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Pourquoi la révolte des gilets jaunes
par J-C Henrard
Contribution au grand débat



mise en ligne: jeudi 21 mars 2019

J-C Henrard

La révolte des gilets jaunes est un indicateur du fossé qui s’est creusé entre les « élites politiques médiatiques, économiques, scientifiques et « le peuple ». Les premières sont censées bénéficier de privilèges en termes de revenus, d’accès aux services publics – écoles, universités, grandes écoles ; médecins, hôpitaux - et aux biens culturels. Ceux qui se disent « le peuple » ressentent de profondes inégalités économiques, sociales, culturelles territoriales et un certain mépris de la part des élites. Ils sont choqués par : des inégalités de revenus entre le 1% le plus riche et leur revenu, mais aussi par les avantages réels ou supposés des élus ; des inégalités devant l’impôt : d’un côté on supprime l’ISF d’un autre côté on augmente la CSG des retraités ; on taxe les carburants des voitures mais pas ou très peu le kérosène des avions ou le fioul lourd des bateaux géants des de croisière. Dans les faits, ils peuvent ne pas avoir accès aux services publics, ils sont non représentés au niveau du Parlement et du pouvoir exécutif, ils ont souvent un travail mal rémunéré d’où des difficultés à boucler les fins de mois.

Cette révolte des gilets jaunes a des causes systémiques qui remontent à la chute de l’empire soviétique voire, plus anciennement, à la conversion de l’Occident et de ses alliés au néolibéralisme à la fin des années 1970. Mais depuis cette chute, on assiste à l’accélération de la transformation du capitalisme en capitalisme financier mondialisé, qui prend le pas sur les pouvoirs politiques quand ces derniers n’en sont pas les alliés. Cette autonomisation de la logique du capital ignore les besoins collectifs pour ne s’intéresser qu’aux besoins solvables, tend à s’affranchir de toute contrainte sociale et environnementale et à étendre l’emprise des rapports marchands. Les conséquences sont environnementales, économiques, sociales et politiques.

La grave crise environnementale mondiale est marquée par le changement climatique, la réduction de la biodiversité, les multiples pollutions de l’air, de l’eau, des sols agissant sur les produits alimentaires et dont les premières victimes sont les plus pauvres.

Les conséquences économiques et sociales néfastes ont été fortement aggravées par la crise bancaire et financière de l’automne 2008 qui, partit des Etats-Unis entraina le monde dans une crise économique majeure. Elles ont été plus ou moins dramatiques selon les réactions des pays. L’accroissement de l’endettement des Etats est lié au sauvetage du secteur financier. La hausse des taux d’intérêt et de la sélection plus forte des emprunteurs notamment au niveau de certains pays de l’UE ont conduit certains ménages à être dans l’impossibilité de rembourser leurs emprunts -d’où la perte de leur logement -, à la réduction de la consommation des ménages et des investissements d’où une forte réduction de la croissance marquée par le chômage de masse. Sous la pression des marchés financiers et des règles budgétaires Européennes, des gouvernements ont visé le retour vers l’équilibre de manière prématurée avant que le chômage ait commencé à diminuer d’où la tendance à la limitation voire la réduction des dépenses publiques. Cette politique a conduit au moins disant fiscal et social entre pays de l’UE. En outre, les investissements nécessaires pour le développement des nouvelles technologies n’ont pas été faits, au niveau de l’UE, laissant le champ libre aux Etats-Unis et à la Chine.

Les liquidités injectées par les banques centrales pour pallier la crise ont été pour partie détournées de l’économie réelle et orientées vers la spéculation. Une minorité en a profité pour accroitre ses revenus et une aggravation des inégalités entre la majorité de la population et les 1% des plus riches aux revenus faramineux.

En France, pour réduire les déficits publics, la fiscalité a augmenté à partir de 2011 [1] . La politique de l’offre a, à partir de 2013, diminué la taxation des entreprises d’où une plus grande augmentation de la fiscalité des ménages. Pour réduire le coût du travail des exonérations de cotisations sociales patronales ont certes stimulé l’embauche mais d’emplois peu payés. Il en a résulté l’augmentation d’emplois précaires et n’assurant pas des revenus suffisants pour vivre. L’augmentation de la fiscalité des ménages ne s’est pas accompagnée d’une augmentation des prestations ni des services publics dont certains ont même été supprimés dans les zones rurales voire des petites villes en ce qui concerne les transports, les écoles, les services de soins.
Pour la première fois depuis la guerre pouvoir d’achat a baissé sur une longue période [2] .

Cependant la redistribution par des prestations sociales entre les 20% les plus riches et les 20% les plus pauvres a été maintenue ce qui explique la réduction partielle des inégalités par rapport à d’autres pays. Mais, l’état providence français a échoué à faciliter la mobilité sociale. L’école française est une de celles, qui parmi les pays de l’OCDE, participe le plus à la reproduction des inégalités sociales . [3]Ceci participe au pessimisme français quant à l’avenir aggravé par la fermeture d’entreprise source essentielle d’emplois dans les petites villes.

Cette crise a eu des conséquences politiques, avec montée des nationalismes populistes dans le monde (élection de Trump, de Bolsonaro, démocrature en Turquie etc.).

