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sommaire de la Lettre n°45 décembre 2018 janvier 2019


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" Idées/Société "


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Débat avec Philippe Lazar
mise en ligne mercredi 5 décembre 2018
Pourquoi prévoir le néologisme "Interconvictionnalité"
mise en ligne mercredi 5 décembre 2018
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Pourquoi prévoir le néologisme "Interconvictionnalité"
Plénière du 28 mai 2018

mise en ligne: mercredi 5 décembre 2018

POURQUOI PROMOUVOIR LE NEOLOGISME INTERCONVICTIONNALITE ?
Philippe LAZAR1

Plénière du 28 mai 2018

La démocratie, que ce soit dans notre pays, en Europe ou de par le monde, est de plus en plus heurtée, critiquée, par des religions ou des idéologies qui lui dénient sa légitimité ou lui opposent d’autres formes de gouvernement, quand elle n’est pas usurpée. La laïcité est un des fondements de notre démocratie républicaine. Elle est mise en question. Or elle est un principe qui permet la délibération entre personnes aux convictions différentes, en les mettant sur un pied d’égalité. Mais elle ne connaît pas les mêmes développements dans d’autres pays.
Dans le but d’œuvrer au développement de la citoyenneté européenne, le G3i, groupe de travail et de réflexion, international, interculturel et interconvictionnel, constitué d’une quinzaine d’hommes et de femmes de nationalités, cultures, religions et de philosophies différentes, souhaite promouvoir et approfondir un concept novateur « d’interconviction », c’est à dire de dialogue entres convictions non partagées, sur un principe de non conflictualité.
Philippe Lazar, co président de ce groupe, a développé pour nous ce concept.
La discussion, non reprise ici², a mis en évidence le besoin de pouvoir construire une démocratie sur des principes communs sachant qu’ils ne conduisent pas nécessairement au consensus quant aux pratiques citoyennes.
• L’exposé
La laïcité française se définit par trois principes plus un soit : un droit ou des droits, une interdiction ou des interdictions (ex : le voile) :
-  La liberté de conscience,
-  La liberté d’expression
-  L’égalité devant la loi
et la séparation des Églises et de l’Etat.
C’est une notion plutôt statique. La proposition du G3i est d’aller vers une notion plus dynamique qui serait d’organiser la discussion et l’action entre des personnes qui ont des convictions ou des croyances différentes, voire opposées, et ce, dans un espace public.
L’autre intérêt de cette initiative est de répondre à cette nécessité à l’international et surtout en Europe, de définir comment des personnes qui ont des convictions, des croyances, voire des religions différentes peuvent discourir entre elles pour établir quelque chose qui fait leur communauté sur l’essentiel des questions publiques, peut-être pas au niveau des représentations politiques, mais au niveau des assemblées locales, régionales ou interrégionales.
Les questions que pose cette charte sont :
- Comment peut-on passer de convictions qui sont des idées, pensées personnelles ou collectives représentant une certaine certitude, une certaine vérité, à quelque chose qui confronte des vérités différentes ?
- Comment, dans une société où l’on confronte des convictions, on peut arriver à déterminer quelque chose qui soit juste et appropriable par la majorité ? - Est-ce que l’organisation de discussions interconvictionnelles pourrait être un moyen d’ouvrir des chemins de paix ? Ce qui semble être aujourd’hui un objectif essentiel.
• L’origine du concept
D’où vient cette histoire de convictionnalité, de convictionnel ?
Le mot apparaît à la fin du siècle dernier quand Jacques Delors a parlé de la nécessité pour l’Europe « d’avoir une âme ». Il a alors utilisé ce terme d’interconvictionnel et de débats interconvictionnels.
Dans une démarche volontairement laïque, un petit groupe (15 personnes de pays différents) proches au départ des chrétiens de gauche anticléricaux s’est constitué. Très préoccupés par la construction européenne, mais aussi très agacés par la seule consultation des groupes interreligieux qu’organisait le Conseil de l’Europe s’agissant des grandes questions morales et philosophiques, ce groupe a essayé de trouver un mot qui permettrait de substituer à interreligieux un « inter autre chose », d’où le mot interconvictionnel.
L’intérêt pour ce terme résidait dans le fait qu’il s’opposait à interreligieux, mais le complétait par ailleurs.
Un premier colloque a été organisé en 2007 au Conseil de l’Europe, intitulé « Cohésion sociale dans une Europe multiculturelle » et un second en 2012 qui portait sur « Espaces et pratiques interconvictionnelles ».
Le concept était ainsi officiellement introduit dans le titre de la manifestation.
Alors, nous, Français avons le mot laïque et cette « merveille » qu’est la Loi de 1905. Nous pourrions en rester là et l’imposer à nos camarades européens.
Il se trouve cependant que ceux-ci n’ont pas tous la séparation des Églises et de l’Etat. Donc, leur imposer comme façon de gérer ces relations ne peut convenir à tous. La France n’est toutefois pas cependant le seul pays où existe une distance entre les pratiques religieuses et la réalité sociale et politique du pays concerné.
Il est donc nécessaire de réfléchir à la façon d’agir. Et c’est là qu’intervient le mot « conviction » avec sa richesse et en même temps sa capacité d’extension de la réflexion sur la façon de gérer les différences essentielles. Pas seulement les différences entre croyants et non-croyants, entre croyance et non croyance, mais l’ensemble des différences qui sont la richesse fondamentale d’un peuple, d’une nation, d’un ensemble de nations et qui est la base même de sa structure et de son organisation démocratique.
L’Art. 1 de la Charte donne la définition suivante d’une conviction :
