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Sommaire de la Lettre N°47, février 2020


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" Idées/Société "


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La France des Belhoumi
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mise en ligne: lundi 17 février 2020

En préalable à la présentation de son livre « La France des Belhoum », Stéphane Beaud nous montre le cheminement qui l’a conduit à enquêter auprès de chacun des membres d’une même famille et d’en raconter l’histoire "ordinaire", c’est-à-dire l’histoire à la fois singulière et banale d’une famille algérienne, arrivée en France en 1977.

Dès le début des années quatre-vingt, enseignant dans une classe de Sciences économiques et sociales à Dijon, Stéphane Beaud avait pris conscience du fait que les enfants maghrébins de la deuxième génération prenaient naturellement leur place dans la société française malgré les obstacles multiples, notamment le refus du Front national. Et l’on voit, depuis 30 ans, que quelle que soit l’origine des immigrés (à noter le passage de l’expression « travailleur immigré » au substantif « immigré »), les processus d’intégration se réalisent toujours de la même manière, avec comme carburant essentiel la question décisive de l’emploi (voir G. Noiriel. Le Creuset français 1988).

Entre 1989 et 1996, aux usines Peugeot de Sochaux, Stéphane Beaud avait étudié avec Michel Pialoux la manière dont les enfants d’immigrés cherchaient à faire des études supérieures pour quitter la condition ouvrière de leurs parents. C’est dire que depuis une trentaine d’années il s’intéresse à la question de l’immigration en rapport avec le destin de la classe ouvrière (Stéphane Beaud et Michel Pialoux. Retour sur la condition ouvrière. Enquête aux usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard. 1999).

Puis, à la suite de la publication de 80 % au bac, et après ? les enfants de la démocratisation scolaire (2002), une correspondance approfondie avec un jeune de cité qui reconnaissait dans l’ouvrage son propre parcours, avait permis à Stéphane Beaud de montrer, par un récit de l’intérieur, l’ambivalence et les contradictions de ce que vivent les enfants d’immigrés (Younes Amrani et Stéphane Beaud. Pays de malheur ! 2005).
Pour comprendre le destin des enfants d’immigrés, la difficulté actuelle pour le sociologue provient de deux faits parallèles. D’une part, comprendre le fait majoritaire, l’intégration tranquille et silencieuse telle que celle des Belhoumi et comprendre, en parallèle, cette présence quoique minoritaire des djihadistes de l’intérieur nés en France, les Merah, Kouachi et autres. Le terrain familial étant une composante décisive de la compréhension.

• Sociologie de l’immigration

Abdemalek Sayad, un grand sociologue franco-algérien, avait eu la chance de rencontrer Bourdieu en Algérie et de travailler avec lui (voir notamment Pierre Bourdieu et Abdelamlek Sayad. Le déracinement. La crise de l’agriculture traditionnelle en Algérie. 1964).

Arrivé en France en 1963, Abdelamlek Sayad publie une série de travaux remarquables sur l’immigration algérienne. Parmi ces travaux, Les enfants illégitimes dans lequel il soulignait déjà les contradictions sociales que vivaient les enfants d’immigrés dans les années 70. Le terme illégitime est à prendre au sens sociologique, c’est à dire que ces enfants n’auraient pas dû naître en France. Enfants « monstrueux », issus d’une socialisation française qui vient contrecarrer la socialisation familiale. Ce texte est repris dans La double absence publié au Seuil en 1999, on y trouve l’idée d’un double mensonge puisque, l’immigration algérienne en France était prévue comme provisoire tant de la part de l’état algérien que de l’état français. L’ouvrage est une sorte de psychanalyse sociale de l’immigration algérienne qui s’installera au fil du temps.

• L’Enquête

En France, il existe une enquête statistique publique, Trajectoire et Origines, (TeO autorisée par dérogation) qui offre une grande quantité de données sur le devenir des personnes en fonction de leurs origines migratoires. L’enquête TeO cherche à mesurer l’impact des origines sur l’accès au logement, l’éducation, la maîtrise de la langue, l’emploi, etc. Elle a permis, par exemple, de montrer statistiquement l’importance du fait religieux, notamment du rôle de l’Islam, dans la population des 18-40 ans : 71 % des sondés d’origine algérienne accordent beaucoup d’importance à la religion contre 20% de ceux dont les parents sont des français natifs.
L‘enquête de Stéphane Beaud est différente. Il s’agit d’une enquête de terrain sur une famille, que seules permettent des relations de confiance établies sur la durée. Au cours de nombreux entretiens le matériau acquis est considérable. Très biographiques au début, les entretiens changeront de ton après les attentats de 2015.