La montée des nationalismes en Europe s’est accompagnée du rejet de l’UE par une part croissante des peuples européens. Elle s’est exprimée à travers les résultats du référendum sur le Brexit, les régimes de démocrature dans certains pays de l’UE, les résultats des élections en Italie, Autriche, la montée des mouvements d’extrême droite aux Pays-Bas, en Belgique, en Grèce, en Espagne, dans les pays nordiques sans oublier la France où le Front/Rassemblement National caracole dans le haut des sondages. Elle est accompagnée d’un rejet des partis traditionnels démocrates-chrétiens et sociaux-démocrates dans les pays fondateurs de l’Europe, rendus responsables des effets négatifs attribués à la mondialisation. L’élection d’Emmanuel Macron illustre bien ce rejet des partis de gouvernements.

En France des facteurs structurels et des processus de gouvernement sont spécifiques. Parmi les facteurs structurels on peut souligner un exécutif souverain mal contrôlé par le Parlement, surtout depuis le quinquennat ; un parlement dont la composition n’est pas représentative des différents groupes sociaux. En termes de fonctionnement prédomine une verticalité du haut vers le bas dans l’exercice du pouvoir qui n’a pas d’équivalent dans les pays démocratiques, une attente de la part des citoyens de l’intervention de l’Etat pour régler les problèmes de toute nature tout en critiquant son interventionnisme. S’ajoute la faiblesse des débats démocratiques sur les grands enjeux sociaux, économiques, sociétaux confisqués par la technostructure s’appuyant sur les experts du courant dominant (économie, énergie) et les corporations dominantes (agriculture, santé, etc.) dans chacun des domaines. Enfin la révolte de la rue s’inscrit dans la culture et l’histoire du pays depuis des siècles.

Le comportement d’Emmanuel Macron, réformant en passant en force sans tenir compte des avis des corps intermédiaires, ses phrases choc passant pour des signes de mépris envers les gens exclus du marché du travail ou qui ne réussissent pas ont conduit à des manifestations de haine à son égard. Le gouvernement actuel en supprimant l’ISF en même temps qu’il diminuait les montants des APL, puis en augmentant la CSG des retraités a commis une erreur politique. L’ajout de la hausse des taxes sur les carburants sous prétexte contribution de la lutte pour le climat a constitué le déclencheur de la révolte avec le sentiment de l’absence d’équité entre les très riches et ceux qui peinent à boucler leur fin de mois et la sensation d’être oublié voire méprisé par les élites des « métropoles » dont le président de la république apparaît comme l’archétype.

En Bref, la révolte des Gilets jaunes est l’expression du fossé creusé entre « le peuple » et les « élites », entre les perdants et les gagnants de la mondialisation. Les facteurs qui y ont contribué sont mondiaux – la prise de pouvoir de la finance sur les politiques, la concurrence des pays à bas coûts -, européens -l’orthodoxie budgétaire et l’obsession de l’équilibre budgétaire pendant une phase de faible activité –, nationaux les conséquences de la politique de l’offre baissant les revenus du travail et le pouvoir d’achat, et de l’inadaptation du système scolaire à l’éducation de nouveaux publics maintenant les inégalités sociales, la structure et le fonctionnement du pouvoir exécutif aggravé par le comportement d’un président archétype de l’élite relativement néophyte en politique ainsi que de nombreux membres de son gouvernement et des nouveaux députés de son mouvement.

La réponse de l’exécutif à la révolte des gilets jaunes paraît être un rééquilibrage des prélèvements obligatoires : diminution de la fiscalité pesant directement sur les ménages, légère augmentation de celle pesant sur les entreprises, soutien au pouvoir d’achat des ménages d’actifs notamment des classes « moyennes » mais pas des retraités. Le grand débat organisé par le gouvernement permet aux élus notamment municipaux de retrouver un rôle, aux citoyens d’exprimer leurs doléances. Ce qu’il en sortira sera essentiel pour la sortie de cette crise. L’inflexion de la politique économique, une meilleure prise en compte de l’urgence environnementale, plus de participation des citoyens dans le contrôle des décisions politiques suffiront-elles pour mettre fin à la révolte. Des corps intermédiaires avancent des propositions intéressantes liant le défi environnemental et les problèmes économiques et sociaux qui devraient donner lieu à des décisions de l’exécutif pour y répondre.

En attendant la révolte se poursuit en se radicalisant car incapable de s’organiser pour établir un programme et de se constituer en mouvement politique et faisant le jeu des extrémistes de droite et de gauche. Ce faisant cette révolte perd le soutien d’une partie de la population qui faisait sienne les revendications des gilets jaunes.

[1La pression fiscale est passée de 25,5% en 2009 à 28,7% en 2018 soit plus de 80 Mrds d’euros.

[2Ainsi, en 2018, les revenus bas et moyens sont restés égaux à ceux de 2007. Le pouvoir d’achat moyen a diminué de 800 euros entre 2010 et 2018.

[3Les enfants d’ouvrier représentent 30% d’une cohorte d’âge et seulement 1% des effectifs de l’école polytechnique



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