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Sommaire de la Lettre N°47, février 2020


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" Politique "


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Remue-Méninges à Condorcet
Plénière du 21 mars 2019



mise en ligne: lundi 17 février 2020

• De la démocratie en Europe, pour aller vers une Société plus juste...

Sans avoir prévu la crise de gilets jaunes, nous nous interrogions dans le premier remue-méninge sur la capacité de nos démocraties, en particulier en France, à prendre en compte les aspirations et besoins des citoyens. La fin des idéologies qui ont animé le XXème siècle laisse nombre de citoyens sans repères, d’autant plus qu’ils sont conduits dans des modes de vie et de relations de plus en plus individualistes, en particulier par la dépendance aux modes de consommation.

Deux interventions liminaires par les signataires de cette synthèse (Jean-Claude Henrard et Bernard Wolfer), ont permis d’engager le débat. En voici les principaux éléments.

Le capitalisme financier, avec celui des très grandes entreprises multinationales, tend de plus en plus à déterminer les orientations à venir du monde, laissant peu de pouvoirs aux citoyens, à leurs représentants. Et sauf à de rares occasions, ces grands pouvoirs capitalistes ne rendent pas de compte, sauf à leurs grands actionnaires. Il a été dit que la démocratie, telle que pratiquée, pouvait ne plus répondre aux aspirations des peuples et encourager le recours à des « populismes », aux natures parfois bien différentes. Dans ces conditions l’Europe peut apparaitre comme n’apportant plus un supplément de sécurité, d’autant qu’elle n’a toujours pas de vrai contenu politique, ni de « tête » qui la dirige (Jean-Loup Motchane).

De nombreuses questions ont été abordées et débattues ce soir-là. Peut-on recréer des utopies à réalisations concrètes ? Ou développer des utopies « interstitielles » (Olin Wright). Le Revenu universel en pourrait être une. On pensait encore au début des années 80 que la société moderne permettait une libération du temps, elle se caractérise aujourd’hui par un chômage important, des sous-emplois cachés, une précarité en hausse. Du temps libre on est passé à du temps en déshérence. Les mouvements politiques et sociaux ont perdu leur capacité à engendrer l’avenir, sans doute parce que les idéologies classiques se sont effondrées. De la tyrannie de la majorité (Tocqueville) on semble être passé à des tyrannies des minorités. Peut-on revoir des « classes populaires » assemblées alors qu’elles semblent dispersées ? Le populisme est devenu un concept ambivalent et une discussion entre nous (notamment sur Chantal Mouffe) a montré les difficultés à le saisir sans l’instrumentaliser, en termes politiques, comme en projet. Repoussoir ou espoir ? Le libéralisme politique comme la social-démocratie sont en crise, dans leurs expressions démocratiques, et le populisme pourrait être leur maladie sénile, à l’un comme à l’autre, le peuple ne se réduisant pas à une entité simple.

Le capitalisme est aujourd’hui celui des grandes entreprises multinationales ou des financiers. Susan Georges cite une étude (Vitali et al, 2011) montrant que le pouvoir des grandes entreprises multinationales (par le global corporate power) leur permet par leur système de réseaux et de prises d’intérêts, de commander à plus de 40 000 entreprises. L’influence de ces grands groupes s’impose également souvent aux Etats sans que ceux-ci, ni leurs peuples puissent leur faire rendre des comptes et, pire, ils obtiennent d’eux ce qui favorise leurs intérêts et leur développement (nous le savons pour les GAFA mais ils sont loin d’être les seuls). Les peuples seraient-ils désarmés ? Il semble que non, de nombreux mouvements populaires expriment aujourd’hui les insatisfactions, les oppositions, les colères. Mais on peut observer aussi, comme Albert O. Hirschman, les pratiques « d’Exit, Voice and Loyalty », c’est à dire ceux qui approuvent, ceux qui manifestent contre et ceux qui s’abstiennent : face à des pouvoirs hors du champ démocratique, ce peut-être une façon d’exister et de s’exprimer dans l’attente de solutions économiques ou politiques non encore élaborées.

La question démocratique est manifestement en jeu. Qui peut décider, et qui peut espérer avoir assez de pouvoir représentant les intérêts du plus grand nombre pour proposer autre chose que ce que proposent les pouvoirs économiques. Le communisme a failli, la social-démocratie s’est en partie fondue dans le jeu des contraintes économiques au risque de raboter le social. La démocratie pourra-t-elle conduire des transitions écologiques contre les intérêts d’un grand nombre ? Rien ne semble si simple. Marcel Mazoyer rappela utilement qu’il existe une insécurité alimentaire touchant près de 3 milliards de personnes dont les premières victimes sont les paysans eux-mêmes. La libéralisation économique n’est pas étrangère à cette situation qui conduit à l’abondance pour une majorité, à la crise agricole et alimentaire pour une grande minorité. Pourrait-on imaginer une autre « gouvernance » mondiale pour réduire ces inégalités ?

De cette séance nous avons conclu qu’il serait utile de travailler sur un projet commun autour de la question de la démocratie en Europe, et de sa capacité à construire d’autres façons de conduire à une société plus égalitaire, plus responsable, plus durable. Être une puissance modèle comme on a pu l’espérer parfois.

• Remue-méninges sur le grand débat national

Dans une introduction, nous nous interrogions ainsi. En amont du mouvement des « gilets jaunes », nous avions débattu sur la question de la démocratie, nous interrogeant sur la capacité des formes de démocratie actuelles à répondre aux grands enjeux planétaires. Nous disions que la démocratie est aujourd’hui devenue contestable pour certains, alors que nous pensions qu’elle était désirée et recherchée par tous les humains. Les procédures démocratiques peuvent-elles décider du bien commun quand tant d’intérêts particuliers, dont certains très puissants, s’y opposent ? Ce qui paraît impensable doit être examiné : la démocratie est-elle toujours le fondement nécessaire de nos sociétés ? À quelles conditions, avec quels affrontements peut-elle renouer avec une dimension progressiste, égalitaire sur le plan social et libérale pour les choix de vie individuels ?

