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Les grands défis globaux : Que faut-il attendre après la COP 21 ?



Présentation par M. Martin Lees au Cercle Condorcet
Paris, le 26 septembre 2016

mise en ligne: jeudi 5 janvier 2017


Mesdames et Messieurs,

Je suis très reconnaissant de cette occasion de m’adresser à vous ce soir sur la question vitale du changement climatique. C’est à la fois, un grand honneur et un grand défi. Je vous remercie tous d’avoir pris le temps pour participer ce soir.

Depuis l’année passée, la question du changement climatique a reçu beaucoup d’attention des médias ici en France. La plupart des gens comprennent maintenant que c’est une question cruciale pour l’avenir de l’humanité comme l’a montré la conférence internationale des Nations Unies qui a réuni les leaders du monde entier à Paris en décembre 2015.

J’aimerais remercier en particulier M. Jean Pagé et M. Bernard Wolfer, Co-Présidents du Cercle Condorcet, de m’avoir invité. Ils m’ont demandé de vous présenter une perspective des changements climatiques au niveau global suite à la Conférence COP 21. Ingénieur moi-même, j’apprécie particulièrement les apports du Marquis Nicolas de Condorcet comme philosophe, mathématicien et homme politique, au développent du calcul intégral et à l’idée du progrès humain.

Je dois d’abord m’excuser si je ne maîtrise pas très bien la langue française, surtout dans les domaines scientifiques. Je vais quand même vous présenter les questions clés, les faits scientifiques et mes opinions. Nous aurons l’occasion d’une discussion plus profonde pendant l’échange de vues qui suivra ma présentation.

J’espère que vous trouverez mon intervention intéressante et pas trop déprimante. En effet, la Conférence de Paris a démontré à la fois l’envergure du défi mais aussi, les énormes capacités disponibles à l’humanité pour réagir.

Mesdames, Messieurs :

Il est difficile d’évaluer, surtout en quarante minutes, un événement aussi complexe que la Conférence COP 21 de Paris 2015 qui a attiré entre 30 et 40 milles personnes engagées, et des délégations de 196 pays. Ils sont venus – avec des origines culturelles et historiques, des aspirations, des priorités et des problèmes divers – pour essayer d’établir un accord international qui devait assurer un climat stable pour nous, pour nos enfants et pour les générations futures.

• Ce soir, je vais d’abord vous proposer une évaluation des résultats de la COP 21, y compris les dimensions politiques des négociations et les conséquences des décisions intergouvernementales qui ont été prises.

• Ensuite dans la deuxième partie, je vous décrirai en contraste, les réalités scientifiques pour démontrer l’échelle et l’urgence des risques et conséquences auxquels nous sommes confrontés.

• Dans le monde moderne, les grandes questions qui vont définir notre avenir sont systémiques et liées étroitement les unes aux autres. Pour cette raison, dans la troisième partie, je vous décrirai brièvement certains autres grands défis globaux, en soulignant leurs liens essentiels avec le phénomène du changement climatique.

• Comme nous prévoyons, à la fin, une période d’échange de points de vue, nous aurions la possibilité de discuter des lignes d’action que nous devrions entreprendre pour éviter la déstabilisation du climat mondiale avec des conséquences graves pour notre civilisation.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je voudrais d’abord vous présenter en forme sommaire, cinq points clés pour orienter notre discussion :
1. Les impacts des changements climatiques sont réels et de plus en plus observables aujourd’hui. Ce soir à Paris, nous avons le privilège de discuter de ces questions importantes dans ce cadre élégant et sûr. Mais il y a des millions de gens partout dans le monde qui ressentent déjà les retombées désastreux des changements climatiques, à la fois dans les pays en développement et dans les pays industrialisés.

2. Les impacts des changements climatiques sont, en large partie, environnementaux. Mais, pour maîtriser le changement climatique, il nous faut identifier et agir sur les causes profondes des changements qui ont leurs origines dans nos économies, nos sociétés, nos valeurs et notre consommation.

