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La scène allemande après les élections fédérales


mise en ligne: dimanche 14 janvier 2018


Débat animé par Henry Stark [1]

« La campagne est longue, terriblement longue. Il ne se passe absolument rien ! Les partis poursuivent leur campagne, sans faire de vague, et tout le monde attend le résultat qui semble déjà écrit : Angela Merkel devrait être réélue pour un quatrième mandat de chancelière ». Ainsi parlait le représentant permanent de France 2 en Allemagne au mois de septembre dernier, à quelques jours des élections.

Cette campagne électorale qu’Hans Stark nous a décrit comme « ennuyeuse » et théoriquement « dépourvue de suspens » a débouché, pour l’ éminent professeur de civilisation allemande, sur la plus grande crise institutionnelle du pays depuis la chute du mur de Berlin.

Les résultats

Si la CDU, qui a obtenu 33% des voix n’a pas si mal résisté, distançant son premier concurrent, le SPD, de 13 points malgré l’usure du pouvoir, mais loin des 41,5% précédents, le SPD, en chute de 5,2% a réuni 20,5% des votes, son plus mauvais score depuis 1949.

Dans le même temps, le parti d’extrême droite AFD, a atteint 12,9%, progressant de 8 points depuis 2013 et les libéraux du FDP 10,7%, tandis que le parti d’extrême gauche Die Linke se maintenait à 9,2%, séduisant les jeunes mais pas les ouvriers, les Verts obtenant quant à eux 8,9 %.

Au total, les deux grands partis traditionnels ont beaucoup perdu, passant de 81,3 à 53,4% des voix entre 1987 et 2017, ouvrant la voie à une instabilité politique inconnue jusqu’alors outre-Rhin.

Pour Hans Stark, le SPD a fait l’essentiel du travail depuis des années et c’est pourtant Madame Merkel qui a engrangé la popularité. Les propositions des sociaux-démocrates ont été nombreuses : mise en place du salaire minimum, notamment, et coup de pouce aux retraites des femmes qui n’ont pas suffisamment cotisé mais il y a néanmoins des raisons structurelles qui incitent à s’ éloigner de leur parti et parmi celles-ci, l’héritage des lois « Hartz » de Gehrard Schröder, difficile à porter.

Les jeunes vont le plus généralement vers les extrêmes de gauche et de droite. L’AFD obtient 27% en Saxe et 20 à 22% dans les nouveaux Länder de l’Est contre 10% seulement à l’Ouest, à l’exception de la Bavière où ce parti reste très fort. Dans ce contexte, 59% des Allemands disent ne pas savoir ce que défendent les Sociaux-démocrates. Les élections allemandes ont lieu à la proportionnelle et il revient au Parlement de désigner le Chancelier sur proposition du Président. A ce stade, rien n’est donc assuré pour Angela Merkel qui aura nécessairement besoin d’une coalition pour conserver son poste de Chancelière.

Les partis

La CSU et le SPD ont été pénalisés par l’émigration. Le CSU l’a été tout particulièrement en Bavière, là où passent les principaux flux migratoires.

Que pensent les Allemands de l’AFD ? Malgré les 12,9% recueillis, 49% d’entre eux estiment que c’est ce parti qui a le plus contribué à ancrer l’idée de l’insécurité dans le pays : 37% pensent que l’AFD a raison de vouloir diminuer l’influence de l’Islam et limiter l’accueil des réfugiés mais, dans le même temps, 87% estiment néanmoins qu’il ne se démarque pas suffisamment de l’extrême droite.

Sur ce même sujet, Angela Merkel divise aussi les Allemands. Cinquante six pour cent désapprouvent sa politique migratoire malgré le fait qu’elle n’aura concerné au plus, que 200 000 personnes. Il y a en cela, des conséquences postérieures : les gens vont vers les grandes villes, à Berlin notamment tandis que le Brandebourg, à l’Est, devient un désert pourvu d’ une faible couverture médicale et éducative. En ville, les loyers ont flambé et les locataires, nombreux en Allemagne, partagent les quartiers populaires avec les réfugiés.

Une majorité d’électeurs trouvaient que 12 ans de gouvernement Merkel suffisaient mais 50 % ont néanmoins voté pour elle car elle a su ouvrir au Centre avec la sortie du nucléaire, la modernisation du pays, en permettant la reconnaissance des minorités homosexuelles avec le mariage pour tous, se différenciant ainsi des Chrétiens-démocrates traditionnels alors que l’AFD veut défendre des valeurs patriotiques du type travail, famille... trop ouvertes sur l’extrême droite. Quant au SPD, les 2/3 des Allemands estiment qu’il n’a pas su marquer sa différence et définir clairement son rôle au sein de la coalition. Cinquante neuf pour cent des Allemands pensent aussi que Martin Schulz n’a pas été un candidat convaincant. Il a tardé à accepter la présidence du SPD, n’a pas bien vu venir les élections régionales et a raté en cela le début de la campagne électorale.

Ainsi, 21% des ouvriers 13% des employés, 11% des retraités et 22% des chômeurs ont voté AFD malgré le fait que ce parti n’ait aucun programme économique convaincant. Un million d’électeurs chrétiens-démocrates, 500 000 électeurs habituels du SPD et 430 000 de Die Linke en en fait autant, soit une même proportion droite-gauche que d’anciens abstentionnistes, 1 300 000 environ, issus souvent de milieux très défavorisés. La hausse du taux de participation globale de 73 à 76% est majoritairement due à ce retour.

