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sommaire de la Lettre N°44, Mai juin 2018


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La diplomatie française au péril des valeurs ?

Plénière du 14 février 2018



mise en ligne: jeudi 17 mai 2018


La diplomatie française au péril des valeurs ?

par Jean de Gliniasty [1]

 [2]

° Dialogue Nord/Sud :
° Coopération avec la Russie, malgré la guerre froide.
° Présence forte en Afrique au risque de connivence avec les régimes en place.
° Soutien aux droits légitimes des Palestiniens, lui-même base d’une politique arabe dynamique.
° Autonomie militaire fondée sur la dissuasion et l’absence de
participation à l’organisation militaire intégrée de l’Alliance atlantique.
° Construction européenne reposant sur le couple franco-allemand.
° Respect des nations et des Etats indépendamment de tout a priori idéologique.

Jusqu’en 2003, cette ligne de politique étrangère a fait l’objet d’une large unanimité dans l’opinion française.
Et puis, en 2003, il y a eu ce coup d’éclat extraordinaire dans la ligne de la politique anté-rieure. Ce fut le refus quasiment héroïque de la France de donner l’aval des Nations Unies à l’invasion de l’Iraq. C’est le fameux et très beau discours de Dominique de Villepin suivi d’une standing ovation (ce qui ne s’était jamais vu depuis 1946), où il disait entre autre :
« … Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur. »

Ces paroles ont suscité un réel enthousiasme mais aussi et surtout, une réaction extrêmement violente du pays alors tout puissant : les Etats-Unis. Dans la période qui a suivi, la France a subi une campagne de mise à l’index, de manifestations d’hostilité, de difficultés de tous ordres suscités par la diplomatie américaine – très clairement anti française.

Six mois après, lors d’un vote au Conseil de Sécurité, la France a entériné – a posteriori – la présence américaine en Iraq, avec un « habillage » ONU. Ce fut le début d’une descente aux enfers de la diplomatie française. On ne pouvait plus jouer le jeu subtil de la diplomatie gaul-liste entre l’Est et l’Ouest. Le monde était devenu unipolaire.

Et lorsqu’on regarde le bilan le plus récent, au sujet des Révolutions arabes, on ne peut que constater que l’on a littéralement contribué à la destruction de régimes laïques, certes des dictatures, mais qui étaient des régimes laïques : après l’Iraq, la Lybie, la Syrie – on a encou-ragé une révolution en Egypte – qui a mis au pouvoir les Frères Musulmans et maintenant un régime encore plus dur et répressif qu’il ne l’était sous Moubarak.

On a été pris par une espèce de culte français des révolutions, parce que les révolutions c’est sympathique pour nous. Mais on s’est abstenu de faire une véritable analyse, une analyse his-torique : toutes ces révolutions arabes étaient différentes.

Du côté arabe, du Moyen-Orient, cette politique a conduit à un désastre total qui a en plus abouti à notre éviction du théâtre diplomatique. Nous étions les défenseurs des intérêts des communautés latines au Moyen Orient. La France défendait traditionnellement les commu-nautés chrétiennes depuis la capitulation signée avec Soliman le Magnifique en 1535.
Actuellement, le seul pays qui donne l’impression de défendre les communautés chrétiennes au Moyen Orient, c’est la Russie, alors que c’était autrefois le rôle traditionnel de la France.
Donc, « on était » [3] … Nous avons perdu notre capacité d’influence et nous sommes, ipso facto, exclus du pro-cessus de négociation.

Diplomatie européenne à l’Est

Dans la crise Ukrainienne nous ne nous sommes pas mieux illustrés. Une diplomatie plus intelligente aurait pu donner les garanties nécessaires pour que ce pays devienne un pont et non pas le vecteur de l’apparition d’un nouveau Rideau de Fer.
Nous avons fait une très grosse erreur en laissant la main à la Commission très proche à l’époque des Etats-Unis, de la Pologne, des Etats Baltes, principaux animateurs de ce que l’on a appelé le partenariat oriental, qui excluait la Russie dès le départ et qui avait pour fonction essentielle d’attirer à l’UE un certain nombre de pays qui étaient dans l’orbite soviétique.
Mais c’était un problème politique. Il fallait négocier avec la Russie ; ce que ni la France, ni l’Allemagne n’ont su faire en Novembre 2013, et qui a conduit aux évènements que nous connaissons.

