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sommaire de la Lettre N°11 de la lettre en octobre 2003

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" Idées/Société "


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Plénière du 30 octobre 2003
Crise du lien social : Quel remède ?



mise en ligne: jeudi 30 octobre 2003


Qu’est ce que le lien social ? Les personnes sont liées entre elles par un jeu de droits et de devoirs : dans un groupe, entre les groupes, entre les générations, dans des territoires, dans des institutions. Nous nous tenons tous les uns aux autres et nous tenons les uns aux autres.

Y a-t-il une crise du lien social ?
Allons nous vers une anomie sociale ? Une approche de terrain telle que celle conduite au sein de « Solidarités nouvelles face au chômage »1 permet de constater que le chômeur est une personne qui n’a plus personne à qui parler de manière libre. Il ne peut le faire avec les personnes avec qui il devrait le faire (employeurs, agents de l’administration, membres de sa famille...). Or, ces personnes ont besoin d’un lien social qui ne soit pas enfermant.
« Faire lien » est une valeur essentielle dans une société, or la nôtre a considérablement décliné dans ce domaine. Ainsi, l’exclusion, le chômage ne sont pas perçus comme des catastrophes et la solidarité ne joue pas. Le demandeur d’emploi rétracte ses liens sociaux au moment même où il devrait les densifier et l’entourage fait de même à son égard, c’est à dire : prend ses distances vis à vis de lui. L’exclusion générée par la perte d’emploi créée, de fait, une réduction du lien social.
Cependant, d’autres liens existent dans la société. Les contacts s’y multiplient, grâce aux techniques modernes de communication sans pour autant constituer des liens sociaux. Ces contacts sont libres, mais peu engagés. Ils obéissent par ailleurs à un principe de rentabilité croissante. On pourrait dire que le libéralisme a pénétré l’affectif.
Peut-on considérer qu’il y a une érosion du capital social ? Putman a bâti une théorie du capital social très intéressante selon laquelle il existerait des cycles de croissance et de décroissance du capital social celui-ci étant caractérisé par l’existence de réseaux ouverts où des valeurs communes sont reconnues et mises en œuvre dans la confiance.
En France on assiste à la montée de la solitude : divorces, familles monoparentales, sont en augmentation. Les relations de travail ne sont plus source de solidarité comme elles ont pu l’être par le passé.
On peut donc considérer qu’il y a un déclin des formes de solidarité anciennes. Pourtant, l’entraide continue de fonctionner (inter-générationnelle par exemple). On observe également une grande vitalité de la vie associative, même si celle-ci n’est pas aussi importante que dans d’autres pays. Les dernières enquêtes montrent que dans la hiérarchie des valeurs, la famille est classée en tête par les français. Dans les quartiers aussi il existe des liens importants, même s’ils ne se manifestent pas sous une forme classique, et revêtent celle de la « bande », voire de l’ethnie.

Comment expliquer tout cela ?
 La crise de l’emploi est bien là ; les gains de productivité sont plus faibles qu’auparavant, le coût du travail a plus de lien avec le chômage qu’avant, la sélectivité dans l’accès à l’emploi s’est accrue. Ainsi se développe une instabilité, voire une dissolution du lien social lié à l’emploi.

1 www.snc.asso.fr

 A cette crise vient s’ajouter une crise du sens. L’homme a des difficultés à se situer par rapport aux autres. Le déclin de la religion, des idéologies, interviennent à un moment où les désirs explosent. Or, les moyens de les satisfaire ne suivent pas, ce qui entraîne une frustration et par conséquent l’incapacité à se situer par rapport à l’autre.
 Simultanément, le lien politique a perdu de son influence car il n’assure plus la médiation avec la population. Les gens ne croient plus que la politique puisse les aider. Le lien politique fonctionne beaucoup moins bien qu’auparavant sauf parfois au niveau local. En outre, nous n’avons pas de tradition de négociation collective et les syndicats ne jouent pas réellement un rôle de médiation. La solidarité repose sur l’Etat, elle est reportée vers l’Etat, dans un climat très individualiste.
La modernité a apporté des valeurs de liberté, de progrès technique et d’ouverture mais, d’une certaine manière, tout ceci bouscule le sens. Par le passé, tout avait été axé sur le progrès technique, or « le plus » qu’il apporte actuellement est de moins en moins évident. Ceci affecte évidemment le sens et donc le lien social. Il semblerait que nous ayons actuellement les inconvénients du système moderne et du système traditionnel sans en avoir les avantages.
Il est donc nécessaire de redéfinir un équilibre qui peut être obtenu par le renforcement de la démocratie. Si on ne le fait pas nous allons vers une montée des systèmes réactionnaires.
Ainsi, il nous faut trouver de nouvelles régulations, agir en profondeur, prendre du champ. Comment la politique en démocratie peut-elle produire du lien social et du sens ?

Que faire ?
 C’est le système de valeur qu’il faut reconstruire avec pour base une vision de l’Homme. Il s’agit de combattre l’individualisme, car nous sommes le produit de la société avant d’être nous-mêmes. La personne se construit à travers le don anthropologique, car avant le « je » il y a le « nous ».
 Il est nécessaire de sortir de l’approche matérialiste de la personne. Celle-ci doit composer entre ses besoins matériels, relationnels et spirituels. La question du sens actuellement est privatisée et notre société écrase tout sous les besoins matériels.
 Il faut à la fois résister à la dislocation du lien social, trouver de nouvelles régulations
 et avoir une certaine utopie. La grille résistance - régulation - utopie - doit servir à construire de nouveaux projets. 2
 La redistribution sociale doit donner la primauté à l’emploi dans les politiques publiques.
 Il faut retrouver un statut de travailleur.
 Il faut prendre à bras le corps le problème de l’exclusion qui est différent de celui de l’exploitation. On ne lutte pas contre l’une comme on lutte contre l’autre. Il est nécessaire de casser la relation entre baisse de l’exclusion et montée de l’exploitation.
 Il faut inventer une nouvelle articulation entre l’Etat-providence, la vie associative et la société civile.
 Construire un projet politique à partir de ces actions. C’est à dire qu’il s’agit de poser la question de l’éthique de la discussion. Habermas considère que la notion du bien est différente pour chacun d’entre nous et doit être abordée avec des règles de dialogue précises (partage de l’information, acceptation du vécu des gens, travail sur les finalités etc..) Ainsi, fabriquerons-nous du sens et du lien social du même coup.

2 - voir J.B. de Foucauld, Les trois cultures du développement humain, résistance, régulation, utopie (Odile
Jacob, 2002)
 Enfin, nous avons besoin d’une culture de l’autre qui soit régulée par la démocratie. Celle-ci doit reposer sur l’exemplarité et non sur la force. Notre utopie c’est le fondement de la démocratie réalisée (chacun doit pouvoir réaliser le meilleur de lui-même).
 Les politiques publiques doivent s ‘attacher à produire du lien social, tâche nouvelle pour elles. Prestation sans relation ne vaut.

par Fadila AMRANI, membre du Cercle



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