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Sommaire de la LettreN°49-50 octobre 2020


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" Idées/Société "
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École : Y aura-t-il un « avant » et un « après » le confinement ?
mise en ligne vendredi 20 novembre 2020
Pour résister à la pandémie comme au temps des maquis
mise en ligne vendredi 20 novembre 2020
Corona Bonjour, ça va ?
mise en ligne vendredi 20 novembre 2020
Nous sommes Samuel Paty
mise en ligne mardi 20 octobre 2020
Rapport de France-stratégie sur le CICE
mise en ligne jeudi 24 septembre 2020
École : Y aura-t-il un « avant » et un « après » le confinement ?


mise en ligne: vendredi 20 novembre 2020

Quatre scénarios pour (re)dessiner un avenir pour l’école à moyen terme

Intervention au webinaire de TZ Conseil « L’école après le confinement ? » du 22/04/2020

La réflexion part de deux questions que nous nous sommes tous posés depuis la crise sanitaire :
-  Au-delà de la période transitoire, va-t-on revenir purement et simplement à une organisation et à un fonctionnement d’avant la crise ?
-  Si non, quels changements imaginer ? Lesquels seraient possibles ou impossibles ? Lesquels seraient souhaitables ou non souhaitables ?
Les 4 scénarios proposés sont théoriques, ils permettent de cerner des évolutions d’une réalité qui sera sans doute au carrefour de ces modèles. Avant de les présenter, il importe de rappeler quelles sont les variables de l’école, ses para-mètres, qui sont ceux de toute organisation humaine.
L’école est un lieu où l’on se rend, dont les espaces sont aménagés.
L’école est un temps pendant lequel on étudie et l’on enseigne. Un temps qui déborde parfois sous forme de temps dit périscolaire.
L’école est un environnement technologique, où la technologie n’est pas forcément très élaborée, et qui inclut un outillage et une ingénierie pédago-giques.

C’est enfin un tissu complexe de relations humaines entre les 3 catégories d’acteurs bien con-nues :

Elèves
élèves

parents d’élèves   professionnels de tout statut

Or, le confinement impacte fortement ces para-mètres. Ainsi, le lieu école a momentanément été neutralisé. La gestion du temps scolaire est devenue beaucoup plus flexible. Les technologies numériques ont fait une entrée massive – avec plus ou moins de difficultés et beaucoup d’inégalités. Les rôles et les places des uns et des autres ont eu tendance à se confondre au moins en partie. Ainsi, les parents ont assuré le rôle de maintien du cadre général (discipline, horaires, etc.) habituellement dévolu aux acteurs scolaires. Certains parents ont pu assurer – ou pas – un soutien scolaire allant au-delà de ce qui est attendu ordinairement. Tout cela ne sera pas sans conséquences dans la suite.
Les scénarios envisagés recomposent les para-mètres indiqués plus haut.

L’école à distance

Mise en place dans l’urgence du confinement – les parents ont préféré l’appeler « l’école à la maison » - on peut imaginer qu’elle soit pérennisée.
En fait cette école à distance existe déjà de façon partielle, y compris sans technologies numériques. On connait bien le CNED qui a fonctionné long-temps avec la Poste. Les « devoirs à la maison » en sont une autre expression.
Est-ce souhaitable de la généraliser ? J’y vois pour ma part deux risques majeurs :
• Un accroissement considérable des inégalités
• Des effets imprévisibles de la reconfiguration des liens sociaux.

L’école arrêtée

Ce scénario catastrophe n’est certes pas à souhaiter. Rappelons cependant que de façon sporadique, notamment dans certaines zones du monde, ce scénario est déjà à l’œuvre. C’est l’abandon scolaire prématuré, c’est le décrochage, c’est même l’absentéisme. Qui sont faussement valorisés sous la dénomination « d’école de la rue » ou « d’école de la vie ».
Toutefois, il en existe une forme radicale et parfaitement marginale connue sous le terme anglais « Unschooling », lorsque des parents non seule-ment refusent la scolarisation mais récusent également l’instruction à domicile de leurs enfants. Cette version extrême présente un intérêt : celui de nous forcer à interroger la transmission sur les terrains philosophique et anthropologique.
Quels sont le rôle et la place de l’apprenant ? Faut-il le voir comme un objet ou comme un sujet ?
Quelles normes culturelles font l’objet de cette transmission ? Quelles places respectives réserver aux savoirs adaptatifs et aux savoirs académiques ?
Comment assurer la médiation pédagogique ? Jusqu’où aller dans la directivité ou la non-directivité ?

