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Une France ambitieuse




mise en ligne: samedi 7 mai 2016


« La France a tout pour réussir » (BFM Business)

Après les 7 dernières années de crise (la faillite de Lehmann Brothers date du 15 septembre 2008), les Français sont las et moroses [1]. Depuis de nombreuses années, la France est aussi un pays où la confiance est au plus bas [2].

Ces sentiments sont exacerbés pour les Français les plus modestes, ceux qui souffrent le plus, qui sont tentés par le repli sur soi (sur le plan politique mais aussi familial ou ethnique) et par l’autorité1.

Toutefois, ce même sondage montre l’existence de raisons d’espérer car les Français sont furieux contre un personnel politique et une société (notamment des medias) qui n’apportent aucune solution à leurs problèmes [3]. Les Français veulent surtout qu’on leur fasse confiance !

Il faut donc analyser pourquoi, au-delà de la crise économique mondiale, la France en est arrivée à cet état et surtout comment envisager une sortie par le haut tirant parti des atouts de la France et du courage des Français. En effet, personne ne peut se satisfaire d’une France tétanisée par la peur se réfugiant dans l’abstention ou le vote d’extrême-droite, l’inaction et le conservatisme.

I- La trahison des élites

La situation décrite ci-dessus est notamment provoquée par le sentiment de trahison des élites qui conduit à un taux de confiance très bas dans les politiques et les médias3.
Les « élites » de droite ont toujours privilégié la rente :

-  Les nobles de l’Ancien Régime n’avaient pas le droit de travailler (ils payaient le « prix du sang » pour défendre le Royaume)

-  Les rois de France préféraient construire des châteaux quand les bourgeois italiens ou flamands créaient les premières banques, compagnies d’assurance ou sociétés commerciales. Certes, le château de Versailles ou les châteaux de la Loire sont, quelques siècles après, des atouts touristiques et culturels importants pour l’image de la France

-  La propriété foncière agricole puis l’immobilier ont été privilégiés quand d’autres pays développaient une industrie forte

-  Le colonialisme puis l’importation de travailleurs immigrés mal rémunérés et avec des droits réduits ont permis aux industriels Français de minimiser les investissements industriels et la confrontation avec les grandes nations industrielles à l’exportation

-  De nos jours, certains entrepreneurs, se prenant pour les chevaliers des temps modernes, voudraient avoir tous les droits pour maximiser leurs gains (avec les devoirs les plus restreints possibles)

-  Des multinationales qui trichent (Volkswagen ou les fabricants de cigarettes), qui abusent des paradis fiscaux (les grands groupes américains possèdent plus de 2.000 milliards de $ de cash hors des USA) et de l’optimisation fiscale, qui utilisent des armes non démocratiques comme le lobbying pour contourner les décisions de certains parlements, …

-  Enfin, les plus riches recherchent aussi l’entre soi [4] qui conduit à refuser toute mixité sociale dans le logement mais aussi dans l’accès aux meilleurs équipements culturels ou éducatifs. Cette stratégie est exacerbée par la crise actuelle : il s’agit d’éloigner le plus possible les surnuméraires et de les faire se tenir « sages ». La vieille stratégie du « panem et circenses » reste de mise avec le RSA et, pour divertir [5] le peuple, la multiplication des jeux télévisés [6] Il faut noter que certains jeux sont d’un bon niveau culturel ou les jeux vidéo.

En contrepartie, cette « élite » condescend à donner quelques pourboires au peuple quand celui-ci arrive à établir un rapport de force moins défavorable comme juste après la seconde guerre mondiale (programme du CNR ou rapport Beveridge en Grande-Bretagne) ou pendant les Trente Glorieuses.

Les « élites » de gauche ont elles aussi failli à partir des années 80 :

-  Conversion au libéralisme économique (privatisations, Europe : la construction du marché commun puis de la monnaie commune étaient vues par Jacques Delors comme devant être accompagnées par la construction d’une Europe sociale). Les rodomontades du discours du Bourget du candidat François Hollande contre la finance ont été vite oubliées.

-  Formation et parcours identiques aux « élites » de droite avec élimination des militants associatifs ou des représentants des couches populaires

-  Théorisation de la fin du peuple et du repli sur les couches moyennes [7]. Les travaux de P. Bourdieu dans les années 1990 (La misère en France), de S. Beaud sur la France Invisible en 2006, de C. Guiluy de 2005 (revue Autrement) à 2014 (La France périphérique) ou de N. Mayer récemment ont été ignorés voire méprisés.

