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Sommaire de la Lettre N°47, février 2020


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" Politique "


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mise en ligne: lundi 17 février 2020

Jérôme Fourquet nous présente son diagnostic sur la société française d’aujourd’hui à partir d’un travail d’analyse s’appuyant sur une réflexion engagée depuis une vingtaine d’années. Le point de départ est l’élection présidentielle de 2017 et les législatives qui ont suivi. Ce big bang électoral est le révélateur de mutations remontant dans le temps, s’exprimant par la fin du clivage droite-gauche.

L’analyse s’appuie sur les données d’opinion recueillies par sondage, sur une approche géographique prenant en compte la dimension spatiale et territoriale (par exemple on peut assimiler la crise des gilets jaunes à la révolte de la France de l’étalement urbain : c’est le peuple de la route qui s’est soulevé) et sur l’étude des prénoms condensée dans l’énorme fichier de l’Insee des 84 millions de naissances, par département et remontant au début du XXe siècle. Cette triple analyse révèle une fragmentation du pays sans précédent.

• Catholiques et républicains laïques

Certes en 1920, dans 5 régions, 70% des parents parlent en langue régionale à leurs enfants témoignant de diversités mais la France comporte une double matrice unifiante opposant catholiques et républicains laïques. Cette opposition droite-gauche a fonctionné depuis la révolution jusqu’au début des années 1980. On est passé ensuite à la « France d’après » cette longue période car ces deux blocs se sont effondrés.

L’effondrement de la France catholique se manifeste dans la chute de fréquentation de la messe le dimanche (35% en 1961, 5% en 2012), du nombre de prêtres en activité (20 000 fin 1990, 12 000 en 2017 avec un âge moyen très élevé). Toute une culture et ses référentiels disparaissent. Ainsi en va-t-il de l’évolution du prénom Marie : 20% des naissances de filles en 1900 avec 45% dans le Finistère et moins de 10% à Paris ; 0,5% des naissances de filles en 2017. Entre 1940 et 1955 on assiste à une évolution par paliers avec apparition d’un ajout à Marie comme Marie-Caroline, Marie-France etc.

De même, si en 1984, la mobilisation des catholiques pour défendre ce qu’ils appellent l’école libre fait renoncer le gouvernement à son projet, en 2013, leur mobilisation contre le mariage pour tous n’empêche pas l’adoption de la loi. On assiste par ailleurs à un basculement anthropologique dans le rapport au corps, les rapports homme animal, la question de la procréation. Tout ceci se transforme notamment au travers du renouvellement des générations. En témoigne le fait de se faire majoritairement incinérer, de se faire tatouer², d’être en faveur de la PMA3 y compris pour les femmes vivant en couple de même sexe ou seules.
Aux dernières élections européennes le PC obtient 2,5% des voix tandis que le parti animaliste fait 2% obtenus dans les zones les moins christianisées et des pavillons avec présence d’animaux domestiques.

La France républicaine et laïque traditionnellement de gauche est la France du front populaire avec schématiquement l’alliance des ouvriers communistes du Pas de Calais, des vignerons SFIO du midi rouge et des petits fonctionnaires radicaux parisiens. Ce bloc était marqué majoritairement entre 1930 et 1950 par la culture communiste. « L’église rouge » s’organisait autour de la mairie rouge avec ses logements sociaux, ses emplois, ses associations de jeunes, ses colonies de vacances etc. Son effondrement s’exprime à travers l’évolution du vote communiste : 25% en 1945, 20% aux législatives de 1978, 14,5% au premier tour de l’élection présidentielle de 1981 et 2,5% aujourd’hui.

L’effondrement des deux blocs est illustré par l’évolution des gens allant à la messe et le vote communiste. En 1960 sur mille personnes 350 vont à la messe et 250 votent communistes, aujourd’hui les chiffres correspondants sont 50 et 25. Tout le reste se classe ailleurs entre ces deux ilots.
D’autres éléments donnaient une cohérence à la société française. Le stock des prénoms témoignait d’un même référentiel culturel allant de la révolution à 1950 avec environ 2000 prénoms. En 1960 le stock monte à 3000 puis augmente après ouverture législative en 1993 pour atteindre 13 000 en 2017. Si l’on examine la fréquence des prénoms rares à la naissance on voit apparaitre leur explosion indiquant la recherche de différenciation de l’enfant. Cette évolution témoigne d’une atomisation de la société avec cependant un regroupement des prénoms par affinité régionale ou culturelle. On retrouve cette fragmentation au niveau de l’audio-visuel par exemple : l’audience de TF1 est passée de 40 à 20% entre 1998 et 2018, dans un contexte audiovisuel très différent (replay, réseaux sociaux). Internet amplifie cette « archipélisation », on s’enferme aujourd’hui dans « sa tribu » à travers - par exemple facebook, se développe le complotisme (« les gilets jaunes » sont pour 90% leur propre media faisant circuler l’information qu’ils reçoivent) et la méfiance vis-à-vis des médias.
Dans ce paysage qui se fragmente et se disloque des tendances de fond apparaissent.

