Lettre N°45, novembre 2018


Il y a cent ans se terminait la première guerre mondiale. Allégresse chez les vainqueurs et soulagement pour les deux camps. En 2018, la France est devenue championne du monde de football pour la seconde fois. Il n’y a certes pas de commune mesure. Et pourtant, ce furent en France deux moments de célébration populaire de liberté et de fraternité. Et peut-être surtout, d’égalité : car en ces moments, chaque citoyen est réellement égal aux autres en partageant un même bien, une victoire. Dans le premier cas elle était chèrement payée. Dans le second cas, elle est arrivée comme un cadeau. Mais, comme disait Victor Hugo : « chacun en a sa part et tous l’ont tout entier ».

Nous vivons dans un monde où, certes, le bien-être est supérieur pour beaucoup à ce qu’en avaient nos ancêtres il y a cent ans, mais les inégalités s’accroissent, les concurrences s’exacerbent, les égoïsmes se creusent, minant partout l’esprit démocratique.

Que le président d’Amazon voie sa fortune augmenter de 9 milliards de dollars le jour suivant les élections de mid-term, témoigne de la réduction de cet « esprit » aux fluctuations financières. Doit-on s’étonner que devant une certaine impuissance des dirigeants politiques face aux pouvoirs économiques, de nombreux peuples se laissent tenter par des solutions autoritaires ? Même l’Europe, construite depuis 60 ans sur des principes démocratiques voit ceux-ci battus en brèche à l’issue d’élections nationales.

La démocratie serait-elle en danger ? La question nous semble posée, d’autant plus que les « impératifs » du changement climatique et l’urgence des mesures à prendre, s’accommodent encore mal des décisions prises par des procédures délibératives.

Nous ferons de ces questions le thème de notre seconde biennale de Condorcet en 2019. Nul doute que le principe d’égalité en sera un marqueur fort.

En attendant, nous poursuivons nos débats sur des sujets au cœur de la société française, la protection sociale et son avenir, la laïcité et l’échange des convictions, le bilan d’une année économique de la présidence Macron ou encore l’ambiguïté et les dangers du protectionnisme de Trump et des discours populistes.

Bernard Wolfer

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