-  Tentation pour la gauche de contourner les corps intermédiaires s’ils s’avèrent un peu rebelles. C’est notamment le cas dans la version initiale du projet de loi sur l’évolution du droit du travail qui contribue à l’affaiblissement des syndicats.

-  Beaucoup d’élus de gauche se sont réfugiés dans le clientélisme et la sacralisation de la dépense publique (« Je dépense donc je suis ») sans co-construction [8] avec les usagers ou les bénéficiaires ni réelle évaluation. Cette attitude a encore accentué l’incompréhension entre les élus et les citoyens même si les élus de proximité sont ceux dont les Français se sentent les plus proches. Les élus ne sont plus en phase avec les vraies attentes des couches populaires voire moyennes car ils ne l’écoutent plus (l’accumulation des mandats dans le temps ne favorise pas le dialogue)

L’évolution du Parti Socialiste entre les années 1980 et maintenant caractérise bien ces dérives : la lutte des classes a été remplacée par la lutte pour les places, les camarades par des gens et les courants de pensée par des écuries présidentielles voire des clans où la fidélité au chef est bien mieux récompensée que la réflexion ou la créativité intellectuelle.

Après chaque séisme politique, comme en 2002 ou en 2015, marquant une forte progression du Front National, tous les dirigeants jurent qu’il est impératif de changer et de mieux prendre en compte les vrais besoins et aspirations des Français. Cet acte de contrition ne dure au mieux que quelques semaines avant que chacun ne retourne à ses occupations traditionnelles.

II- Comment sortir de ce guêpier ?

Les Français sont courageux : ils l’ont montré pendant les périodes critiques de leur histoire. Aujourd’hui, les agriculteurs et les éleveurs travaillent dur pour un salaire souvent inférieur au SMIC, de nombreux Français acceptent des emplois à temps partiel ou avec des conditions de travail difficiles comme dans certaines usines ou dans le BTP, le travail du dimanche est monnaie courante dans de nombreux services publics, …
Ces efforts n’ont pas été vains et, n’en déplaise aux déclinistes de tous bords, la France reste une grande puissance économique, politique, intellectuelle et culturelle dont de nombreux Français restent fiers.

Les Français sont donc prêts à accepter des sacrifices pour le bien commun et pour les générations futures. Encore faut-il donner un sens à leurs efforts en leur proposant une vision de la France et de son avenir et en répartissant équitablement les efforts.
Il faut donc tordre le cou à l’idée selon laquelle la France serait impossible à réformer. Comme Eric Maurin l’a bien démontré dans « La peur du déclassement », cette peur, qui conduit près d’un tiers des Français à redouter de se retrouver à la rue, pousse beaucoup de Français à rechercher la sécurité. Cette sécurité est un compromis où un salaire inférieur est compensé par des assurances sur la sécurité de l’emploi, des avantages annexes ou un système de retraite favorable. Une vision similaire se développe actuellement chez les jeunes : ceux-ci sont souvent obligés, après l’obtention de leur diplôme, d’enchaîner stages mal rémunérés et CDD avant de conquérir le « Graal » : un CDI vers 28 ans ! Il est évident que proposer à des personnes, ayant fait ces choix ou subi ces situations, un affaiblissement de la protection sociale, une baisse des retraites ou un flexibilisation des CDI engendrera une riposte violente et une mobilisation massive. Tout gouvernement qui ne comprendra pas ces processus connaîtra l’échec de ses réformes.
La solution est donc d’avoir une vision lucide sur les capacités de la France et de développer un projet selon deux axes :

-  La France doit continuer à rayonner sur le plan des idées (comme le propose le géographe Michel Foucher), des valeurs et de la culture

-  Tout en se renforçant économiquement et socialement à l’intérieur pour redonner
de l’espoir à tous.
- III - Une vision lucide de la France

Il faut certes tenir compte des réalités : la France est un pays de 66M d’habitants avec quelques millions de Français vivant hors de France.