• La sécession des élites

Le haut de la pyramide sociale vit dans une bulle de moins en moins en phase avec le reste de la société. Sa masse plus importante que par le passé se concentre dans les métropoles. A Paris, les cadres et les professions intellectuelles représentent 45 % de la population au dernier recensement contre 25 % en 1982. Ils sont plus de 50% dans l’ouest parisien et sont prédominants dans les communes jusqu’à Versailles. C’est là que se concentrent les écoles, les lieux de travail et de sorties culturelles. Cette bulle autocentrée est renforcée par les médias faites par et pour ces gens-là, les plus solvables : par exemple la météo des stations au moment des vacances d’hiver alors que seuls 5% de la population vont aux sports d’hiver. Parallèlement, les institutions de brassage social disparaissent comme le service militaire, l’école publique, les colonies de vacances (4 millions d’enfants en 1960, 800 000 en 2017 organisées par les collectivités locales). L’enseignement privé, les séjours linguistiques ou à thèmes concernent essentiellement les enfants des milieux favorisés. Le rapport à l’international oppose la vision de ceux qui ont passé une année de césure à l’étranger, ont fait une année Erasmus (1% des étudiants) à celle nationale voire locale par exemple de « gilets jaunes » attachés à leur département ou à leur drapeau régional.

• Autonomisation culturelle et idéologique des catégories populaires
L’engouement des prénoms anglo-saxons (Kevin, Brian, Dylan) durant la période 1989-96, coïncide sur les cartes du Nord-Est de la France, des Alpes-Maritimes, du Var avec les votes considérés comme « parias » pour le Front national ; l’engouement pour la culture « country ».
L’immigration depuis les années 1960 complique la donne. Si l’on examine l’évolution des prénoms arabo-musulmans à la naissance il n’y a aucun prénom de ce type en France métropolitaine de 1900 à 1960, 1% en 1960 et 19% en 2016 atteignant 45% en Seine Saint-Denis et plus de 20% dans les grandes métropoles (Toulouse, Lille, Strasbourg). La société multiculturelle apparait dans les naissances avec des sous-groupes maghrébin/kabyle, turc/kurde, subsaharien constituant un archipel accolé à l’archipel français. Si l’intégration socioéconomique pour ces populations est possible, de même qu’ils ne sont pas forcément musulmans et donnent leur sang pour la France, il n’y a pas d’assimilation. Les liens culturels avec les pays d’origine sont maintenus du fait d’un apport continu de ces migrants. Cette continuité s’oppose à la migration polonaise dans le Pas de Calais des années 1920 qui au départ comportait ses prénoms de naissance et ses cours en polonais, ses prêtres, sa section syndicale. Vingt ans plus tard les prénoms disparaissent du fait de mariages mixtes et de la fin de cette émigration. Il en ira de même pour les portugais dans les années 1970.

Electoralement on assiste à l’effondrement de la gauche et de la droite, à l’émergence d’un bloc central s’opposant au Rassemblement national, aux modifications des cartes électorales.
Ces changements correspondent à la mise en conformité du paysage électoral avec la nouvelle réalité sociale et culturelle française. Emmanuel Macron a vécu de l’intérieur ce qui se passait au parti socialiste dont l’appareil était vermoulu et il a pensé qu’il suffisait de pousser un peu fort pour qu’il s’effondre. Cela s’est très bien passé lors de la dernière élection présidentielle avec l’effondrement du parti socialiste, il a fallu attendre 2 ans pour le parti républicain.

On se retrouve ainsi avec un nouvel état de la vie politique française probablement instable avec une chute de 20 à 6%, de Jean-Luc Mélenchon et des Républicains, une montée des Verts de 2 à 13%. L’électorat d’Emmanuel Macron reste stable mais une partie de sa gauche l’a quitté, remplacé par des électeurs de droite. La régulation par les urnes ne fonctionne plus : Macron obtient 65% au second tour de la présidentielle, 18 mois après on a les « gilets jaunes ».

Synthèse par Jean-Claude Henrard, membre du Cercle



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