Tout cela n’est pas qu’une descente aux enfers. Il y a eu quelques sursauts et il faut rendre hommage à la décision du Président Hollande d’inventer – contre le vœu des Etats-Unis – « le Format Normandie » et de réunir sur les plages du débarquement : Poutine, Porochenko, le nouveau Président Ukrainien, l’Allemagne et la France. Obama n’a pas voulu s’y joindre, obligeant François Hollande à faire deux dîners le 5 juin au soir : un pour Obama et un pour Poutine.

Le Format Normandie était une bonne initiative qui a conduit aux accords de Minsk. La France, l’Allemagne, la Russie et l’Ukraine se sont mis d’accord sur une de feuille de route.
Les premiers accords de Minsk ont été signés en septembre 2014 mais ont échoué car ils n’avaient pas la garantie des grandes puissances : Allemagne, France et Russie. Les accords Minsk 2 ont été signés en février 2015 et ont toujours valeur d’accord. Ils régissent la solution politique pour la crise ukrainienne. Mais il a fallu se battre au Conseil de Sécurité pour obte-nir que cet accord de paix soit entériné par le Conseil, en particulier contre les Anglais les Américains pour qui « ce n’était pas leur chose ».

Après ce survol un peu affligeant du passé récent, y aurait-il une possibilité de créer un nouveau gaullo-mitterrandisme ?

L’hypothèse n’est pas exclue et même possible puisque notre nouveau Président a fait référence à ce concept dans sa campagne électorale. Si l’on reprend les principaux marqueurs de ce gaullo-mitterrandisme il y a d’abord le renouvellement du partenariat avec l’Allemagne.
Il y a une nouvelle politique Nord-Sud. De Gaulle l’avait commencée à sa façon, via la déco-lonisation. Giscard l’a continuée. Mitterrand l’a lui aussi poursuivie avec Cancun. Manifeste-ment notre gouvernement actuel réfléchit beaucoup à cette question.
Autre héritage du gaullo-mitterrandisme : nos relations particulières avec l’Afrique, avec ses côtés sombres et ses côtés clairs.
Côté sombre, c’est ce que l’on a appelé – souvent à tort d’ailleurs – « la France-Afrique », et bien que nous n’ayons pas à intervenir dans l’évolution interne des régimes, nous avons quand même une responsabilité dans des pays qui ont été si proches de nous. Mais la FA c’était surtout une très grande familiarité, une très grande connaissance, un échange perma-nent par la présence d’africains sur le sol français et vice et versa. Manifestement, le Président actuel voudrait y revenir.

Comme autre critère du Gaullo-Mitterrandisme : la relation particulière avec la Russie, évi-dente du temps de De Gaulle avec son voyage en 1966, mais évidente aussi avec Giscard, Pompidou. Evidente avec Mitterrand et sa relation avec Gorbatchev. Evidente aussi avec le 1er Chirac.

Relation avec le monde arabe car, entre la décolonisation qui a permis d’établir des relations normales avec le monde arabe, puis la succession de déclarations sur les droits des Palesti-niens à avoir un Etat, toujours contrebalancées par le droit d’Israël à l’existence. Tout ceci constituait une politique très cohérente. En fait, cela a disparu après la mort de Rabbin, du fait de l’évolution même d’Israël et des contradictions internes du monde arabe. Il est clair que l’on n’a plus de politique arabe. Elle se résume à une politique commerciale avec les pays du Golfe. Et là il y a un gros point d’interrogation : allons-nous nous aligner sur l’axe anti-iranien : Israël, Washington, Ryiad ? Ce qui serait une réorientation majeure de notre poli-tique arabe. La tentation existe manifestement.

Autre marqueur : la continuité réelle de la position sur la dissuasion nucléaire commencée sous De Gaulle jusqu’à maintenant. Le nouveau budget de la Défense est un budget qui veille à la mise à niveau de la force de dissuasion.