Le mouvement des « gilets jaunes » a mis en évidence la perte de confiance dans la démocratie représentative. Il met en cause les « élites » gouvernantes et revendique le droit des citoyens à faire directement la loi ou à révoquer leurs élus « insatisfaisants », demandant le recours à des référendums d’initiative citoyenne.

Comme dans la société globale, notre débat apporta des contributions diverses et parfois opposées. Pour certains, nous vivions une crise profonde, pour d’autres non. Certains y voyait même l’amorce d’une crise institutionnelle, appelant à revoir nos pratiques démocratiques en réservant plus de place à la démocratie participative, locale. Allant plus loin, d’autres pensaient à une VIème République qui rétablirait une société plus horizontale, moins « monarchique ». Que les « gilets jaunes » aient souvent demandé la démission du Président indiquait à tout le moins qu’il n’était pas « leur » président et en souhaitant des référendums, ils aspiraient à une démocratie plus directe.

Ils voulaient la mort de ce « roi » et construire autre chose, bien que cela resta flou et souvent ambigu. Une volonté de changement de modèle politique, d’alternative s’est cependant exprimée. Certains ont estimé que ce mouvement marquait la limite, voire la fin, d’un régime présidentiel étouffant avec le passage du septennat au quinquennat et la succession de l’élection du Président par celle de l’Assemblée nationale, donc de « son » parlement.

Tous, ou presque, s’accordaient pour dire que notre république présidentielle écrase la démocratie et renforce des pouvoirs technocratiques ou économistes. D’une certaine façon, les « gilets jaunes » s’insurgent contre l’idée qu’il n’aurait pas d’alternative : ils voudraient en créer.

Il a été souligné par certains que face à la colère des « gilets jaunes », ils ne comprenaient pas l’hostilité qu’ils inspiraient à ceux qui cherchaient à les réduire à un petit mouvement en constante perte de vitesse. -D’aucuns ont estimé que cette France des « gilets jaunes » ne représentait pas la France globale, mais une simple partie et qu’ils ne pouvaient s’ériger en meneurs d’une révolte globale. Certains ont voulu réduire l’émergence brutale de ce mouvement à la maladresse du gouvernement ou de Bercy, rappelant la limitation de la vitesse à 80km/h, la baisse de l’APL, la hausse de la CSG, l’injustice fiscale liée à la suppression de l’ISF et à l’instauration d’une flat taxe. Pour d’autres enfin, une colère de « petits blancs » même, d’exclus de la société globale. Mais comment caractériser ainsi ce mouvement après que, plus de dix milliards débloqués le 10 décembre 2018, celui-ci a continué ?

La crise des « gilets jaunes » est aussi une crise de consommateurs : de ceux qui voudraient améliorer leurs conditions, mais n’y parviennent pas. La question du pouvoir d’achat a été au cœur de la colère. Problèmes de logement, de transport, d’autant que de plus en plus de contraintes, de normes, s’imposent à eux (essence, contrôles techniques, économie d’énergie, etc.). Obligés d’être économes sans avoir une pleine capacité à dépenser : d’où l’opposition entre fin du monde et fin du mois.
Nous avons bien sur tenté de réfléchir à quelques solutions. Sans pouvoir approfondir. Comment recréer de l’espoir en une vie meilleure ? C’est la question majeure. Sans doute serait-il bien d’accorder une plus grande place à ce qu’il convient d’appeler une « intelligence collective », c’est à dire à des modes de délibérations et de participations plus fréquents sur les orientations politiques et économiques. Ne pas se limiter à des rendez-vous tous les cinq ans. Mais on ne peut les remplacer par des référendums. Associer représentation et participation ? Sans doute. La faiblesse des partis, y compris celui de la majorité, que l’on peut nommer sans crainte, de circonstance, empêche les citoyens de participer à l‘élaboration de programmes, de projets, comme par le passé.

Nous avons également débattu de l’organisation de la vie sociale, de l’urbanisation qui éclate et distancie les rapports sociaux. La « mise en société » résultant de nouvelles stratifications géographiques, de l’individualisation des comportements et des modes de consommation, de la distribution inégale du capital économique, social et culturel, rend difficile tout changement. Il ne dépend pas de mesures ponctuelles ou de circonstances. Mais de changement plus profond, à long terme, où la notion de développement soutenable pourrait prendre place. Des domaines que les citoyens devraient se réapproprier.

Enfin, nous avons convenu, cette fois sans contestation, que la question majeure restait celle de l’égalité, pas seulement formelle, mais réelle. Ce qui passe notamment par la construction d’une certaine justice fiscale et sociale. Ce n’est peut-être pas simple, car à tous les niveaux des intérêts particuliers peuvent s’opposer (retraites, impôts, héritages, etc.). Il nous semble que nous pourrions travailler sur cette question, en allant au-delà des apparences.
Jean-Claude Henrard et Bernard Wolfer

PS : Plusieurs écrits par des membres du Cercle portent sur cette crise.

J.C. Henrard : « Pourquoi la révolte des gilets jaunes ?- Contribution au grand débat
Robert Bistolfi « Ce que dit la popularité des gilets jaunes » - in rubrique politique du site.
Bernard Wolfer « Les damnés du territoire » - février-mai 2019 : in Lettre du Cercle, sur le site, et dans la revue de la Fondation Jean-Jaurès.



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