L’école augmentée

En restant une école localisée, où est assurée l’instruction en présence, elle se verrait ajouter une assistance péri- et extra-scolaire sous la responsa-bilité des familles. Elle n’est pas une vue de l’esprit car elle existe déjà, lorsque s’ajoutent des cours particuliers que peuvent s’offrir certains, ou les dispositifs d’accompagnement éducatif proposés en priorité dans les quartiers défavorisés. Selon ses promoteurs, l’école augmentée du futur s’appuierait bientôt sur l’intelligence artificielle de deuxième génération, dite IA perceptive, en plein essor. L’avantage mis en avant, c’est une très forte personnalisation de l’enseignement, présentée comme un moyen d’en finir avec l’échec et la difficulté scolaires. C’est séduisant en apparence.
Est-ce souhaitable ? Je reste pour ma part très dubitatif, car ce modèle privilégie une conception exclusivement productiviste de l’enseignement, qui néglige les autres dimensions de l’éducation.

L’éducation repensée

Ce n’est pas à proprement parler un modèle alter-natif des trois autres, mais une occasion de se questionner.
Quelles sont les finalités de l’école ? Quels objectifs poursuit-elle et quels types de savoirs trans-met-elle, quelles compétences cherche-telle à dé-velopper ? Quelles conceptions de l’éducation et de l’apprentissage sont sous-jacentes ? Et que doit-on attendre de la socialisation assurée par les systèmes scolaires ?
Ce débat existe depuis des siècles, mais il est resté « confiné » dans des cercles restreints de penseurs, de philosophes, d’experts. Il est temps que ce débat soit partagé par toutes les populations, par tous les citoyens.

Pour conclure, provisoirement
Les scénarios que j’ai esquissés dessinent des lignes de force. La réalité sera sûrement différente de ce qu’on peut en anticiper. Pour que l’école soit différente après la crise sanitaire, il nous faudra le vouloir, s’être mis d’accord et y veiller.
Toutefois, avant de rebâtir cette école, j’ai bien conscience qu’il il va falloir d’abord assurer la reprise, cahin-caha, dans des conditions qui vont varier d’un pays ou d’une région à l’autre, d’un degré d’enseignement à l’autre, d’un type de filière à une autre.
En priorité, comme l’ont dit mes collègues, une phase de débriefing est indispensable pour prendre en compte tout ce qui a pu affecter les divers acteurs. Se parler avant toute chose. Ne pas juger quiconque, comme l’a souligné Annick*. Adapter la ou les rentrées successives aux contraintes lo-cales et aux besoins des uns et des autres comme l’a dit Philippe*.
Pour ma part, j’ajouterai qu’il ne faudra pas trop tarder non plus à faire l’inventaire de tout ce qu’aura mobilisé cette « école à la maison » forcée, de ressources et d’inventivité, de la part des parents, des enseignants et des autres personnels à ne pas oublier, des chefs d’établissement et aussi – surtout, des élèves. Tous auront fait preuve de trésors d’imagination, pour régler les problèmes pratiques certes, mais aussi parce que la crise a incité à la créativité artistique et culturelle. Chacun a vu fleurir sur les réseaux sociaux vidéos drôles et autres pastiches, dessins et autres blagues. Je suis persuadé que beaucoup d’élèves en ont produits. Il faut se donner le temps de les partager, d’abord pour valoriser ces productions et leurs auteurs. Elles viennent certainement d’élèves qu’on n’attendait pas ; ceux qui sont habituellement les moins conformes aux canons scolaires. Et comme l’a dit M. Vallet*, « ne pas mettre la pression sur les élèves ».
D’autres vicissitudes attendent peut-être certains établissements ou certains pays. Des reprises entrecoupées de réitération du confinement ? De futures crises ? Nous espérons que non, mais cette expérience aura été utile par les enseignements qu’on saura en retirer.
En attendant, pour la reprise des cours en présence, même partielle, je conseille vraiment de sur-fer sur cette vague de créativité et de continuer à la favoriser. Je ne peux pas concevoir que quelques jours après la reprise, passée la phase de débriefing, on reprenne immédiatement le train-train des tables de multiplication, des accords du participe passé, des dictées ou des équations du second degré à une inconnue ! Chaque chose en son temps. Moi qui ai vécu les événements de mai-juin 1968 comme élève, j’ai vu des classes où il y avait des discussions passionnantes entre élèves et professeurs. C’est un peu cet esprit qu’il faut retrouver, et éviter de répondre à une demande de parole des élèves, comme le fit alors un prof de maths : « Vous voulez discuter ? Eh bien nous allons discuter des sinus et des cosinus ! »
Un dernier message : faire confiance à l’intelligence, notamment collective.
Pour aller plus loin, quelques sources et références
Kai-Fu Lee, I.A. La plus grande mutation de l’histoire, Les Arènes (4 septembre 2019) pour l’édition française
Idriss Aberkane, Libérez votre cerveau ! Traité de neuro-sagesse pour changer l’école et la société, Robert Laffont, Paris 2016
André Tricot, ‘Apprentissages scolaires et non scolaires avec le numérique’, in Administration & Éducation, N° 152, décembre 2016
Christophe Théobald, ‘Éduquer à la liberté’, in Études, janvier 2018
Elena Pasquinelli (philosophe), conférence au Colloque régional AFAE Levallois-Perret, 2010
Jean-François Nordmann, Journée de recherche Actualité des pratiques pédagogiques dans les classes et écoles différentes, 21 octobre 2019 (https://www.recherchespedagogiesdifferentes.net )
Dominique Bucheton, Les gestes professionnels dans la classe. Ethique et pratiques pour les temps qui viennent, ESF Sciences humaines, 2019
36ème Colloque AFAE – avril 2014 « Peut-on réformer l’école ? » : Antoine Prost, Claude Thélot, Christine Musselin, Hervé Lefèvre, Anne Barrère, Alain Boissinot
*Intervenants également de ce webinaire


