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sommaire de la Lettre N°11 de la lettre en octobre 2003

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Une France juste et forte


mise en ligne: vendredi 17 octobre 2003


Le résultat des élections des 21 et 28 mars a été une surprise pour beaucoup. Alors que le gouvernement Raffarin semblait vouloir réformer la France, il a été durement sanctionné. Ceci signifie-t-il qu’il est impossible de conduire des réformes en France et que ce pays est condamné au déclin ?

Le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin a pris ses fonctions dans un contexte particulier : présence de Jean-Marie Le Pen au second tour, sursaut affectif entre les deux tours, raz-de-marée de la droite aux législatives, ... la droite disposait alors d’un contrôle quasi-total de tous les pouvoirs en France et dans les régions. Elle s’est donc sentie mandatée pour mettre en œuvre son programme de réformes.

Après un certain état de grâce et une bonne gestion de la crise irakienne par Jacques Chirac et Dominique de Villepin, les masques sont tombés.

Le gâchis lié à la réforme de l’indemnisation des intermittents du spectacle est un vrai cas d’école. Sous la pression d’un MEDEF toujours plus réactionnaire et qui ne défend plus ni l’entreprise ni l’intérêt général, le gouvernement s’apprêtait à entériner une forte baisse des indemnités des artistes et techniciens. Cette ligne avait été avalisée par quelques syndicats minoritaires, sous prétexte que cela pérennisait un système plus favorable qu’à l’étranger.

La forte mobilisation a révélé les vrais enjeux :
- beaucoup d’intermittents ont un revenu proche ou inférieur au SMIC,
- à l’opposé : des maisons de production tellement rentables, qu’elles n’osent pas publier leurs bilans, abusent du régime pour accroître leurs marges,
- la précarité est souvent de mise dans le service public qui, lui aussi, abuse du système,
- la culture et les festivals induisent des créations de richesses économiques importantes (et des emplois) dans le tourisme, le commerce, l’hôtellerie, ... et souvent dans des villes moyennes.

Au lieu d’essayer de toujours diminuer les indemnités des plus faibles, une démarche visant à :
- analyser le problème véritable et à écouter les personnes concernées,
- limiter les abus,
- subventionner éventuellement la création (ce qu’a fini par proposer J. Chirac) ou le régime spécial
- organiser une nouvelle rencontre dans dix-huit mois pour analyser l’efficacité des mesures proposées,
aurait permis d’éviter un grand gâchis comme Avignon ou Aix-en-Provence !

Une telle attitude aurait nécessité des ministères plus indépendants de la frange la plus radicale du MEDEF ainsi qu’une volonté politique de ne pas toujours pressurer les plus faibles.

Cette forte régression sociale est la marque de fabrique des gouvernements Raffarin :
- diminution des crédits pour les entreprises d’insertion.
- suppression de la formation dans certaines prisons (on en construira de plus grandes pour parquer les récidivistes !)
- remise en cause des CES et instauration d’un RMA très insatisfaisant
- difficulté accrue pour l’ANPE à remplir sa mission et remise en cause de certaines indemnités.
- augmentation non négociée du prix de la carte orange en Région Parisienne.
- pression sur les retraités (indexation des retraites sur les prix et non plus sur les salaires ; durée de cotisation plus longue)... sous prétexte d’égalité, alors que cette réforme va conduire à la baisse des retraites des plus faibles.
- déremboursement de certains médicaments populaires produits par des petits laboratoires.
- durcissement de l’accès à l’ASS (406€ par mois)
- ....

L’OCDE rajoute son couplet libéral en préconisant une baisse du SMIC qui - selon cette organisation - serait trop élevé en France. Ces fonctionnaires internationaux, grassement payés et exonérés d’impôts, se posent-ils la question de savoir comment on vit avec 1000 € par mois en France ?