La France n’a plus d’Empire : il ne faut pas le regretter. La profondeur stratégique fournie par l’Empire et l’action de ses ressortissants a sauvé la France pendant la seconde guerre mondiale [9].

et lui a permis de s’asseoir à la table des vainqueurs. Toutefois, depuis 1945, la France par elle-même puis via l’Europe a reconquis des éléments de puissance stratégique : puissance diplomatique et position dans certaines institutions internationales (même si les Français ne s’impliquent pas assez dans les institutions européennes), francophonie, dissuasion nucléaire, participation à une monnaie majeure, …

L’analyse des ressources potentielles de la France est aussi balancée : la France ne dispose pas de gisements de matières premières ou d’hydrocarbures importants mais son agriculture ou son domaine maritime, bien exploités, deviendraient des atouts importants.

De même, la France sait former des mathématiciens, des médecins ou des ingénieurs de haut niveau tout en produisant chaque année plus de 100.000 décrocheurs ! La France sait être le creuset d’Airbus mais laisse filer son industrie et n’a pas su créer suffisamment d’entreprises de taille intermédiaire ou exportatrices pour rivaliser avec l’Allemagne.

Enfin, la France dispose d’un patrimoine et d’une image qui en font un des pays les plus visités dans le monde. Même si la France connaît un certain déclin par rapport à ses périodes les plus fastes dans le domaine culturel et intellectuel, elle reste un lieu de production d’idées significatif.

Dans de nombreux domaines, la France exploite mal son potentiel qui lui permettrait, malgré sa taille moyenne, de rester un état phare et de jouer un rôle exemplaire, à condition de faire preuve d’ambition et de cohésion.

IV- Une France rayonnante sur le plan mondial

La France a récemment montré avec le succès (à confirmer) de la COP21 à Paris et avec son action pour lutter contre le terrorisme par exemple au Mali qu’elle pouvait porter des valeurs fortes et se faire entendre au niveau international. Ceci est d’autant plus important que certains problèmes ne peuvent plus être résolus qu’au niveau mondial : dérèglement climatique, épidémies, gestion de la haute mer, lutte contre la faim et le mal développement, lutte contre l’évasion fiscale ou le blanchiment de l’argent sale, lutte contre le crime organisé, …

La France doit poursuivre avec acharnement son action pour une véritable mise en œuvre du plan d’actions prévu par la COP21 (même si cela est dû en grande partie à son parc électronucléaire, la France est un des pays qui émet le moins de gaz à effet de serre par rapport à sa taille et à son niveau de développement). Les principaux efforts devront concerner la collecte des fonds nécessaires aux pays émergents pour réaliser chez eux la transition écologique.

L’axe principal de la politique extérieure Française devrait être d’essayer de rendre notre monde plus sûr et plus paisible. Jusqu’à présent, la France est souvent intervenue à chaud (Mali mais aussi Côte d’Ivoire ou Syrie). Il serait bon de réfléchir à des interventions plus douces de négociation ou d’influence en amont des conflits. Pour cela, la France devrait militer pour la création d’une force Européenne d’intervention non-violente [10] dans les zones de tension d’intensité basse ou moyenne.

La France devra aussi continuer de proposer ses valeurs républicaines au monde ainsi que le principe de laïcité même si la France ne les met pas totalement en œuvre chez elle. En effet, ces valeurs et ce principe permettraient de développer la démocratie notamment en réduisant le niveau de corruption et de résoudre de nombreux conflits actuels ou potentiels. Amartya Sen a montré que les famines sont très rares dans les pays en paix et/ou démocratiques. La baisse de la conflictualité dans le monde serait un sérieux coup de pouce au développement et à la résolution de la sous-alimentation et de la misère dans le monde. Elle permettrait notamment la mise en place de systèmes de stockage, de valorisation, de régulation des prix et de commercialisation des denrées agricoles plus efficaces [11].

V- Quelques axes de redressement de la France
 [12]

De nombreux dirigeants politiques Français masquent leur incompétence ou leur manque d’idées derrière les contraintes Européennes. La France dispose en interne des capacités et des marges de manœuvre pour se redresser ; encore faut-il avoir la volonté de les utiliser.

V-1 La transition écologique représente une chance pour la France qui importe l’essentiel de son énergie. Cette mutation permettra la création de nombreux emplois non délocalisables.