3. La conférence COP 21 de Paris a été une réussite remarquable sur le plan diplomatique et a certainement ouvert des possibilités pour l’action future en provoquant plusieurs engagements et actions positives, par les gouvernements, les grandes villes, les entreprises et la société civile. Mais la Conférence n’a pas changé fondamentalement les déterminants de l’évolution du changement climatique : nous sommes toujours engagés sur une trajectoire vers une augmentation de la température moyenne globale à l’an 2100 d’entre 3°C et 4°ou plus.

4. La faisabilité politique à court terme, et la pression des intérêts particuliers continuent à dominer les négociations. La contradiction évidente entre la faisabilité politique et les impératifs d’action forte et urgente demandés par la science sera résolue - soit parce que l’humanité prend son avenir en main, soit que la nature prend sa revanche.

5. Il nous reste toujours l’opportunité de résoudre ces défis existentiels de l’avenir de l’humanité en choisissant une trajectoire pour l’économie mondiale compatible avec les limites réelles de notre planète. Mais le temps presse et il y a peu d’indications positives. Il faut des transformations fondamentales d’attitudes, de valeurs, de comportements et de politiques pour s’assurer d’un avenir décent et prospère aux générations futures.
Nous ne devons pas nous faire d’illusions. La planète se réchauffe vite : la dernière décennie a été de loin la plus chaude depuis 120,000 années et l’étendue de glace dans la mer de l’Arctique est au plus bas jamais enregistré. L’océan Pacifique se réchauffe plus rapidement qu’à tout autre moment durant les dernières 10,000 années. Et, comme nous le voyons, les événements météorologiques extrêmes, les sécheresses, les incendies et les inondations augmentent en gravité à travers le monde. Les risques pour l’avenir de nos enfants sont réels.

Du coté positif, l’humanité a d’énormes capacités pour résoudre les problèmes auxquels nous sommes confrontés. Mais nous devons agir vite pour sauvegarder l’avenir.

1. Une évaluation des résultats de la COP 21.

La COP 21 était sans doute une des négociations les plus complexes jamais tentée par la communauté internationale. Le défi du changement climatique touche une gamme diverse de questions économiques, sociales, commerciales et politiques. Il provoque des conséquences diverses dans tous les pays du monde . Il soulève des questions morales fondamentales de la justice et des droits humains. Et il demande des réconciliations entre les responsabilités historiques des pays industrialisés, les coûts et les impacts sur les vies et les aspirations de la population mondiale aujourd’hui, et les espérances des générations futures.

La COP 21 à Paris était, en effet, une échéance cruciale puisque nos gouvernements ont essayé pour la 21ème fois de gérer les impacts actuels et de prévenir les risques d’un changement climatique catastrophique. La conférence devait aboutir à un nouvel accord international sur le climat, applicable à tous les pays, dans l’objectif de maintenir un réchauffement mondial en dessous de 2°C. La France a donc joué un rôle de premier ordre sur le plan international, pour rapprocher les points de vue et faciliter la recherche d’un consensus.

Passons maintenant à évaluer les résultats. Je vais résumer les résultats principaux sous 7 points, positifs et négatifs :

1. Du point de vue politique, la COP 21 sous la Présidence française a été une réussite - dans le sens que les négociateurs de 196 pays se sont mis d’accord sur un document, le premier accord universel qui reconnait la nécessité d’action internationale concertée pour éviter des changements dangereux du climat global.

Dans des circonstances complexes et difficiles, la France a démontré une capacité de << leadership >> diplomatique très raffinée. Il parait très probable que l’Accord de Paris sera ratifié avant la fin 2016 par 55 pays responsables pour 55% des émissions mondiales pour rentrer en vigueur.

2. Pour préparer les négociations de Paris, chaque gouvernement a fourni au Secrétariat des Nations Unies une indication de son engagement volontaire pour mettre en place des politiques afin de réduire des émissions de gaz à effet de serre. Ces indications, dites << contributions >> (INDCs), ont été acceptés, ainsi que des principes et méthodes de mesure.