Post Scriptum

La crise sanitaire nous a fait retarder la parution de cette lettre de plus de deux mois. Bien évidemment le présent a de nouveau pris le dessus. Les inquiétudes et les incertitudes aussi. De nouveaux événements sont venus obscurcir un peu plus nos horizons habituels.

La pandémie que beaucoup espérait voir décroitre est repartie, partout dans le monde, et en particulier en Europe. La France n’est pas épargnée. Ce re-bond a conduit le gouvernement à mettre en place un nouveau confinement, tout en autorisant un grand nombre de personnes à continuer le travail, et pas seulement en télétravail. Les écoles et les lycées sont dans l’ensemble ouverts aux enfants, avec de rares exceptions. L’enseignement supérieur reste en visioconférence, sauf les TP.

Ce deuxième confinement provoque plusieurs polémiques sur ses modalités et parfois même sur son utilité. On sent monter en France, comme dans beaucoup de pays, une volonté des citoyens d’être mieux associés aux décisions et certaine-ment à leur application. Ils en comprendraient sans doute mieux l’intérêt et participeraient avec plus de confiance à ce qui est d’abord une « quarantaine » sanitaire pour couper les chaînes de dissémination du virus. Ces cafouillages politiques, qui ne sont pas propre à la France, méritent d’être analysés car ils témoignent d’une plus grande difficulté à adhérer à des consignes présentées comme nécessaires, faisant appel à la solidarité des citoyens envers eux-mêmes, mais dont l’application est mal comprise. Seulement une mauvaise pédagogie politique ? Rien n’est moins certain !

A la demande réelle d’une meilleur sécurité dans tous les domaines, se joint un souci impérieux de conserver nos libertés, la liberté. En réduisant les inégalités croissantes en France en certains domaines. Sans dénier l’utilité des mesures de sou-tien de l’économie, et certaines mesures sociales, on remarque bien qu’elles ne sont pas un soutien égal pour tous.

Dans cette atmosphère plombée, l’assassinat d’un professeur, Samuel Paty, a bouleversé la France. La question d’un « Islam » menaçant la République est relancée, avec raison si l’on s’en tient aux faits, bruts mais à tort si l’on analyse plus finement les raisons de cette barbarie. Elle n’emporte pas l’adhésion.

Nous devrons y revenir.


Le Cercle Condorcet a publié un communiqué, le 19 octobre :

L’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire et de géographie à Conflans Ste Honorine, est une horreur absolue. Décapité pour avoir voulu ap-prendre à ses élèves ce qu’est la liberté de s’exprimer, de douter, de critiquer et ce faisant se constituer une pensée citoyenne.

Il ne faisait que son métier et dit-on, très bien, avec bienveillance selon ses élèves.
Des fanatiques, incultes de leur propre religion, ont estimé qu’il fallait punir cet enseignant et venger celui qu’ils nomment leur dieu, et son prophète, d’avoir été représentés dans des caricatures .
Peu soucieux de la vérité, ils ont même travesti les faits pour justifier leur crime.
La jeune fille qui les a rapportés à ses parents, sans doute élevée dans cette peur du blasphème, semble avoir elle aussi déformé les faits, parlant d’un prophète nu qu’elle ne peut avoir vu.
Un fanatique islamiste les a accompagnés dans cette dénonciation calomnieuse, au collège et sur les réseaux sociaux, traitant le professeur de voyou et le désignant nommément à la vindicte.



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