur ou de professionnalisme du gouvernement Ayrault. Qu’un discours préenregistré du Président de la République après le « séisme » des dernières élections Européennes comporte un lapsus majeur (générant un contresens évident ou un déni de réalité) en dit long sur la faiblesse des équipes entourant le Président.

Ces maladresses ou ces approximations n’auraient qu’un impact limité si les récents gouvernements (y compris sous Sarkozy) ou les responsables de collectivités locales n’avaient torpillé deux des enjeux au potentiel le plus fécond : l’écologie et l’Europe.

Dans les deux cas, des politiques bureaucratiques et punitives ont endommagé l’image de ces domaines :

 ? bien que l’Europe ait beaucoup apporté aux citoyens Européens (la paix, un niveau de protection sociale décent, une certaine prise en compte de l’environnement, la forte croissance de l’espérance de vie, …), le comportement notamment de la Commission a généré de la norme, de la contrainte voire de l’insécurité sociale au lieu de proposer un projet porteur de sens et de développement.

La pression mise par certains gouvernements pour couper le budget Européen (par exemple au niveau de l’aide aux plus démunis) n’a pas contribué à améliorer l’image de l’Europe auprès de ses citoyens.

Le discours de certains libéraux qui explique qu’il faut faire des compromis (donc des concessions) et que l’Europe ne peut pas être une France en grand est dévastateur pour l’image de l’Europe auprès de la population Française. De plus en plus de Français pensent que tant qu’à souffrir, autant le faire dans un cadre Français.

 ? l’écologie est essentiellement gérée de façon bureaucratique et punitive : taxes, interdits, … Vouloir limiter les déplacements automobiles à Paris peut se comprendre mais beaucoup de mesures prises pénalisent les couches moyennes ou moyennes inférieures ou ceux qui travaillent et l’offre alternative en transport en commun est déficiente.

Une stratégie alternative consisterait à convaincre les Parisiens de n’utiliser leur voiture que quand cela est indispensable.

Ce genre de stratégie fondée sur le changement des comportements est beaucoup plus adaptée et durable mais elle demande du temps, de la concertation et de l’imagination.

Le recyclage des déchets pourrait être grandement amélioré grâce à une meilleure participation des citoyens (la France est en retard dans ce domaine par rapport aux pays Européens les plus avancés).

Evolution des partis et des syndicats

Ces constats sont en phase avec la sclérose croissante des partis politiques de gauche et notamment du PS et des syndicats.

Les partis politiques sont essentiellement constitués d’élus ou de personnes espérant l’être. L’évolution du Parti Socialiste en 30 ans est caractéristique : la lutte des classes a été remplacée par la lutte des places, les camarades par des gens et les courants de pensée par des clans dont le but premier de certains est de tuer tout débat !

Le renouvellement des générations est souvent utilisé par certains caciques pour couper la tête à ceux qui pourraient menacer leur pouvoir et les militants associatifs sont dégoûtés et poussés vers la sortie.
Les partis ont donc un nombre très limité d’adhérents et la compétence de leurs dirigeants s’effrite d’année en année.

Malheureusement, les syndicats connaissent aussi des problèmes liés à l’histoire du syndicalisme Français mais aussi à leur impuissance croissante qui les conduit au repli sur soi et à l’ossification. Ils ont donc été souvent incapables d’accueillir les plus faibles, les
précaires … qui se trouvent de plus en plus isolés et en déshérence. Faute d’un encadrement suffisant, ces personnes se tournent de plus en plus vers le vote Front National .

Conséquence

La France subit un choc économique d’une rare violence et son tissu économique et social se déchire de plus en plus.

En parallèle, les faiblesses et les manquements d’élites déboussolées ne permettent pas l’émergence d’un projet mobilisateur.
Ceci laisse donc un boulevard au Front National surtout avec la stratégie suivie par Marine Le Pen.

Sans réaction forte des élites, la France pourrait rapidement se trouver en situation proto-fasciste comme en Février 1934, notamment en liaison avec ce qui se passe en Europe Centrale (voire au Danemark et en Finlande).

Comment réagir ?

Contrer la dérive du corps social Français vers le Front National nécessite donc d’aller au-delà des analyses aussi pertinentes soient-elles et des discours des moralisateurs (voter FN ne serait pas bien !) dont la portée s’amoindrit chaque jour.

Il convient donc de réagir vigoureusement en tenant les deux bouts de la chaîne :

 ? proposer aux Français un projet mobilisateur

 ? tout en décrivant le chemin pour y arriver et en faisant preuve d’une mise en œuvre impeccable des mesures nécessaires. Une maîtrise exemplaire de la parole publique, notamment présidentielle, doit être instaurée.

La première étape concerne la nécessité d’une réaction forte de nos élites qui doivent retrouver la considération du peuple : elles doivent tout de suite redevenir vertueuses (au sens Romain du terme). Les affaires Cahuzac ou Bygmalion, l’augmentation de 29% des revenus de Monsieur Gattaz, … doivent appartenir au passé.

La France possède encore de nombreux atouts et une image et des valeurs admirées dans de nombreux pays. En outre, les Français ont prouvé dans leur histoire leur capacité à faire face à des situations dramatiques, à se mobiliser et à faire des sacrifices. La situation actuelle demandera des sacrifices. Le seul souci du gouvernement est qu’ils soient « équitablement » répartis. Il serait beaucoup plus efficace de les mettre en perspective et de les relier à un grand dessein pour la France et l’Europe.

Le projet Français doit être de redonner espoir et confiance aux Français et de maintenir le rayonnement de la France à l’extérieur . Ceci ne pourra être fait qu’avec pour but principal de ne laisser personne au bord du chemin.
Il faudra donc approfondir la République et relancer l’économie en cultivant nos atouts (et en tenant compte des évolutions du capitalisme et de la technologie décrites précédemment). On s’apercevra alors que l’Europe et la transition écologique sont des atouts et non des obstacles et qu’une des conditions sine qua non de la réussite de ce projet sera de faire le pari de l’intelligence collective des Français .

Le 03/06/2014

Michel CABIROL

[1« Winners take it all » a été développé comme axe stratégique par des cabinets de conseil Américains dans les années 90. L’évolution technologique permet le développement de produits et de services recelant des leviers stratégiques très différents de ceux à l’œuvre dans les domaines où la France a excellé de 1970 à 2000 : TGV, nucléaire, Airbus, …
Un certain nombre de produits (par exemple les réseaux sociaux) ont une dimension « culturelle » et grand public. En outre, la taille du marché Français est très faible par rapport à celle des USA ou de la Chine ce qui empêche l’émergence de champions Français (sans parler des problèmes de financement).

[2Beaucoup d’analyses superficielles ou moralisatrices sont faites sur ce qui conduit des Français à voter pour le Front National notamment dans les zones périurbaines. Il s’agirait de relégation ou d’absence de services publics. D’autres analyses, à confirmer, montrent une réalité différente. Il s’agit souvent de personnes qui n’appartiennent pas aux couches populaires (aussi bien les autochtones que les nouveaux-venus) et qui fuiraient des quartiers trop mélangés à leur goût. Ils cherchent donc à reconstituer un entre soi correspondant à leur situation sociale et à éviter la venue d’indésirables .

[3Ce socialisme « réparateur » n’a rien à voir avec le « care » qui avait suscité un débat au sein du PS il y a quelques années.

[4Même si ce projet doit s’intégrer dans un projet Européen et tenir compte des évolutions mondiales. Il est aussi évident que la faiblesse des dirigeants Européens n’a pas permis d’imaginer un projet Européen mobilisateur.

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