Les résultats des 21 et 28 mars ont sanctionné une politique ultra-conservatrice et non l’impossibilité de faire des réformes. Un optimiste pourrait même avancer que la période récente a mis en exergue les verrous à faire sauter pour arriver à des réformes parfois difficiles :

- absence « d’éthique de la discussion » ou de débat : la grande majorité des Français n’a absolument aucun moyen de se faire entendre si ce n’est par des manifestations parfois violentes.
- coupure des « élites » politiques, administratives ou syndicales de ce que vivent 80% des Français.
- mise en avant « d’experts » qui se réfugient derrière un langage difficile ou derrière la complexité des problèmes pour ne pas présenter des choix clairs aux Français. De plus, l’indépendance de nombreux experts est souvent sujette à caution ; quand ces experts ne représentent pas qu’eux-mêmes...
- focalisation sur des slogans médiatiques faciles à communiquer comme l’égalité public/privé pour la durée de cotisation des retraites.
- utilisation de boucs émissaires (l’Europe, la mondialisation, les immigrés, ...)
- écrans de fumée et bruits médiatiques sur des sujets mineurs alors que les problèmes majeurs ne sont pas traités : « Tout changer pour que rien ne change ! »

Les Français sont donc prêts à faire des sacrifices et à accepter des réformes, mais seulement si elles sont justes (ne pas alourdir la charge des ménages les plus modestes pour baisser les impôts des plus favorisés !) et si elle préparent l’avenir et une France forte (cf : l’écho des revendications des chercheurs du secteur public !).

La gauche et, au premier chef, le parti socialiste devront faire un choix stratégique : va-t-elle élaborer un vague programme en espérant que l’incurie de la droite lui offrira le moment venu le pouvoir ou va-t-elle s’atteler à la définition d’un projet ambitieux et vraiment de gauche ?

Le choix de la première solution fera errer la gauche de divines surprises (législatives de 1997 ou régionales de 2004) en catastrophes apparemment inexplicables (2002). L’élaboration d’un projet pour une France juste et forte demandera du courage et sera peut-être moins payant électoralement à court terme mais elle permettra à la gauche de reconquérir les couches populaires qui ont permis ses plus grands succès.

Une France forte est indispensable pour avoir une France juste. En effet, les slogans faciles du style : « faire payer les riches » et les politiques de redistribution massives et passives ont nettement montré leurs limites. D’autre part, les Français ont clairement exprimé leur rejet d’une politique qui génère toujours plus d’inégalités (croissance du nombre de SDF et de RMIstes, explosion du nombre de repas servis par les Restos du Cœur, constitution de ghettos où la désespérance croît chaque jour, désindustrialisation massive, ...). De même, il faut cesser de présenter des Français payés un peu au-dessus du SMIC ou ayant quelques avantages annexes comme des privilégiés surtout quand on voit les indemnités de départ de certains cadres ayant conduit leur entreprise au bord de la faillite.
Le retour d’une politique favorisant la croissance notamment via la croissance des salaires directs, l’investissement (recherche, formation, infrastructures, logement et réhabilitation des quartiers abandonnés, services publics, ...), la coopération plutôt que la confrontation (en France, mais aussi vis-à-vis des pays en voie de développement), ...doit être au cœur du nouveau projet de la gauche qui doit abandonner ses penchants libéraux.
Dans ce contexte, L’Europe peut tout autant s’avérer être un excellent atout que le pire des ennemis. Si l’Europe continue à être dominée par l’idéologie libérale et les lobbies, la désindustrialisation continuera, les ressources financières des Etats seront asséchées, la démographie restera défavorable, ...
À l’opposé, une Europe misant sur l’intérêt général, sur la recherche , sur la formation, sur les services publics (et non sur la concurrence), sur la construction d’infrastructures, sur le développement social des nouveaux membres (et non sur leur dumping social), .. permettra à ses membres de se renforcer et de mener une politique sociale ne laissant personne sur le bord du chemin. Cette stratégie est totalement opposée à l’orientation actuelle des institutions Européennes. Il est d’ailleurs intéressant de voir que la « stratégie de Lisbonne » visant à faire de l’Europe une zone d’excellence et de développement essentiellement en suivant des méthodes libérales n’a même pas connu le moindre début d’application car toute politique structurée est bannie.

Les problèmes que connaissent la France et l’Europe sont colossaux. S’y attaquer nécessitera une véritable vision de l’intérêt général et la volonté de passer d’une logique de confrontation par le marché à une logique de coopération à l’intérieur de l’Europe et avec les pays en développement. La gauche privilégiera-t-elle les petits calculs électoraux à court terme ou aura-t-elle le courage d’essayer d’élaborer un projet pour une France juste et forte dans une Europe juste et forte ?

Michel Cabirol, co-président du Cercle Condorcet de Paris

Co-président du cercle Condorcet de Paris



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