La progression très nette des libéraux (5,9%) est due pour une bonne part au charisme et au côté médiatique de son nouveau chef, Cristian Lindner, jeune et beau. comme Macron, Renzi, Trudeau... Électeurs revenus de la CDU et sociaux-démocrates ont voté étonnamment pour le FTP.

Quelle coalition ?

Les allemands auraient préféré à 60 % une coalition entre Chrétiens-Démocrates et Verts mais avec seulement 42% des voix, cette coalition n’obtiendrait pas la majorité requise.

Autre coalition envisageable : Rouge-rouge-verte, c’est à dire SPD, Die Linke et Verts. Cette coalition a déjà été majoritaire au parlement entre 2013 et 2017 mais n’a pas renversé pour autant Madame Merkel, le courant passant difficilement entre le SPD et Die Linke dans deux domaines majeurs : l’international et le militaire. Die Linke, résolument pacifique refuse toute action militaire étrangère, y compris l’envoi de casques bleus via l’ONU et est considéré comme trop pro-Russes par le SPD.

La coalition dite de feu : rouge-jaune-vert n’obtiendrait pas la majorité mais trente pour cent des Allemands soutiendraient la coalition dite « jamaïcaine » : noir-jaune-vert. qui pourrait voir le jour d’ici quelques mois. Dans ce contexte, Die Linke divise un peu les Allemands. S’ils conviennent que ce parti est celui qui s’engage le plus pour les faibles et défavorisés et considèrent que son discours est franc, 80% d’entre eux pensent que ses dirigeants sont incapables de résoudre les problèmes. 55% pensent que ce parti est trop radical pour participer à un gouvernement au niveau du Bund. L’impossibilité de financer ses propositions irréalistes pose de gros problèmes au SPD pour envisager de gouverner avec ce parti.

Par ailleurs, 56% des électeurs de la CDU auraient aimé continuer avec la grande coalition (CDU - SPD - CSU). Le choix s’avère dès lors limité entre cette "grande coalition" et la coalition dite "jamaïcaine ».

La grande coalition ? Le SPD n’en veut pas. Il pourrait revenir certes sur sa position mais Martin Schulz étant resté à sa tête et ayant pris la décision de refuser, on conçoit mal qu’il puisse revenir sur sa décision. Il faudrait donc passer par un psychodrame à l’intérieur du SPD pour lui permettre de préserver son autorité. La coalition « jamaïcaine » verra peut-être le jour, bien qu’elle soit très difficile à mettre en musique car il s’agit en fait d’une coalition à quatre : la CDU et la CSU sont deux partis, l’un en Bavière, l’autre sur le reste du pays. Tout les oppose en matière économique et sociale mais, il faut le souligner, à l’intérieur du cadre républicain : les Verts veulent aller nettement plus loin notamment quant à la relance de l’Europe par le biais d’un renforcement des institutions politiques de la zone monétaire, ce que ne veulent pas les autres, et sont pour une politique d’émigration active alors que la CSU plaide pour un quota annuel à ne pas dépasser.

Les Verts, préconisent par ailleurs la fin du diesel et même de l’essence d’ici 2030, ce qui pose à l’évidence problème en Bavière avec BMW, au Bade-Wurtemberg avec Mercedes et en Basse Saxe avec VW. Cette coalition a néanmoins des chances de voir le jour car personne n’a intérêt a voir le SPD passer en dessous des 20%. Si ce parti n’entrait pas au gouvernement et que la coalition « jamaïcaine » ne se faisait pas, il faudrait procéder à de nouvelles élections, l’absence de majorité ne permettant pas de gouverner en Allemagne.

Incertitude

C’est le parti ou plus exactement le Président qui propose le Chancelier et s’il n’y a pas de coalition et donc pas de majorité, et il lui faudra organiser de nouvelles élections. En pareil cas, l’AFD qui dénonce déjà « la bande des quatre » au moins depuis 2013, les « high partei » les accusant de s’entendre sur le dos du peuple et de se partager les postes. En pareil cas, l’AFD pourrait progresser encore, tout particulièrement dans le contexte d’instabilité internationale , si les quatre principaux partis n’arrivaient pas à s’entendre

Peut-on envisager un aussi grand pays sans gouvernement ? La Belgique a réussi cela pendant quelque temps mais la Flandre et la Wallonie disposaient de plus de pouvoir que les Länder allemands. Au niveau européen, on a attendu un an pour que les français votent et il a fallu attendre ensuite les Allemands. Désormais, il faut attendre la formation d’un gouvernement, quatre mois encore. La pression est donc forte sur ces quatre partis pour s’entendre. Il en est de la raison d’état et il n’est pas exclu que les Allemands optent pour cette coalition bizarroïde dite « jamaïcaine » ou le « consensus mou » va voler en éclat. La culture de débat a trop fait défaut, le consensus a trop dominé et les Allemands se sont ennuyés, ce qui n’est jamais bon car cela donne des arguments à l’AFD.

Le débat à venir est en cela réjouissant car il pourrait aboutir, in fine, à un compromis qui permettra de gouverner jusqu’aux élections de septembre 2021.

Synthèse par Jean-Michel Eychenne membre du Cercle

[1Secrétaire général du Comité d’Etudes des Relations Franco-Allemandes (CERFA) à l’IFRI.
Professeur de civilisation allemande contemporaine à l’Université Paris-Sorbonne}}}

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