3. La conférence de Paris a suscité, en plus, une énorme publicité et l’intérêt d’un large public, avec sa mobilisation de plusieurs acteurs et organisations non-gouvernementales de la société civile – par exemple, les entreprises, la finance, l’investissement et l’assurance, les grandes villes et régions, les mairies de plusieurs cités, les communautés de recherche et de l’éducation et nous, les citoyens.

4. Les gouvernements ont reconnu que le montant total des réductions des émissions prévues à Paris n’était pas du tout suffisant pour éviter des changements climatiques dangereux. Ils ont donc envisagé un processus de révision de leurs engagements tous les cinq ans.

C’est le bilan positif de la conférence de Paris. Mais, ce n’était pas l’objectif principal de la COP 21 d’obtenir un bon résultat diplomatique. L’objectif primordial de la COP 21, tout comme des 20 COPs précédentes, était d’établir un accord fort et cohérent, suffisant pour inciter une action internationale pour éviter les risques de changement climatique catastrophique.

Donc de l’autre côté, il faut être réaliste.

5. Même en tenant compte de ces éléments positifs de la Conférence de Paris, on constate que le monde est engagé toujours sur une trajectoire vers la déstabilisation du climat global – vers une hausse de la température moyenne d’environ 3.0 à 4.0 °C ou plus, avant la fin du siècle. Les engagements des gouvernements pour réduire leurs émissions sont purement volontaires. Il n’y a pas de contraintes juridiques sur ces engagements.

En contraste avec tous les beaux discours sur la nécessité de réduire l’utilisation des combustibles fossiles, les projections les plus récentes du Département d’Énergie des États-Unis(DoE) prévoient que la consommation mondiale des combustibles fossiles augmentera de 40% en 2035. Le DoE conclut : << En 2035, nous prévoyons que le gaz, le charbon et le pétrole ensemble représenteront 81% de la demande mondiale d’énergie. Alors que les énergies renouvelables vont croître rapidement, leur part atteindra seulement 7%.>> Ceci est une recette pour un changement catastrophique du climat mondial.

6. L’analyse scientifique est claire : les réductions volontaires d’émissions indiquées par les gouvernements dans leur ensemble sont insuffisantes pour éviter le risque de changement climatique catastrophique. Et, en plus, le processus proposé de révision de ces engagements sera trop lent.

7. La question de la justice climatique est fondamentale entre le Nord et le Sud, surtout dans un monde qui aura bientôt 9 à 10 milliards d’habitants. Ce sont surtout les pauvres et les démunis qui payent les frais des impacts climatiques. Cette question à la fois pratique et morale n’a pas été effectivement reconnue à Paris.

Les pays pauvres en développement donnent naturellement leur priorité à la croissance économique et à l’éradication de la pauvreté. Ils soulignent la responsabilité historique des pays industrialisés pour les émissions qu’ils ont produites à réaliser leur propre croissance dans le passé. Pour cette raison, les négociations sont basées sur un concept fondamental de « responsabilités communes mais différenciées ».

Les différences entre les pays sont énormes. En 2012, les émissions par personne en Chine étaient d’environ 7 tonnes par an, tandis que les émissions par habitant aux États-Unis étaient de 16 tonnes et en Inde seulement 1,8 tonnes.

Quelles conclusions pouvons nous tirer de cette analyse ?

On avait espéré que la COP 21 de Paris mettra en place un accord international fort et ambitieux et lancera l’action rapide par la communauté internationale qui a été retardé depuis si longtemps.

Mais, comme je l’ai dit, peu de mesures pratiques et efficaces ont été décidées sur le principal défi de limiter l’utilisation des combustibles fossiles pour réduire les risques et les impacts du changement climatique. Cependant, des progrès ont été réalisés sur certaines questions spécifiques, en particulier la protection des forêts et les premiers pas vers un financement pour aider les pays en développement à s’adapter aux impacts climatiques qui sont maintenant inévitables.

Nous sommes confrontés à la nécessité de maîtriser les risques de la déstabilisation du climat mondial sous des conditions d’incertitude. Il y a une marée d’évidences scientifiques qui démontre des impacts plus fréquents et plus intenses d’un processus de changement climatique en accélération. Les scientifiques ont été trop prudents ! Les actions prises et prévues jusqu’à présent au niveau gouvernemental restent toujours inadéquates pour assurer la survie de notre civilisation.

