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Nom de nom !



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Pour Hapsatou, Mohamed et Sibeth

Les générations peuvent se succéder, les réussites être visibles, il reste toujours un peu de la poussière des routes de l’exil sur les nationaux issus de l’immigration. S’il n’a pas été francisé, le patronyme sonnera au fil du temps comme un rappel de l’origine : les noms de Gambetta, de Pisani ou de Moscovici n’acquerront jamais la douceur angevine, champenoise ou normande des patronymes « bien de chez nous ». Bien sûr, le temps fera comme toujours son œuvre et l’oreille s’habituera à des patronymes nouveaux, comme elle l’a jadis fait pour les noms à consonance occitane, bretonne, basque… Mais en attendant il suffira d’un événement traumatique, par exemple d’une tension avec le pays d’origine, pour qu’une nationalité accordée soit délégitimée et que de nouveaux gestes de soumission soient exigés. Un événement traumatisant, un moment d’ébranlement de la conscience nationale peut faire que l’origine étrangère du nom redevienne élément à charge : Zola pouvait être célèbre et reconnu, mais au moment de l’affaire Dreyfus les pamphlets et caricatures l’ont néanmoins renvoyé symboliquement en Italie. Par prudence, beaucoup choisirent donc de franciser leur nom. Ce fut le cas pour nombre de juifs d’Europe de l’Est dans l’entre-deux-guerres (il est vrai – comme le disait Aragon dans « Strophes pour se souvenir », hommage au Groupe Manouchian – qu’à prononcer leurs noms étaient difficiles).

Voici qu’aujourd’hui cette question patronymique redevient brûlante. Longtemps, il avait semblé aller de soi de ne piocher que dans la liste des prénoms qu’offrait le calendrier des Postes. La libéralisation intervenue sur ce point dans les années 90 a vu fleurir toutes sortes de prénoms nouveaux, certains d’un goût douteux et aussi lourds à porter sans doute que les « Onésime » ou « Népomucène » d’autrefois. Cette nouvelle liberté est aujourd’hui mise en cause, mais ce n’est pas pour protéger les enfants de modes douteuses ou de décisions parentales inconséquentes. Ce que certains voudraient, c’est franciser autoritairement des patronymes et prénoms souvent doublement suspects en raison d’une consonance par trop exotique, ou encore – et surtout ! – en raison d’une connotation culturelle musulmane. On ne dira jamais assez combien peut être
traumatisante pour une personne la pensée que la nationalité (qui souvent a été obtenue après un difficile parcours du combattant administratif) pourrait n’être jamais totalement légitime. S’attaquer à un nom c’est dénier à celui qui le porte une pleine appartenance au groupe, c’est lui retirer le droit de cité. Comme dans un procès kafkaïen, il lui faudra sans cesse justifier par des preuves additionnelles une acquisition qu’il pensait incontestable. Pensons au traumatisme provoqué chez beaucoup par les « lois Pasqua » et les modifications du code de la nationalité sous le gouvernement Chirac. Une récente passe d’armes à la télévision entre Eric Zemmour, maître-penseur des droites extrêmes, et la journaliste Hapsatou Sy, a illustré avec éclat la sensibilité du sujet de l’origine, et souligné le glissement de la Droite vers un traitement de plus en plus autoritaire de la question identitaire. Une Nadine Morano a emboîté le pas à Eric Zemmour à propos de Sibeth Ndiaye : elle l’a fait sous un autre angle d’attaque, mais manifestement « Sibeth » et « Ndiaye » ne lui paraissent pas tout à fait catholiques.

On pourrait penser que tout cela n’est qu’anecdotique, ne relevant que de l’agitation médiatique, mais il n’en est rien : cette querelle des noms et des prénoms est révélatrice d’un glissement proprement communautariste au sein d’une République que l’on prétend protéger des particularismes identitaires ! On n’entrera pas ici dans l’interminable et toujours très actuel débat des historiens sur ce qu’est la nation, sinon pour rappeler que la longue agrégation qui, au fil des siècles, a vu enrichir la communauté nationale existante de nouveaux éléments, n’a pas suivi une voie irénique. La durée a été essentielle, et les conflits. Des changements substantiels (physiques, sociaux, culturels…) se sont conjugués au fil du temps en un remodelage incessant. Visage changeant et évolutif de la nation, tout comme l’a été sa langue dominante ! Les facteurs de la cohésion du pays ont été multiples et, parmi eux, essentiels, le frottement des usages et la pleine participation des nouveaux arrivants et de leurs descendants aux luttes pour l’égalité politique, sociale et sociétale. Suivre la dérive actuelle des populistes dans leur gestion autoritaire de la différence minerait un peu plus une démocratie déjà anémiée, creuserait davantage des inégalités déjà béantes. Constater cela, c’est affirmer que dans la diversité de leurs rythmes – et il faut accepter ce rythme différencié – les métissages physiques et culturels dessinent la seule perspective réaliste.

Revenons aux noms et prénoms pour, d’abord, une constatation de bon sens : si l’islam est la seconde religion de France, si le nombre des pratiquants est encore significatif, veux-t-on donner dans la persécution religieuse en interdisant des prénoms musulmans ? Au nom de quels principes républicains et laïques dévoyés ? Par ailleurs, regardons de plus près les faits : l’enquête « Trajectoires et Origines » nous y aidera, ainsi qu’une analyse récente spécifiquement consacrée aux prénoms choisis par les descendants d’immigrés. Au fil des générations, la palette des prénoms se diversifie chez ces derniers : la situation varie, et c’est normal, selon les régions et les cultures d’origine, mais l’on assiste partout à la même évolution, vers un rapprochement des choix avec ceux de la grande mouvance majoritaire. À côté des prénoms « traditionnels » qui se maintiennent pour des raisons de croyance ou de simple fidélité filiale, l’on voit se développer des prénoms composites, d’autres dont l’ambiguïté se veut positive, tous traduisant un double souci : celui d’éviter une rupture brutale dans la chaîne des transmissions familiales et en même temps celui de ne pas s’exclure du terreau culturel dominant. Les prénoms innovants allient subtilement des sonorités, les unes qui renvoient à la tradition, les autres davantage adaptées à la sensibilité majoritaire. L’enquête la plus aboutie concerne les immigrés originaires du Maghreb : à l’arrivée en France, « la part des prénoms arabo-musulmans est supérieure à 90%. À la génération suivante, encore près des deux-tiers d’enfants d’immigrés reçoivent un prénom arabo-musulman, mais leur registre culturel est plus ambigu (Nadia, Myriam). Les prénoms que reçoivent les petits-enfants sont, en 2008, proches de ceux que la population majoritaire donne à ses enfants. » Ce métissage-là nous dit aussi que la situation n’est pas bloquée, que la nation dont l’extrême-droite identitaire dénonce le délitement peut se transformer en souplesse et assoir progressivement un socle plus convivial. En bref : instaurer un ordre de la trique n’est pas la seule voie. Optimisme naïf ?

RB
15.08.2019



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