Il faudra le plus tôt possible investir dans les énergies renouvelables (éolien, hydraulique, solaire, géothermie voire énergie marée-motrice) tout en maintenant notre production d’origine nucléaire aussi longtemps que nécessaire [13]

Cette démarche doit s’accompagner :

-  D’un plan d’économies d’énergie (logement plus transport) car l’énergie la moins chère et la moins polluante est celle qui n’est pas consommée

-  Du développement de filières industrielles produisant les équipements nécessaires à la production d’énergies renouvelables et aux économies d’énergies (matériaux mais aussi objets connectés, …)

-  D’une éducation des Français pour éviter l’écologie punitive : recyclage des déchets, utilisation des transports en commun, mixité sociale et mixité des activités, …

V-2 Le logement.

La croissance et la jeunesse de la population Française sont considérées comme des atouts.

Quand la population Française croît de 0,6% par an et que des millions de personnes sont mal logées, il est évident que la seule priorité d’un gouvernement est la construction ou la rénovation de logements (actuellement, la France produit entre 300.000 et 350.000 logements par an alors qu’il en faudrait 500.000 malgré un coût de la politique du logement très élevé pour les finances publiques : 30 à 40 milliards d’Euros).

De nouveau, la construction ou la rénovation lourde de logements crée des emplois non délocalisables (à condition d’être vigilant quant à l’application des directives sur les travailleurs détachés et de limiter la sous-traitance en cascade qui crée des aubaines pour les grandes entreprises). Le logement est ainsi au cœur de la transition écologique.

Quelques points clés pour une politique du logement

-  Mixité sociale allant jusqu’au niveau de l’immeuble

-  Organiser les rénovations lourdes notamment dans l’habitat social en concertation avec les habitants

-  Organiser des parcours de logement pour désengorger les logements d’urgence ou pour les personnes en situation très précaire. Autant, il est naturel qu’une personne jeune puisse avoir accès à un logement social ; autant, on devrait faire en sorte que ces mêmes personnes passent dans le secteur privé au bout de 10 à 15 ans comme locataire ou propriétaire.

-  Continuer à organiser une foncière autour de la Caisse des dépôts

V-3 L’agriculture

Les crises récentes ont été causées par le démantèlement des politiques européennes mais aussi par une vision productiviste et financiarisée de l’agriculture. Pendant trop longtemps, les ministres français de l’agriculture ont anesthésié la profession en promettant toujours plus de subventions [14].

et en se focalisant sur quelques secteurs comme les céréales. Sortir de cette crise et des mauvaises habitudes demandera 10 à 15 ans mais c’est indispensable. Il faut organiser des filières permettant de répondre aux besoins variés des consommateurs (prix bas vs bio) mais aussi des agriculteurs (ils souhaitent vivre de la vente de leurs produits et non de subventions ; conditions sanitaires d’exercice de leur métier : l’exposition prolongée à certaines substances chimiques engendre de nombreuses maladies professionnelles).

Enfin, si, dans un secteur, le nombre d’exploitations doit diminuer, il faut mettre en place des systèmes d’accompagnement social adéquat.

De même, la France possède des atouts formidables au niveau de sa forêt et de son domaine maritime. Des grands plans à 15/20 ans doivent être élaborés en concertation avec les acteurs de la profession et des filières organisées.

V-4 Faire des DOM TOM des pôles d’excellence régionaux.

La France est présente sur tous les continents via les DOM TOM. Actuellement, ces territoires sont souvent le lieu de fortes inégalités et de rentes pour l’oligarchie dominante avec un coût significatif pour les finances publiques. L’augmentation de la violence (notamment en liaison avec le trafic de drogue) traduit le malaise ambiant.
En concertation avec les citoyens de chaque territoire, on pourrait élaborer un plan de développement visant à faire de chacun un pôle d’excellence régional.

Par exemple, la Guyane possède un fort potentiel : un pôle spatial de niveau mondial, des ressources minières et forestières qui pourraient permettre le développement de technologies d’exploitation compatibles avec le respect de l’environnement, possibilité de développer le tourisme « vert », …

D’autres territoires pourraient rayonner sur leur environnement proche via la création de pôles de formation de haut niveau.

Enfin, dans tous les cas, la mise en valeur du domaine maritime et les technologies liées seraient des axes forts de développement.