Dans cette perspective, je vous décrirais maintenant les réalités scientifiques qui démontrent l’échelle et l’urgence des risques et conséquences auxquels nous sommes confrontés.

2. Les réalités et risques des changements climatiques

Le réchauffement climatique a été mis en évidence par la science depuis 1824 quand le scientifique et mathématicien français, Joseph Fourier, a décrit d’abord l’effet de serre. Aujourd’hui un groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (le GIEC) rassemble le travail de plusieurs milliers de scientifiques. Leurs conclusions sont claires : la planète se réchauffe et les émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropogénique en sont la cause principale.

Ces conclusions scientifiques sont basées sur trois piliers : d’abord, sur des preuves physiques partout dans le monde qui mesurent que le climat est en train de changer et de plus en plus vite ; en plus, sur des modèles du changement climatique sophistiqués, testés et constamment revus ; et sur des analyses paléo-climatiques qui, en clarifiant comment le climat s’est comporté au cours de millions d’années, nous aide à comprendre ce qui se passe aujourd’hui et les perspectives pour l’avenir.

Je vais maintenant vous expliquer rapidement les risques futurs des changements climatiques en cours, par analyse de quatre chiffres clés.

La science nous enseigne que l’atmosphère aujourd’hui est environ 1°C plus chaud que dans la période avant la révolution industrielle.
Et ce chiffre décrit la température moyenne mondiale : l’augmentation, par exemple dans l’Arctique et l’Antarctique de l’Ouest et à haute altitude est deux à trois fois plus élevée. [La vitesse du changement climatique s’accélère : quand j’ai fait une présentation à Rio+ 20 en 2012, cette augmentation était de 0.8°C].

Les impacts climatiques de plus en plus graves et plus fréquents que nous voyons au tour de nous aujourd’hui – sécheresses, inondations, cyclones et la fonte des glaces par exemple – sont le résultat de cette augmentation de la température moyenne mondiale de seulement 1°C depuis 1750.

Si de tels impacts sévères sont les conséquences d’une augmentation de la température mondiale de seulement 1°C, nous avons de bonnes raisons d’être préoccupés par les répercussions et risques futurs d’un réchauffement climatique de 2° ou 3° ou plus dans les décennies à venir. Il est donc impératif de couper rapidement nos émissions de gaz d’effet de serre pour préserver un climat stable et un environnement mondial viable.

Ce sont les pauvres dans tous nos pays qui font face déjà aux impacts les plus graves, même s’ils ne sont pas responsables pour le réchauffement de la planète. En conséquence, le nombre de réfugiés environnementaux est en hausse rapide. Le stress environnemental a été un facteur majeur par exemple dans les conflits tragiques au Darfour et en Syrie en particulier, où cinq ans de sécheresse extrême ont conduit 1,500,000 agriculteurs à se réfugier dans les villes déjà surchargées, aggravant l’instabilité sociale et le conflit – et par conséquent, le mouvement des centaines de milliers de réfugiés vers l’Europe.

Les pays riches ne sont nullement à l’abri des impacts des changements climatiques tel que démontrent les sécheresses intenses et continues en Californie et en Australie, le coût de $70 milliards de l’ouragan Sandy à New York, les vagues de chaleur et les incendies en Russie et la retraite des glaciers alpins en Europe.

Mon second chiffre est de 2°C. C’est le chiffre que les gouvernements ont décidé devrait être la limite de l’augmentation de la température moyenne mondiale et la cible pour les négociations internationales. En réalité cependant, les effets d’une hausse de 2°C seraient néfastes, même dévastateurs, pour plusieurs régions du monde. Pour cette raison, les gouvernements à Paris 2015 se sont mis d’accord que la hausse de température à la longue terme soit, en principe, limitée à 1,5°.

