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Plénière du 4 juin 2014
« L’Europe après les élections : analyse, évolution des institutions, perspectives »


par

Le thème de l’Europe a donné lieu à de nombreux débats au sein du Cercle, notamment lors du référendum sur la Constitution européenne. A l’issue de ces derniers, l’ensemble des participants ont souhaité approfondir davantage encore les raisons objectives de la situation de l’Union européenne en posant une question simple à Henri Weber, longtemps député européen et éminent analyste de la vie politique française : "Comment en est-on arrivé là ?"

mise en ligne: mercredi 29 octobre 2014


1- Les causes superficielles :

Nous examinerons plus en détail les raisons profondes de la désaffection de l’Union européenne, mais, auparavant, consacrons quelques instants à ses causes superficielles.

L’une des premières raisons est le niveau de désinformation sur l’Union Européenne. Nous nous en rendons compte surtout lorsque nous travaillons sur place, car, en ce domaine, l’ignorance et le désintérêt des français - c’est moins vrai pour l’Allemagne - est abyssal, non seulement pour les citoyens, mais aussi pour le personnel politique, y compris dans les états-majors des partis, et ce alors même que se produisent des évènements importants, voire très importants.

Qui a en effet en tête les évènements qui se sont déroulés au cours des cinq années de la dernière mandature tels que l’engagement illimité de la Banque Centrale Européenne de prendre de la dette d’Etats ? L’élargissement du domaine de compétence de la B.C.E. a pourtant été spectaculaire. Il a permis de casser net la spéculation contre l’Euro, au moins provisoirement, et apparemment durablement. Il en est de même de l’Union bancaire et d’autres sujets encore.

A l’inverse, les fausses informations qui ont circulé sur le futur traité transatlantique, dont la négociation a tout juste débuté, et plus particulièrement sur la sécurité alimentaire et le soit- disant poulet lavé à l’eau de javel, ont été relayées par tous les canaux habituels, y compris par les écologistes et, moins étonnamment sans doute, par le Front National. Qui a mentionné que le Parlement européen avait déjà voté un mandat spécifique pour interdire cela ?

En fait, la thématique de l’Europe sert le plus souvent de bouc émissaire au personnel politique local et peu nombreux sont ceux qui peuvent savoir, dans ce cas, ce qui a réellement été réalisé.

2- Les raisons principales :

L’Europe a réussi sa première mission à savoir : instaurer partout la démocratie et unifier sous un état de droit et le un continent déchiré pendant des siècles par les guerres ; juguler l’inflation et ; éradiquer les dictatures, ce qui constitue un exploit historique sans précédent.

L’Europe est un modèle en terme de respect des droits de l’homme, d’égalité entre les sexes et la en matière de protection sociale. Ceux, nombreux, qui veulent y entrer le savent tous, mais ceux qui en font déjà partie considèrent que tout cela est déjà acquis de longue date et ne mérite pas qu’on en parle.

Mais l’Europe n’a pas réussi sa seconde promesse économique et sociale : la prospérité pour tous. L’Europe, depuis quelques années est le lumignon la lanterne rouge de la croissance mondiale. C’est un ensemble économique de à croissance molle et de au chômage élevé , accompagné d’une régression, d’un détricotage, qui n’en est qu’au début pour l’instant commençant, de toute une série de conquêtes sociales. Qui plus est, et nous allons progressivement vers la déflation. Les classes populaires, et désormais une partie des classes moyennes, en veulent aux autorités européennes pour ce piètre résultat.

Ainsi, la "fabuleuse" Allemagne a réduit l’indemnisation du chômage de 32 à 12 mois. Nous sommes actuellement en quasi stagnation pour ne pas dire proches de la récession et la déflation menace, et il est très difficile, notamment pour les salariés modestes, de considérer que c’est un grand progrès. Cette seconde promesse de l’Europe n’a pas été tenue.

La troisième raison, c’est probablement que l’Europe est une entité qui agit lentement, laborieusement. L’Europe est une démocratie qui regroupe à la fois 380 millions de citoyens actifs, 500 millions d’humains si l’on inclut les grabataires et les enfants et, en même temps, vingt huit états-nations jaloux de leurs prérogatives fonctionnant avec la règle de l’unanimité en ordo-libéralisme. L’ordo-libéralisme, c’est le fonctionnement par la règle que l’on s’est fixée ensemble, mais l’obéissance à la règle commune est aussi la négation du politique. A l’inverse, le politique, c’est la capacité d’agir face à toute situation. L’Union Européenne en est quasiment dépourvue dans l’incapacité.

La nature n’aimant pas le ayant horreur du vide, chaque pays a utilisé face à la mondialisation, des stratégies non-coopératives. A titre d’exemple, les allemands ont développé avec succès une stratégie mercantiliste, en utilisant leur rare capacité à faire accepter un traitement aussi peu social tant par les partis politiques (en particulier le SPD) que par les organisations syndicales, pour une cause nationale. Le coût politique en a été plus qu’important pour le SPD qui est passé de 40 à 23% des voix et ne s’en est pas encore remis. Les Britanniques ont eu, sous Tony Blair, une autre stratégie. Les Espagnols et les Français une autre encore, tous oeuvrant, la plupart du temps de façon contradictoire. Telle est probablement l’origine du fort taux d’abstention aux élections européennes, et du vote hostile et de la montée (toutefois limitée à certains pays), du vote xénophobe.