En juin 2012, il avait été invité à intervenir sur l’insertion professionnelle des enfants d’immigrés, dans le cadre de la célébration des 30 ans de la Mission Locale d’une commune de Seine-Saint-Denis. C’est à la suite de son intervention que trois jeunes femmes l’interpellent en lui disant « merci, ça nous fait du bien ». Il s’ensuivra une discussion et le projet partagé de raconter l’histoire « ordinaire » d’une famille algérienne « ordinaire ».
Le père, ouvrier, est arrivé en France en 1970. La mère, femme au foyer jusqu’à 40 ans, s’épanouira ensuite en devenant femme de ménage dans un collège. Huit enfants, qui ont tous un emploi, tous votent politiquement et sont des citoyens comme les autres. Les liens avec l’Algérie restent importants.

Les quatre aînés, trois filles et un garçon sont nés en Algérie, les enfants suivants en France. Malgré un puissant lien de solidarité, on voit un fort clivage dans la fratrie : toutes les filles on fait des études supérieures (bac+3 ou 4), même si elles n’ont pas eu le choix de faire les études qu’elles auraient souhaitées. En revanche, aucun des garçons n’est parvenu jusqu’à un bac général. Les femmes sont donc dans une sorte de réussite sociale mais Stéphane Beaud va s’intéresser également à la trajectoire des garçons.
La sœur aînée a toujours joué un rôle majeur, voire de seconde mère, auprès de ses frères et sœurs. Elle sera le moteur de cette enquête et arrivera à convaincre les garçons de participer aux entretiens malgré leurs réticences. Dans l’intervention de Stéphane Beaud, elle avait reconnu le parcours déviant de l’aîné de ses frères pendant l’adolescence et, elle ne pourra le dire que plus tard, elle avait été profondément affectée par la violence des attentats de Toulouse qui avaient eu lieu trois mois plus tôt. On peut penser que, pour elle, cette enquête était une sorte de réhabilitation de son histoire familiale et de celle du groupe auquel elle appartient.

Stéphane Beaud s’est attaché à comprendre pourquoi l’on constate des écarts importants entre garçons et filles d’une même famille dans laquelle, statistiquement, les enfants ont peu de chances de réussir leurs études.
Plusieurs raisons peuvent expliquer la réussite des filles. Les filles d’immigrés, les deux aînées notamment, savent que, aux yeux de leur mère, le destin d’une fille c’est le mariage et dès l’école primaire elles ont compris que leur liberté passerait par les études. Par ailleurs, pour le père, manœuvre, la liberté c’est de travailler avec le stylo. Le rôle de l’école est également fondamental et provoque une grande admiration pour les enseignants du pays d’accueil.

Ce qui est vrai pour les filles l’est également pour les garçons en primaire mais tout change au collège, où les filles restent « tenues » par la mère alors que les garçons font ce qu’ils veulent et se retrouvent piégés. C’est pourquoi, devenus adultes ils ont beaucoup de mal à évoquer leur passé scolaire. Ce résultat observé pour une famille particulière correspond à une réalité sociologique mise en évidence par les statistiques nationales (voir enquête Panel : en classe de 6°en 1995, le retard scolaire est de 45% chez les garçons et de 27% chez les filles).

Un autre point important montré par les entretiens, concerne les différences entre générations. Seize ans d’écart entre la fille aînée née en Algérie et la cadette. Le groupe des sœurs aînées a grandi en France avant l’afflux d‘immigrés et l’accroissement de la ségrégation, (époque de la « marche des beurs ». Les plus jeunes qui ont grandi dans les « quartiers » sont confrontés au racisme et ce sont les aînées qui vont tenter de les rassurer face à cette blessure.

Depuis sa publication, une enquête de réception du livre a été réalisée dans des classes de lycées en section Sciences économiques et sociales. Cette enquête montre une très forte identification des jeunes immigrés pour qui c’est une histoire qui les « raconte ».

Synthèse par Marie-Cécile Masure-Blais, membre du Cercle



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