Plénière entre les membres du Cercle


Mardi 25 septembre 2018, de 18h30 à 20h30 .

3 rue Récamier, Paris 75007
métro Sèvres-Babylone

Plénière entre les membres du Cercle Condorcet de Paris

sur le thème

La démocratie en Europe


Face aux enjeux planétaires


Cette plénière est particulière. A la demande de nombreux membres, elle sera d’abord un débat entre membres, alimenté par nos propres apports, précédé de petits exposés liminaires. Elle sera aussi l’occasion de mettre en chantier notre événement biennal du printemps et de concevoir les interventions et de proposer les intervenants souhaitables. Cette plénière est ouverte à nos invités.

C’est un exercice de débat démocratique.

Le 30e anniversaire du Cercle Condorcet a été l’occasion d’une interrogation sur le thème : « L’Europe est-elle encore l’horizon de nos Nations? ». Au nom de la Raison, on peut le penser. Mais à la vue des faits et des dérives aussi bien de certaines pratiques économiques libérales que du populisme qui vient en réaction, on peut en douter fort.

Nous pensons que la démocratie est aujourd’hui devenue contestable pour nombre de gens, alors que nous pensions qu’elle était devenue désirée et recherchée par tous les humains. Comme Condorcet, nous pensons que la démocratie fait partie des « progrès de l’esprit humain »[1]. Les procédures démocratiques peuvent-elles décider du bien commun quand tant d’intérêts particuliers, dont certains très puissants s’y opposent? Peut-on décider ensemble d’un changement profond de nos modes de vie pour limiter le réchauffement climatique? Ce qui paraît impensable doit être examiné sérieusement : la démocratie est-elle toujours le fondement nécessaire de nos sociétés? À quelles conditions, avec quels affrontements peut-elle renouer avec une dimension progressiste, égalitaire sur le plan social et libérale pour les choix de vie individuels?

Dans la perspective des élections européennes et pour préparer notre « événement biennal » du printemps 2019, nous nous proposons d’examiner la question « de la démocratie en Europe face aux enjeux planétaires ».

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Argument

Depuis soixante ans, la construction européenne est conçue comme le meilleur moyen de réaliser un large espace de paix et de prospérité, au point d’être supposée constituer un modèle pour le monde. Il allait de soi que la démocratie en était le socle institutionnel et politique, permettant le mieux la résolution des contradictions, notamment sociales, d’un système économique capitaliste assurant plus que la subsistance, l’abondance des biens à disposition de sociétés en croissance. Assurant la coopération entre nations et donc entre peuples, elle devait inventer les voies et moyens d’un monde meilleur, en particulier supérieur au modèle socialiste qui prévalait alors dans une partie du monde, soviétique ou chinois. Celui-ci a depuis quasiment disparu.

Au-delà d’une certaine réussite, les crises économiques, financières, sociales et environnementales qui parcourent le monde depuis plus de quarante ans ont fini par atteindre cette idée européenne et mettre en doute sa pertinence pour nombre de citoyens qui y sont associés. Les défis majeurs, pour une partie nouveaux, auxquels est confronté le monde paraissent mettre en péril cette construction et ne plus trouver en elle ces voies et moyens pour les résoudre : crises économiques, crises démographiques, changement climatique, limitation des ressources disponibles, pollution ou contamination de nombres d’entre elles, exacerbation des concurrences au risque de conflits majeurs, etc. La globalisation des problèmes rend leur solution en apparence impossible, tant les causes réelles, et donc les responsabilités, sont diffuses et confuses.

Dans un monde où le refuge est cherché par un nombre de plus en plus grand de personnes chassées de leurs milieux de vie, que ce soit par les sécheresses, les famines, les guerres, quand ce ne sont pas de grandes entreprises « minières », la tentation est grande de se réfugier soi-même dans des mondes rétrécis, dont la nation redevient un modèle. Et quand la croissance indéfinie des économies ne semble plus promise à un bel avenir, que le monde à partager semble se réduire, on préfère se défendre en rejetant les autres. La crise migratoire en est un révélateur frappant.