En réalité, depuis que les négociations intergouvernementales ont commencé il y a plus de vingt ans, les émissions n’ont pas diminué : elles ont augmenté de 65%. Actuellement, et malgré toutes les délibérations politiques, nous avons pompé en 2014 environ 55 milliards de tonnes, (55 Gigatonnes), de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Si nous continuons sur cette voie de business as usual et c’est mon troisième chiffre – la température moyenne mondiale augmentera d’environ 5° C ou plus en 2100, avec des conséquences catastrophiques.

Enfin, mon quatrième et dernier chiffre. Si tous les engagements que les gouvernements ont pris pour réduire les émissions devaient être mis en œuvre, y compris les engagements à Paris 2015, nous serions toujours sur la voie d’une hausse de température de l’ordre de 3°/4°C. Une telle hausse créera des conditions intolérables pour l’humanité et en plus, pour la plupart des autres espèces vivantes. Et encore, cette estimation est une moyenne mondiale. Cela impliquerait une augmentation d’à peu près le double ou même plus dans certaines régions du monde, comme le Groenland, l’Antarctique de l’Ouest, le Tibet et les Alpes.

Ce serait provoquer une élévation du niveau de la mer qui mettrait en danger des millions de personnes dans les villes côtières. La fonte de la calotte glacière du Groenland à elle seule fera monter le niveau de la mer d’environ sept mètres : en mi-juillet 2012, 97% de sa surface a montré des signes de fonte. Quand on lui a demandé quelle serait la différence entre une hausse de 2°C et une hausse de 4°C, un scientifique de renommé international à répondu : la différence est tout simplement la civilisation humaine !.
Ces exemples soulignent en termes réels, la nécessité urgente d’une action pour éviter les pires répercussions des changements climatiques, à la fois pour atténuer le réchauffement en réduisant rapidement les émissions nettes dans l’atmosphère et pour adapter nos sociétés et nos économies de manière à éviter les impacts qui sont maintenant, suite à notre inaction, inévitables.

La nécessité d’une action urgente est renforcée par un autre fait d’importance capitale, à savoir que les systèmes interactifs complexes qui entraînent le climat mondial se comportent de manière non-linéaire. De ce fait, il y a un risque croissant que nous pouvons pousser le climat au-delà de certains points de basculement ce qui peut déclencher un nombre de processus de feedback positif qui pourraient générer des changements climatiques inattendus et irréversibles - au delà de l’influence humaine.

Certains scientifiques sérieux, qui comprennent trop bien l’envergure du défi, concluent que, si nous ne prenons pas bientôt des mesures radicales, le monde pourrait être de 2°C de plus chaud dans deux ou trois décennies – si nous continuons à brûler des combustibles fossiles au rythme actuel.

Bien sûr, on nous dit que les menaces sont incertaines et que nous ne pouvons pas trouver les ressources nécessaires pour faire face aux défis climatiques. Mais sûrement, c’est précisément parce que notre sort est incertain que nous devons agir. Attendre que les menaces soient évidentes signifie qu’il sera trop tard.

3. Les grands défis globaux liés au changement climatique.

Le défi existentiel posé par le changement rapide du climat, malheureusement, n’est qu’un des défis majeurs qui menacent l’avenir de l’humanité : et ces défis sont intimement liés. Pour les maîtriser efficacement, il faut reconnaitre qu’ils sont des défis systémiques et aussi que leurs interconnections sont d’une importance capitale. Pour cette raison, on ne doit pas envisager le changement climatique comme une question spécifique, séparée des autres.

Il faut le positionner en relation avec d’autres grands défis liés au changement climatique, par exemple, la croissance démographique, la croissance économique et la consommation, l’agriculture, la dégradation des systèmes écologiques et la pauvreté et privation des millions dans les pays en développement.