VI- Rénovation de secteurs à bout de souffle

Certain anciens secteurs d’excellence du système français sont à bout de souffle et doivent être profondément rénovés.

VI-1 Formation initiale et continue

La France arrive encore à produire des élites intellectuelles de haut niveau mais son système éducatif notamment public s’est fortement dégradé malgré des investissements élevés (65 milliards € par an pour la seule Education Nationale) :

-  Sortie de plus de 100.000 jeunes sans diplôme ni qualification du système scolaire chaque année

-  Retrait quasi-systématique des enfants des couches sociales privilégiées du
système public

Pour cela, un plan ambitieux de rénovation est indispensable :

-  Ne pas opposer massification et excellence ou méritocratie

-  Mettre en place des pédagogies permettant de passer d’un système de tri ou de sélection à un système de valorisation des capacités de chacun. Apprentissage du travail en équipe.

-  Ne pas opposer les apprentissages fondamentaux (français et mathématiques par exemple) à l’éducation (écologie ou lutte contre les discriminations)

-  Apprentissage des langues étrangères le plus tôt possible (pas seulement l’anglais mais aussi l’allemand ou l’arabe)

-  Interaction accrue entre les différents acteurs : professeurs et élèves mais aussi parents, pouvoirs publics, …

-  Valorisation des filières professionnelles et fort développement de l’apprentissage

-  Rénovation complète de la formation continue qui coûte 30 à 35 milliards € par an
.
La mise en oeuvre concrète de ces principes demandera des efforts à tous et nécessitera des adaptations du système. Il est notamment proposé que l’effectif des classes de CP soit limité à 12-15 élèves et celui des classes de CE1 à 15-18 élèves pour permettre à chacun de prendre un bon départ et de construire un socle de connaissances solide qui évitera bien des redoublements et des échecs. Malgré cela, il faudra aussi, à court terme, investir plus dans les structures (micro-lycée, école de la deuxième chance, …) permettant aux décrocheurs de se réinsérer dans le système après une période difficile.

Des expériences pourraient être tentées pour tirer le meilleur parti d’Internet notamment avec des classes inversées. Cette pratique pourrait être généralisée au lycée ou à l’université si les expérimentations s’avèrent concluantes.
Un effort important doit être fourni pour développer le service public à faible coût dans les filières courtes d’enseignement supérieur. Ce secteur est dominé par des écoles privées très rentables grâce à des frais de scolarité qui constituent une barrière pour les étudiants venant des milieux modestes.
Le but de ce plan est que chacun soit sa propre limite au lieu d’avoir des barrières imposées par son lieu d’habitation ou la classe sociale de ses parents.

VI-2 L’industrie et le redressement productif
L’industrie est perçue comme un des échecs de la France face à l’Allemagne, les USA ou le Japon sans parler du développement à marche forcée de la Chine qui est « l’usine du monde ».

Posséder une industrie performante est fondamental car cela permet d’exporter des biens (ou de ne pas en importer) pour équilibrer le commerce extérieur et donc les importations d’énergie ou de matières premières. En outre, l’industrie constitue le fer de lance de la recherche appliquée d’un pays. L’industrie est donc clé dans la réussite économique d’un pays sous réserve d’une répartition équitable de la richesse ainsi créée.
La part de l’industrie dans la PIB Française est passée de 35% en 1970 à 25% en 1993 pour s’effondrer à 12,5% en 2014. Ces chiffres traduisent bien sûr une certaine désindustrialisation de la France et la fermeture de nombreux sites industriels dont des cathédrales ouvrières fameuses dans la sidérurgie ou Renault Billancourt. Cette baisse est aussi la conséquence des délocalisations vers les pays à bas coûts (textile), de la nécessité pour les sociétés françaises de suivre leurs clients multinationaux par des implantations à l’étranger (automobile) et des formidables gains de productivité des usines via l’automatisation des processus de fabrication.

Toutefois, cette baisse est modérément surestimée à cause de l’externalisation de nombreuses fonctions par les groupes industriels : les effectifs des SSII, des sociétés d’ingénierie ou de nettoyage voire de maintenance sont comptabilisés dans les services alors qu’ils l’étaient dans l’industrie auparavant.

