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Quelle place pour les religions dans la société d’aujourd’hui ?



mise en ligne: samedi 17 décembre 2005


Libre Opinion

Les réactions controversées de certains chrétiens*2 au préambule de la Charte européenne des droits fondamentaux reposent directement la question de la place des religions dans les sociétés sécularisées. Cette interrogation révèle à l’évidence une inquiétude sur l’avenir - pour le catholicisme en particulier dont la place n’est plus aujourd’hui ce qu’elle a pu être par le passé.
Ainsi formulée dans l’espace public, il est certain que cette question ne concerne pas seulement les fidèles. Parce qu’elle est - surtout en France - éminemment politique, elle concerne l’ensemble des citoyens et l’on sait qu’historiquement, chaque fois que ce débat a été soulevé, il a été tranché par les institutions. Normal, car au fond ce sont nos libertés fondamentales qui sont en cause.
Mais de quoi s’agit-il ? Des religions en tant qu’institutions témoins et animatrices de la foi des Hommes ? Des religions en tant que patrimoine culturel, intellectuel et social de l’humanité ou des religions en tant qu’objet de science ? Selon le statut retenu, l’analyse diffère.
Depuis plusieurs siècles, les sociétés occidentales sont engagées dans le processus de sécularisation et toutes les religions l’ont accepté, en premier lieu la religion catholique - malgré des résistances. En France, les courants de pensées séculiers qui ont milité pour la laïcisation ne considèrent plus les religions comme une menace pour l’unité de la République. Il ont désormais admis que la diversité, le pluralisme cultuel et culturel ne mettent pas en cause son unité, que la raison ne rend pas compte de tout, que les voies de la spiritualité sont diverses et que bon nombre de nos contemporains ont fait d’autres choix pour donner sens à leur vie. Séparée de l’Etat, la religion ne fait plus problème dans l’espace social public tant qu’elle demeure une réponse proposée et non une vérité qui s’impose. Il faut donc simplement veiller ˆ l’application rigoureuse de la loi qui a apporté l’équilibre et la paix civile et garantit la liberté de conscience, la liberté de culte et la non ingérence réciproque Etat /Eglises.
Mais les religions ne sont pas seulement des institutions de foi, elles sont aussi constitutives du patrimoine de l’humanité et des cultures, notamment politiques, qui en résultent. Il est donc indispensable de se préoccuper de la transmission de cet héritage aux générations futures,
transmission sans laquelle une bonne partie de nos identités nationales demeurent incompréhensibles.
C’est, entre autre, l’enseignement des religions à l’école qui est ici concerné, mais pas seulement. La transmission est aussi une question politique qui suppose des choix et
des démarches. Mais dans ce domaine, jusqu’où aller ?
Enfin, il va de soi que les religions doivent continuer d’être des objets d’étude approfondis dans les instituts universitaires de recherche, en veillant aux équilibres pour que toutes les religions
soient également étudiées.
Ceci étant rappelé - qui ne souffre pas de contestation - où serait aujourd’hui le problème quant à la place des religions dans une société sécularisée ? Rien ne les empêche de participer aux débats publics sur les questions vives de la société contemporaine o leur point de vue peut s’affirmer dans le cadre ouvert du débat
démocratique. Voudraient-elles prétendre à plus, à une sorte de légitimité morale, publiquement reconnue, qui finirait par avoir force de loi ? Ce temps est révolu. Si les religions sont toujours un "réservoir de sens" pour nombre de nos concitoyens, ceci ne les autorise pas à se prévaloir d’un monopole en la matière. Sans doute ont-elles encore un effort ˆ
faire pour considérer qu’une morale non transcendante, qu’une spiritualité d’essence non religieuse, qu’une pensée sans le soutien de la foi, peuvent - tout autant - être "chargées de sens". A l’inverse, refuser l’apport des philosophies religieuses serait tout aussi stupide.
Le problème de la place des religions est en définitive ailleurs selon moi : dans l’inégalité de traitement ! Dans une République censée garantir l’égalité entre les cultes il reste actuellement toujours plus facile de pratiquer le culte catholique que le culte musulman. Cette inégalité, si elle s’explique par l’histoire, ne se justifie pas pour autant. Un traitement égalitaire doit s’imposer dans les faits. On est encore loin du compte.

*1- Michel Morineau est président de la Fédération des Oeuvres laïques de l’Yonne ; administrateur du Cercle Condorcet de Paris
Il est l’auteur :
- du rapport national de la Ligue, en 1986 et 1989, "Une laïcité pour l’an 2000"
- du rapport "Laîcité et Islam : l’intégration des musulmans dans une France une et diverse " en septembre 2000.

*2- Parmi lesquels : Hyppolyte Simon, évêque de Clermont. Témoignage Chrétien (campagne de signatures), Guy Coq, Edmond Vandermeersch.

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