• L’augmentation rapide de la température moyenne globale implique que nous sortons d’une période stable de 11,000 ans, la période Holocène, et que nous entrons dans une période nouvelle l’Anthropocène, ou les activités de notre espèce, homo sapiens, sont tellement vastes qu’ils ont des conséquences majeures pour l’évolution de la planète. La température stable de l’Holocène a permis l’évolution de l’agriculture, la base de notre civilisation. Donc, un climat stable est crucial pour la sécurité de la nourriture et de l’eau potable, et pour la santé humaine.
• La consommation, la pollution et les déchets liés à l’activité de la population mondiale actuelle de 7,4 milliard de personnes provoque déjà la surexploitation de ressources et la dégradation des capacités de la biosphère. Nous sommes en train de provoquer la sixième extinction en masse des espèces vivant avec nous sur notre planète.
• Cette dégradation des écosystèmes sur lesquelles l’humanité dépend va être exacerbée par la croissance de la population mondiale vers 9-10 milliards en 2050. Comme les écosystèmes de la terre et de l’océan absorbent ensemble à peu près 50% de nos émissions de gaz à effet de serre, les conséquences pour le réchauffement mondial seront énormes.

En effet, le modèle dominant de croissance économique, fondé sur notre addiction aux fuels fossiles et sur la stimulation continuelle de notre consommation n’est plus viable pour des raisons environnementales, sociales, économiques et politiques. Nous devons changer de cap vers une trajectoire plus durable pour maintenir un climat stable, un environnement sain, une économie productive et la paix.

La transformation structurelle de nos économies et de nos systèmes énergétiques est une nécessité absolue pour maîtriser la crise climatique. C’est un défi énorme : mais c’est aussi une opportunité extraordinaire.
Après avoir constaté tous ces problèmes et risques, je voudrais conclure sur une note plus positive en indiquant brièvement quelques exemples d’actions qui ont été initié pour réduire les risques d’un climat déstabilisé et sauvegarder un avenir viable.

• Dans de nombreux pays, y compris les États-Unis, l’opinion publique évolue fortement en faveur de l’action climatique.
• Les États-Unis, la Chine et l’Union Européenne se sont engagés à limiter leurs émissions de CO2 d’ici 2030 et augmenter la part des énergies renouvelables.
• Des entreprises majeures telles que Unilever, Apple et Google s’engagent pour des stratégies orientées à réduire les émissions de carbone ;
• Des régions, des villes et des communautés à travers le monde se sont engagés pour la réduction des émissions, dans certains cas à zéro !
• Des institutions financières sont en train de détourner leurs investissements des entreprises qui dépendent de l’exploitation des fuels fossiles ou sont assujettis à des risques climatiques.
• Les coûts des technologies d’énergie solaire et éolienne renouvelables sont en baisse rapide et, dans certains cas, sont désormais compétitifs avec le charbon. Les prix des systèmes solaires ont chuté de 53% depuis 2010 et le coût de l’électricité des cellules solaires photovoltaïques est plus bas maintenant que d’autres sources d’énergie dans 79 pays.

Deux conclusions de cette analyse sont évidentes :

• Les actions et les engagements pris par nos gouvernements à la COP 21 à Paris sont de loin insuffisants.
• Il faut absolument réduire rapidement nos émissions pour éviter des conséquences néfastes pour l’Humanité.
Je vous ai peint un tableau de l’ensemble des réalités auxquelles nous sommes confrontées : elles sont véritablement des défis globaux qui ne peuvent pas être résolus sans des actions internationales et nationales efficaces. En plus, nos économies sont fondées sur l’utilisation des fuels fossiles depuis plus de deux siècles. L’action forte des gouvernements est essentielle pour réduire les risques et les impacts des changements climatiques, mais elle ne sera pas suffisante. Il faudra la mobilisation de toutes les forces et capacités économiques et sociales pour surmonter les obstacles et réussir les profondes transformations nécessaires.

Heureusement l’humanité a de vastes potentiels de créativité, des capacités scientifiques et technologiques, et des ressources de toutes sortes pour créer un monde plus juste, plus stable et plus durable. En effet, la crise climatique à laquelle nous devons faire face est aussi une crise morale. L’avenir est en aucun cas pré-ordonné, mais sera déterminé par nos valeurs, notre comportement, nos choix et nos actions si, et c’est l’essentiel, nous agissons ensemble en temps utile. Mais le temps est compté.

Je vous remercie pour votre attention.

R. Martin Lees

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