Enfin, il faudrait revoir le périmètre de ce que l’on appelle industrie : parler d’industrie du logiciel ou du jeu vidéo ou bien d’industries culturelles n’est ni oxymore ni un anglicisme car ces secteurs fournissent aussi des biens standardisés ou duplicables qui peuvent être exportés (le secteur culturel au sens large est le second poste d’exportation des USA).

Face à ce constat plutôt pessimiste, l’état de l’industrie française est contrasté :

-  déclin des secteurs traditionnels (sidérurgie, textile, …) et essoufflement de certains secteurs d’excellence (TGV, nucléaire, agro-alimentaire, …) qui ont émergé dans les années 1960/1970 sans avoir été vraiment renouvelés ou gérés convenablement,
-  mais aussi certains succès récents ont montré la capacité de la France à produire et vendre des équipements très sophistiqués (paquebots de croisière, matériel militaire haut de gamme, aviation civile, …) ou à se positionner sur des technologies très innovantes comme le cœur artificiel développé par la société Carmat. Même si le secteur reste difficile, nos deux champions nationaux de l’automobile restent parmi les grands acteurs mondiaux du secteur.

Des mesures positives ont été prises comme le CIR (même s’il est souvent acaparé par de grands groupes), l’organisation de pôles de compétitivité, la création de la BPI, … mais d’autres axes d’amélioration, parfois identifiés de longue date, restent nécessaires :
-  amélioration des rapports entre donneurs d’ordres et sous-traitants, grande

entreprises et PME, … La grande distribution a aussi sa part de responsabilité dans ka fermeture de sites industriels en France. La mesure récemment prise par Bercy de sanctionner les grandes entreprises dont les délais de paiement étaient hors la loi a eu des effets positifs (il faudrait aussi appliquer cette mesure aux organismes publics !).
-  création de conditions favorables à la relocalisation

-  maintien de la possibilité d’amortissement accéléré des immobilisations corporelles (plus efficace dans l’industrie que le seul CICE)

-  fiscalisation de la politique familiale qui ne doit pas reposer sur les salaires et les entreprises

-  baisse de l’impôt sur les sociétés à 25% pour les bénéfices réinvestis (donc non versés en dividendes) et exonération de l’IS pour les créateurs d’entreprises [15].

-  financement public des syndicats (comme c’est le cas des partis politiques) pour améliorer le dialogue social et faciliter certaines réformes

-  revalorisation de l’image des emplois industriels et meilleure coordination avec l’Education Nationale sur l’apprentissage et la formation en alternance.


VII- Les conditions de la réussite

Un président qui explique son projet et le chemin pour le mettre en œuvre, qui donne du sens aux sacrifices auxquels chacun doit consentir en période de crise ou de transition. La co-construction est tout sauf suivre l’humeur de l’opinion au jour le jour.
Une rénovation politique en France qui associe mieux les Français aux politiques menées. La co-construction des politiques publiques (budgets participatifs, débat public véritable sur les infrastructures, …) demandera du temps et de l’humilité aux élus mais contribuera fortement à faire baisser le sentiment de confiscation de la vie publique par une caste de politiciens professionnels. La limitation du cumul des mandats sera sans doute nécessaire pour développer cet état d’esprit.

Une cohésion accrue de la société française est indispensable pour mettre en place le plan ci-dessus mais elle sera aussi le résultat de la réussite de ce plan. Les valeurs républicaines d’égalité et de fraternité ne doivent pas rester des icônes vidées de leur sens. En effet, le but de cette démarche est de rendre l’espoir à tous en ne laissant personne au bord du chemin.

Le redémarrage de l’Europe via la relance du couple Franco-Allemand et la réintégration dans le projet Européen des pays d’Europe Centrale et Orientale. Il ne faut pas désespérer de l’Allemagne qui vient d’instaurer un SMIC (certes à géométrie variable) et où Angela Merkel a le courage d’avoir une position saine sur le problème des réfugiés.
Vers l’an 2000, l’urgence dictait d’intégrer au plus vite les PECO pour éviter l’étranglement des partis démocratiques entre les nationalistes et les post communistes. Malheureusement, le problème a juste été différé car la transition vers la démocratie après 50 voire 70 ans de régimes autoritaires et 10 ans de potion libérale n’est pas un long fleuve tranquille. En outre, les institutions européennes ont d’abord cherché à implanter une économie libérale puis se sont focalisées sur la crise financière en Europe du Sud. Cette situation est exacerbée par la crise des réfugiés du Moyen-Orient. Il faudra que les institutions européennes retrouvent un véritable leadership (soutenu par le couple franco-allemand) pour reprendre la situation en main via un mélange de fermeté et de vision à moyen terme de la construction européenne.