Quant à la configuration globale du Parlement européen après les élections, elle est assez proche de ce qu’elle était avant. Certes, les conservateurs et les libéraux ont perdu près de 70 sièges. Il n’y aura donc pas de majorité claire, les rôles seront de nouveau partagés.
Les sociaux démocrates ont tenté pour la première fois d’européaniser la campagne électorale, mais le scrutin est resté profondément marqué par les enjeux nationaux. En France, la campagne électorale aura duré au plus une quinzaine de jours.

Nous, sociaux démocrates, avons pourtant tenté de politiser la campagne en expliquant que le vote pouvait conduire à la nomination d’un nouveau Président de la Commission et lui donner une majorité suffisante pour promouvoir une nouvelle croissance, compatible avec la transition écologique, sans laquelle il n’y aurait ni investissement ni progrès social, ni le développement de grands programmes concernant l’énergie, le haut débit, les mobilités propres, l’industrie, la génétique, la défense, et l’agriculture multi-fonctionnelle que nous avons étudiés et préparés spécifiquement.

En France, la volonté de sanctionner le pouvoir a prévalu. Au niveau européen, aucune tête de liste n’a obtenu la majorité. Jean-Claude Juncker devrait être désigné, soutenu y compris par François Hollande, mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel, c’est de savoir si l’Union européenne va être capable de mettre en place une politique différente. Nous, socialistes, disons qu’une politique d’austérité généralisée, sacralisée, imposant une réduction des déficits dans des délais très courts et réduire le plus vite possible le coût du travail, ne peut mener qu’à une récession générale en Europe. En face de nous, la majorité conservatrice libérale dit l’inverse, à savoir qu’il faut revenir à l’équilibre le plus vite possible et faire les réformes structurelles, entraînant une reprise par le retour de la confiance et, par ce biais, des investissements étrangers.

Nous préconisons pour notre part une stratégie différenciée. Les pays du Nord, pas seulement l’Allemagne, se portent beaucoup mieux que les pays de l’Europe du Sud mais, au total, la balance commerciale de l’Europe est très excédentaire. Plus excédentaire que celle de la Chine. Les pays d’Europe du Nord peuvent donc tirer l’ensemble vers le haut en relançant leur consommation populaire et les pays du Sud (dont la France), fortement endettés, doivent s’engager sur une trajectoire de retour à l’équilibre, mais en prenant le temps nécessaire.

La France s’est engagée sur cette voie, mais le coût politique est très important. Pour l’ensemble de l’Europe cette fois, nous avons préconisé une relance par l’investissement avec un plan à hauteur de 1500 milliards d’euros à l’échéance de 2020, alimenté par des capitaux le plus souvent privés, mais initiés avec des capitaux publics. Les faits nous ont donné raison. La politique de nos opposants a engendré une très forte baisse de l’activité économique également en Allemagne aussi. La croissance de ce pays étant est tombée ces derniers mois à des niveaux très bas. Le pays a du rallumer le moteur de la consommation. La mise en place d’un salaire minimum, à l’initiative du SPD, va concerner près de 7 millions de personnes dont 4 millions gagnaient aujourd’hui moins de quatre euros de l’heure.

Le second, vecteur important susceptible de rendre l’Europe attrayante pour ses concitoyens serait la négociation d’un traité social européen incluant notamment un volet de lutte contre le chômage des jeunes, des moyens de lutte contre l’évasion fiscale, la mise en place d’un salaire minimum européen en fonction des pays, ainsi que la démocratisation de l’Union européenne dont le fonctionnement est trop souvent opaque, alors que les décisions prises nous touchent désormais de plus en plus dans notre propre quotidien.

Un autre débat semble indispensable quant à la construction européenne pour aller, soit vers le Fédéralisme, soit vers une Fédération des Etats-Nations. Une une approche conceptuelle correcte de la construction de l’Union européenne fait défaut, qui passerait par un nouvel élargissement du rôle du Parlement européen et qui lui accorderait notamment le droit d’initiative politique, par une réforme en profondeur de la Commission européenne et de la fin de la nomination, de fait, du Président par trois ou quatre chefs d’Etat. Ne faudrait-il pas aussi créer une chambre dédiée à l’Eurozone ?

Il y a urgence à faire tout cela car les risques persistent et les périls reviennent face à avec la menace militaire avec la Russe. La Russie qui est un pays européen coopérant, mais qui est désormais dominé par la politique impériale tsariste de Vladimir Poutine, et à la un pays devant affronter une menace écologique à la et également menacé économiquement. Car, en fait, rien n’a été fait depuis l’affaire des Subprimes. Je propose de supprimer cela car cela n’a rien à faire avec ce qui précède.
Le besoin d’Europe est impérieux.

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