Le retour des droites extrêmes, des populismes, en Europe est inquiétant. Même si ce phénomène politique est planétaire (USA, Amérique du Sud, Asie, Moyen-Orient et bien sûr, Russie), il témoigne d’une perte de croyance dans la capacité des démocraties prônant liberté, égalité et solidarité à se saisir des inquiétudes et des besoins d’une partie des peuples. Un retour vers des nations, des régimes autoritaires, fondés parfois sur des références religieuses ou même raciales est manifeste, au nom de valeurs résolument non universelles, mais présentées comme la tradition. Les particularismes identitaires sont érigés au rang de normalité que l’on doit défendre. C’est aussi une certaine conception du progrès, fondé sur la science et les techniques qui est mis en cause. Il faut concéder que nombre de dérèglements environnementaux, économiques ou même sociaux sont le résultat de l’usage productiviste des sciences et des techniques, où le capitalisme, tel un moloch attire puis brûle ses enfants, masquant les progrès réels accomplis. Est-ce le prix terrible à payer pour ces progrès face à leur généralisation mondiale? Devant l’impuissance des politiques à se saisir des grands défis planétaires qui ont de grandes conséquences locales ou régionales, vers qui, vers quoi se tourner?

La domination du champ économique sur le champ politique pose aussi question. Le « il n’y a pas d’alternative » de Margaret Thatcher est devenue le mantra des politiques, son « I want my money back » comme « Not in my backyard » leurs pendants protectionnistes.

Le Cercle Condorcet de Paris s’est depuis longtemps saisi de ces questions au cours de travaux, plénières et conférences, seul ou avec d’autres (voir la brochure les 30 ans du Cercle). Nous voulons reprendre ces questions avec certains de nos intervenants passés (Dominique Rousseau, Pierre Rosanvallon, etc.) et nouveaux, en particulier européens ou venant d’autres pays du monde.

Comptant sur votre présence,

Bernard Wolfer

Président


Les débats suivants

  • Jeudi 11 octobre 2018

    3 rue Récamier, Paris 75007
    métro Sèvres-Babylone

    avec Michel Yahiel
    Directeur des retraites et de la solidarité à la Caisse des dépôts et consignations

    sur le thème:
    « la protection sociale, enjeu des réformes »


  • Pour beaucoup, la protection sociale est un socle nécessaire, voire intangible de notre société. La référence au programme du Conseil National de la Résistance qui voulait : “un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail» est souvent invoquée pour critiquer les réformes. Stéphane Hessel, qui fut membre de notre Cercle, affirmait dans son livre Indignez-vous, « C’est tout le socle des conquêtes sociales de la Résistance qui est aujourd’hui remis en cause ».

    Pour d’autres, le modèle de protection sociale, s’il a permis le maintien de la cohésion sociale, a atteint ses limites : les prélèvements pour permettre une répartition de la production nationale ont atteint leur maximum et ne peuvent que décroitre, sous l’influence du libéralisme individuel et des concurrences mondiales. C’est ce que nous a expliqué l’an passé, avant les élections, Marcel Gauchet pour mettre en évidence la défaite et donc la fin des modèles sociaux dans les démocraties issues de la seconde guerre mondiale, particulièrement en Europe. Même la gauche se serait ralliée à un programme néolibéral, selon lui.

    Entre ces deux mondes, le supposé ancien et le supposé nouveau, comment pouvons-nous penser l’avenir des protections sociales?

    Le débat qui se lance sur la réforme des retraites est une occasion de revenir sur la notion de solidarité qui semble devoir être remplacée par un principe d’égalité des droits. Enfin l’ensemble des lois travail, sur la formation professionnelle, l’éducation, les réformes envisagées sur l’indemnisation du chômage et le retour à l’emploi, etc., constituent un chantier qui pourrait laisser penser qu’il est une alternative positive à la « protection » et destinée à la remplacer, au moins partiellement. Une révolution nécessaire?


    jeudi 8 novembre 2018 :
    plénière avec
    Grégoire Borst
    sur « les neurosciences et l’éducation ».

    Les plénières sont ouvertes aux membres du cercle et à leurs invités

    Nous comptons sur votre présence et vous prions de croire à nos meilleurs sentiments


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