VIII- Conclusions

Ce document cherche à montrer que la France conserve de nombreux atouts et des marges de manœuvre malgré les contraintes Européennes ou mondiales. Elle peut donc réussir sans avoir à tenter des stratégies risquées comme la sortie de l’Euro.
Des analyses lucides et sans concessions sont nécessaires sur l’état de la France et sur ses faiblesses. Ce document ne prétend pas à l’exhaustivité et certains points importants n’ont pas été traités comme les difficultés de la Justice ou l’essoufflement des politiques culturelles et du vivre ensemble, …

La réussite du plan proposé implique une rénovation des processus politiques et la restauration d’une forte cohésion sociale et nationale fondée sur les valeurs de la République avec un mélange d’initiatives « à la base » et le retour de l’Etat stratège. Il s’agit en effet de contenir la vampirisation de l’économie par la finance et de « redonner du temps au temps » [16]. Il faut reconstruire une « société de la confiance ».

La France pourra ainsi contribuer positivement à l’élaboration d’un nouveau paradigme économique, social, environnemental et culturel dont l’humanité a besoin au XXIème siècle pour se développer plus harmonieusement.

[1Sondage ODOXA pour le CEVIPOF repris dans le Journal du Dimanche (janvier 2016)

[2La société de Défiance, p 2015 et sq in 16 nouvelles questions d’économie contemporaine (Philippe Askenazy et Daniel Cohen) 2010

[3Cette situation était déjà analysée finement par Roland Cayrol dès 2006 dans son livre La nuit des politiques

[4Cf Le Ghetto Français d’Eric Maurin

[5Au sens pascalien du terme

[6Il faut noter que certains jeux sont d’un bon niveau culturel

[7Des travaux célèbres de Terra Nova ont poussé le PS à théoriser l’abandon de son lien avec le monde ouvrier et, plus généralement, avec toutes les personnes en situation de précarité

[8Cf les travaux de Miguel Benassayag sur ce sujet

[9Il ne faut pas non plus oublier les sacrifices consentis pendant la première guerre mondiale par les régiments venant d’Outre-Mer pour défendre le sol national

[10Une telle proposition s’inspire des travaux et des réalisations de Jean-Marie Muller sur la non-violence (en partie en coopération avec le Ministère de la Défense) Une telle proposition s’inspire des travaux et des réalisations de Jean-Marie Muller sur la non-violence (en partie en coopération avec le Ministère de la Défense)

[11Environ un tiers des denrées alimentaires produites dans le monde sont gâchées

[12Les thèmes développés ci-dessous sont emblématiques de ce la France pourrait faire. Le présent document ne prétend pas à l’exhaustivité sur ce sujet

[13Pour ne pas se retrouver dans une situation comparable à celle de l’Allemagne où la production d’électricité à partir de charbon et de lignite a explosé

[14Cette politique a été plébiscitée à tort par la majorité des acteurs du monde agricole

[15Cette mesure a été mise en œuvre par le gouvernement dirigé par Pierre Mauroy. Il s’agit d’exonérer d’IS à 100% la société pendant les 3 premières années et à 50% les 2 suivantes Ceci permet à de jeunes entrepreneurs d’accumuler des fonds propres et de renforcer les entreprises. Pour éviter les dérives, il faut plafonner l’exonération par exemple à 200.000 ou 300.000€ et limiter ce dispositif aux vraies créations d’entreprises par des personnes physiques

[16Cette phrase était souvent prononcée par F.Mitterrand mais est encore plus valable de nos jours. En effet, les résultats d’une politique (éducation, énergie, logement et urbanisme, industrie, …) ne se matérialisent vraiment qu’au bout de 10 à 15 ans alors que les élections politiques se déroulent tous les 5 ans (le passage du septennat au quinquennat pour la mandature présidentielle semblait moderne en l’an 2000. Il a profondément bouleversé la politique Française et a été une erreur). A l’autre extrémité de l’échelle de temps, les chaînes de télévision d’information en continu doivent changer leur contenu 3 fois par jour !

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