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Françoise Héritier et le gai savoir,




mise en ligne: samedi 16 décembre 2017


Françoise Héritier nous avait fait l’honneur de venir débattre avec nous le 5 juin 2013. C’était au moment des grands affrontements autour de la loi dite « mariage pour tous ». Nous lui avions demandé de nous aider à « penser les rapports de genre, de sexe et de filiation dans notre monde moderne », bien conscients qu’ils sont des constructions sociales et non des objets de nature.

Dans un exposé brillant, elle nous avait expliqué les origines de la domination du corps des femmes par les hommes, sous toutes les sociétés, allant au delà de la prohibition de l’inceste définie par Claude Lévy Strauss. Son fameux concept de valence différentielle des sexes ne résulte pas disait-elle, de la nature différente des hommes et des femmes, mais de la réflexion des hommes sur la différence liée à l’enfantement par les femmes : seules les femmes enfantent des êtres de corps identiques ou différents d’elles-mêmes.

Deux butoirs de la pensée humaine : la néoténie de notre espèce, qui exige un temps long d’élevage, et le fait que parents et ainés, naissant avant les cadets, en tirent une supériorité. La femme, considérée comme le simple réceptacle de la semence masculine, est de cette façon considérée comme cadette, inférieure dans la plupart des sociétés, et dans les mythes qui les soutiennent.

Rien de cela ne vient d’un ordre naturel. Mais de conceptions du monde qui assuraient jusqu’alors la cohésion des sociétés. Mais nous disait-elle, le savoir moderne, appuyé sur les connaissances scientifiques, permet aujourd’hui de penser le monde autrement : la contraception, la procréation médicalement assistée, la filiation sont aujourd’hui des sujets juridiques ou techniques dégagés des questions de parenté.

Les rapports sexuels ne sont plus nécessairement rapportés à la gestation. Les femmes ont ainsi acquis une liberté et un pouvoir nouveaux. Pour autant, il faut encore que cette nouvelle façon de penser les rapports de genre devienne acceptée par la société. Ce n’est pas encore tout à fait le cas.

Françoise Héritier nous avait parlé avec beaucoup d ‘enthousiasme, de chaleur, d’optimisme, même si elle considérait que les pensées nouvelles ne sont jamais facilement acquises.

Les discussions avaient été animées. Les questions fortes et les réponses parfois étonnantes. Ainsi de la possibilité d’échanges généralisés qui naturaliseraient les rapports de genre entre personnes sans obligations de genres ou de parentèle.

Françoise Héritier avait une façon simple et gaie pour expliquer et démontrer des choses difficiles. Une certaine qualité pour désarmer les querelles les plus violentes.

Ses derniers livres témoignent de son plaisir de vivre et des choses simples qui l’ont accompagnées. Malgré la souffrance que lui occasionnait sa maladie, elle était venue nous voir, dans notre « catacombe » de la rue Récamier. Une vingtaine de marches difficiles pour elle. Elle m’avait dit être heureuse d’être venue, mais que c’était sans doute la dernière fois qu’elle acceptait ainsi une conférence.

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