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Sommaire de la Lettre N°47, février 2020


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" Politique "


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Du vent dans les voiles
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Du vent dans les voiles
Point de vue



mise en ligne: lundi 17 février 2020

Relancé par un incident au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté (l’agression d’une accompagnatrice scolaire voilée par un élu du RN), le « débat sur le voile » a pris des proportions folles. Toutes les digues jusqu’ici difficilement opposées aux propos racistes et aux provocations islamophobes sont en train de céder l’une après l’autre. Tout cela dans la confusion la plus totale. Sur les chaînes d’information en continu – que dire alors de ce qui peut être diffusé sur les réseaux sociaux ! – les journalistes et éditorialistes patentés se débondent. Au risque de la fragiliser, la laïcité – notre précieux bien commun institutionnel – est invoquée abusivement pour régenter les convictions et conduites individuelles. Sans contextualisation et sans analyse fine des dynamiques en cours, le signe égal qui était mis entre « port du voile » et « subordination de la femme » l’est maintenant avec « radicalisation ». Les pires horreurs peuvent être énoncées en toute bonne conscience. Ainsi, le directeur-adjoint du Figaro Yves Thréart affirmera-t-il tranquillement qu’il déteste la religion musulmane et qu’il descend d’un bus lorsqu’y monte une femme voilée. Le premier coureur de cacheton venu s’autorise à disserter doctement sur les silences du Coran touchant au hijab. Devenu chroniqueur régulier sur CNews, Eric Zemmour justifie rétrospectivement les enfumades de Bugeaud. Pour empuantir un peu plus l’atmosphère, BFM télé revient dans une longue émission sur l’affaire Tariq Ramadan. La majorité républicaine du Sénat se prononce pour une interdiction du voile chez les mères accompagnatrices des sorties scolaires. À Bayonne, un forcené tire sur les fidèles d’une mosquée. Avec maintenant cet attentat terroriste d’extrême-droite, tout le tintamarre prépare les esprits à une exploitation politicienne accrue de ce que l’on construit en un « problème musulman », sujet qui pèserait centralement sur notre avenir collectif.

• La menace d’une nouvelle restriction des libertés

Au-delà de la discrimination religieuse que comporterait l’interdiction pure et simple du voile dans l’espace public, ce qui est en jeu c’est aussi la menace d’une nouvelle restriction des libertés publiques d’ensemble ! Quand une société est incapable de réduire significativement la fracture sociale qui est son défi central, le cynisme y conduit à manipuler les questions identitaires. Il y a quinze ans déjà, au début de son décapant « Fragments mécréants » sous-titré : « Mythes identitaires et république imaginaire », le philosophe Daniel Bensaïd avait fait ce constat inquiétant : « Paniques identitaires d’un côté, tentations autoritaires d’une République fouettarde de l’autre : la spirale mortifère s’emballe ».

Quinze ans ont passé, et la Présidentielle de 2022 étant en ligne de mire, cette spirale mortifère va passer à la vitesse supérieure. Les valeurs universelles dont notre pays prétend être le porteur privilégié se révèlent bien creuses en l’absence d’une pratique concrète et fraternelle de l’intégration. Lorsqu’elles ne font qu’appuyer une demande de reddition sans conditions de l’autre, des relents néocoloniaux y seront aisément détectables. Pierre Bourdieu avait justement dénoncé cette « fausse générosité assimilationniste » dont il disait que « elle pourrait dissimuler un chauvinisme de l’universel » Claude Lévi-Strauss préconisait pour sa part une « morale de la retenue ». Dans cette optique, peut-on espérer un ressaisissement collectif pour que s’articulent au mieux « accommodements » et « acculturations » raisonnables ?

• De la parole publique

La longue durée est ici essentielle, et il faut aussi des paroles publiques capables de désamorcer les chausse-trappes. Durée : l’emballement des esprits paraît aujourd’hui échapper à tout contrôle. Pour ce qui est de la parole publique, une prise de position récente de Souâd Ayada – présidente du Conseil supérieur des programmes de l’éducation nationale, et donc autorité qualifiée s’il en est ! – montre qu’en terrain miné une conclusion idéologique trop hâtive peut lourdement compromettre une démarche en apparence ouverte. On pouvait la suivre lorsqu’elle disait vouloir voir restauré « cet ordre du discours où, détaché de ce que prescrivent la norme et le droit, de ce qu’autorise ou interdit la loi, l’on envisage ce qui est préférable et ce qui et souhaitable, où l’on formule des propositions qui, habitées par des valeurs et des principes, relèvent de l’examen des mœurs sans pour autant se confondre avec un discours moralisateur ».
Ce « discours de la méthode » aurait été pleinement audible à condition de mettre en perspective des actions : instaurer des enceintes de dialogue-conflit sur un juste accueil de la diversité (la rudesse dans les échanges y dira aussi l’ambition civique) est nécessaire ; corriger les dérives politico-médiatiques touchant à l’islam et aux musulmans... (La liste serait longue des correctifs à apporter au traitement pratique du fait musulman). Dans la prise de position de Souâd Ayada, rien n’est venu crédibiliser la volonté de dialogue affichée. Au contraire, jouant du syllogisme, elle justifie la position régressive du ministre Blanquer avant de remettre en cause frontalement notre socle juridique laïque qui est garant de précieuses libertés individuelles et collectives. Ecoutons : « Il faut un effort de dévoilement et dire exactement ce qu’est la laïcité : une neutralisation du religieux comme tel qui a pour fin le recul de sa visibilité et sa sortie hors de la sphère publique, une intériorisation intégrale des manifestations de la foi, qui a pour fin sa spiritualisation ».

L’objectif de neutralisation du religieux ainsi assigné centralement à la laïcité apparaît fou lorsqu’il est posé par une responsable publique de haut niveau, de surcroît chargée de l’élaboration des programmes scolaires pour nos chères têtes blondes. Si la prise de position de Souâd Ayada a été aussi longuement évoquée, c’est précisément en raison des éminentes fonctions qui sont les siennes. Sa parole n’est pas anodine, ni le lieu d’où elle s’exprime.

La restauration d’un dialogue plus ouvert et plus confiant entre la mouvance musulmane d’un côté, et de l’autre une communauté républicaine dont elle est aussi, et définitivement, un élément constituant, réclamait de la prudence, et sûrement pas une prise de position aussi fermée.
Affirmer que « le voile n’appartient pas tout à fait au régime des droits acquis », c’est relancer à la fois – et inconsidérément – la mécanique des affrontements et la régression en pratique des libertés personnelles et collectives.

Robert Bistolfi, membre du Cercle



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