« …un assentiment personnel de l’esprit tout entier : raison, volonté et sentiment. Sa signification et son intensité se différencient selon qu’elle est de nature religieuse, sociale, politique, culturelle. Ce qui la distingue d’une simple opinion ou d’un préjugé c’est qu’elle ne s’élabore que de façon réflexive dans chacun de ces domaines d’expression ».
Autrement dit, ce concept de conviction est un concept important qui traduit la façon d’exprimer ce qui nous tient à cœur, mais pas seulement, qui nous tient aussi par raison et en tant que personne et citoyen.
Et l’on se pose alors la question de la façon dont les convictions se construisent.
Elles viennent pour partie de la façon dont nous sommes environnés depuis notre naissance. Les contacts que nous avons avec nos environnements personnels divers où s’expriment des convictions différentes : relations familiales, et sociétales.
Les convictions ne se construisent qu’au travers de la confrontation avec d’autres convictions. On ne peut définir une conviction sans parler des autres convictions et par conséquent des relations interconvictionnelles.
Et c’est là que l’on rejoint d’une certaine façon ce que pourrait être le principe de laïcité, appuyé par ce raisonnement, soit : un principe de reconnaissance de l’altérité et de ses apports.
Nous sommes ce que nous sommes par construction personnelle mais aussi par respect de constructions qui ne sont pas nécessairement les nôtres.
Il y a deux façons de cohabiter avec elles :
- Essayer d’en faire quelque chose, de vivre ensemble, de faire société
- Ou simplement de les ignorer
En d’autres termes le concept d’interconviction est générateur de possibilités très riches ; par rapport aux individus, mais aussi par rapport à l’organisation de la société parce qu’il impose de reconnaître que la seule façon de parvenir à s’entendre avec des gens avec lesquels on n’est pas d’accord, c’est de reconnaître qu’il y a des convictions différentes et qu’elles sont respectables.
• Manichéisme ou interconviction
D’une certaine façon on peut choisir entre le manichéisme et l’interconviction. Deux attitudes possibles :
- Rejeter ceux qui n’ont pas les mêmes convictions que moi
- Refuser le manichéisme et dire que personne ne détient la vérité, que chacun est en quête d’une vérité, de « sa » vérité » ; qu’il y a une multiplicité de « quêtes de vérité » qui se complètent. Ces vérités parfois contradictoires font partie de la réalité du monde tel qu’il est et pas du monde tel qu’il serait si tout le monde se ressemblait, ce qui serait d’une tristesse infinie.
Donc, le concept d’interconviction, ce néologisme dont on ne peut se passer – dépasse le seul problème de la confrontation des convictions. Il implique en soi la possibilité de dépasser la confrontation et de vivre, de travailler ensemble, même si l’on a des convictions différentes. C’est exactement comme la laïcité.
La laïcité n’impose pas une façon particulière de se représenter le monde avec ou sans croyance. C’est une façon de dire que l’on peut avoir des convictions religieuses ou philosophiques différentes et quand même vivre ensemble, et se respecter.
La finalité de l’interconviction c’est de voir jusqu’à quel point le fait d’avoir des convictions différentes interdit complètement de travailler ensemble.
C’est là que l’argument qui m’est parfois opposé à propos de cette idée et qui consiste à dire que « tout ceci ne convainc que les convaincus » est faux.
Si on lance ce concept tel que je l’ai défini, on s’aperçoit qu’il y a beaucoup de gens qui seraient d’accord pour essayer de jouer le jeu non manichéen, c’est à dire de voir jusqu’à quel point on peut travailler avec des gens qui n’ont pas les mêmes convictions que vous. Je pense que c’est un élément absolument fondateur.
En conclusion sur ce point, je dirai que l’interconviction c’est peut-être l’outil qui peut permettre de faire revivre la démocratie. En la matière, nous vivons une période très difficile.
Il y a dans le monde actuellement, de façon visible, une tendance évolutive qui ramène au système tribal : un chef, un sorcier. Le peuple suit le chef et le sorcier.
Nous avons donc un problème d’organisation de la démocratie. Le mot signifie : « le pouvoir du peuple », oui, mais comment se manifeste-t-il ?
Est-ce que le peuple a toujours raison ? Est-ce que le peuple avait raison de voter démocratiquement pour Hitler ? Est-ce que les français avaient raison de voter démocratiquement pour Mr Pétain ? Est-ce que les Italiens etc etc…
Autrement dit, la question de la relation du peuple au pouvoir est posée et je pense qu’une bonne façon d’essayer de rassembler le plus possible de gens autour de l’idée : « on peut travailler ensemble, même si l’on n’est pas complètement d’accord » est la seule façon de résister aux extrêmes qui tendent à nous remettre dans la situation précédemment décrite.
La question que je pose est de savoir si le manichéisme traditionnel (pour être clair : clivage gauche/droite – qui n’est pas le seul), si ce manichéisme traditionnel est de nature à répondre aux risques que subissent actuellement les sociétés démocratiques avec cette convergence vers l’idéologie du chef.
De ce point de vue le concept d’interconvictionnalité peut constituer – à condition d’être bien compris – une façon extrêmement efficace de dépasser les clivages existants qui sont certes enrichissants, qu’il faut respecter, qui ne sont pas nécessairement des oppositions absurdes, obtuses qui font que lorsqu’une certaine opinion s’exprime, l’opinion adverse, manichéenne détruit complètement l’intérêt de l’opinion exprimée.
Il y a donc un vrai problème et il semble, nous dit Philippe Lazar, que le concept d’interconvictionnalité bien compris et bien utilisé est de nature à aider à dépasser cette simplification abusive de l’organisation sociétale qui ne correspond plus au monde d’aujourd’hui.

Synthèse par Françoise Le Berre, membre du Cercle
1- Ancien Président de l’INSERM, Rédacteur en chef de la revue Diasporique



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