Contrairement à ce que l’on pense, De Gaulle avait en fait lancé la construction européenne. Continuité permanente, certes, mais qui pose des problèmes maintenant que l’Europe est à 28. Avant chaque Conseil, 1/3 des Etats européens prennent leurs instructions à Washington.
Entre ceux qui craignent l’impérialisme russe d’un côté et les européens du sud qui craignent à la fois les migrations sauvages et puis Daech et l’Islamisme… l’accord est-il possible ? Ce sera difficile…

En conclusion ?

Je reviens aux valeurs. Qu’est-ce qu’une diplomatie ?
Une diplomatie, c’est en fait un moyen de faire la paix avec celui qui ne vous ressemble pas, qui est différent de vous, voire hostile. C’est un moyen de garder les équilibres, sans recourir à la guerre et sans recourir à la domination absolue quand elle est possible.

La référence permanente aux valeurs est le symptôme de la politique menée depuis plus de dix ans : Démocratie, Droits de l’Homme et la tentation permanente de punir et de sanctionner ceux qui ne les respectent pas, qui ne se réfèrent pas à ce modèle – modèle qui est un modèle occidental mais qui connaît des variations selon les pays.
La France fait de la Laïcité une valeur fondamentale pour sa propre société, mais cette valeur-là n’est pas partagée par nombre d’Etats du monde occidental. La seule valeur qui est à peu près partagée dans cette partie du monde, c’est la séparation de l’Eglise et de l’Etat…et encore, je dis « à peu près ». Ce qui est sûr, c’est que d’autres pays, ayant signé les conventions sur les Droits de l’Homme et les droits économiques et sociaux, ne sont manifestement pas à des stades de sociétés où l’on respecte ces droits aussi facilement qu’ailleurs.
Il résulte de ceci que si l’on fait de la promotion de ces valeurs l’alpha et l’oméga de notre politique étrangère, le risque est grand. On risque la croisade, la mise en place d’une idéologie violente (islamisme ou autre), qui nous dit : « vos valeurs ne sont pas les nôtres, on n’en veut pas ; on cultive les nôtres et Dieu sait qu’elles sont incompatibles avec les vôtres ».
Même du côté russe, il y a maintenant une véritable idéologie de conservatisme russe : « l’occident décadent met l’accent sur l’individualisme à outrance, alors nous, nous le met-tons sur les valeurs collectives de la société ». Il s’y construit une sorte de modèle intellectuel axiologique, différent du nôtre, bien qu’il puise à des sources communes.

S’appuyer sur les valeurs, c’est donc susciter immédiatement une réaction et c’est faire ainsi abstraction de ce qui est le but ultime de la négociation : construire un monde de paix avec des gens différents, aux valeurs souvent opposées. Du temps de la guerre froide, les atlantistes pensaient que la sécurité française (sécurité physique, matérielle…) était l’objectif d’une bonne diplomatie et était mieux assurée sous le parapluie américain, alors que les gaullo-mitterrandiens, les gaullistes, pensaient que la sécurité française était mieux assurée par une politique étrangère et une dissuasion autonomes.
Donc, deux approches différentes des intérêts à défendre : commerciaux, politiques, sécuritaires…. Mais les intérêts, c’est un problème important pour notre diplomatie.

Parler des valeurs, quelle que soit la vision que l’on a de nos intérêts, c’est œuvrer à l’encontre même de ces intérêts. C’est surtout ignorer ce qui est à mon sens la vocation fondamentale de la diplomatie française, c’est à dire d’apporter la paix aux Nations dans leur diversité et dans le respect de leurs spécificités.

Notre Président a fait référence au Gaullo-Mitterrandisme. On en reconnait des prémices dans sa politique étrangère, mais subsistent encore beaucoup de points d’interrogation.

Synthèse par Françoise Le Berre et Bernard Wolfer

[1Jean de Gliniasty est diplomate. Il a occupé plusieurs postes au Ministères des Af-faires Etrangères. Il a été Consul général à Jérusalem, puis ambassadeur au Séné-gal, au Brésil et enfin à Moscou. Il est aujourd’hui directeur de recherche à l’IRIS. Il a publié Une certaine idée de la France dans le "Monde Diplomatique" d’octobre 2017...) et un livre La diplomatie au péril des valeurs, 2017- Ed l’Inventaire.

[2In : article du Monde Diplomatique d’octobre 2017 sous la signa-ture de Jean de Gliniasty

[3ouvrage de Pascal Boniface « je t’aimais bien tu sais… »

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