Un an de présidence d’Emmanuel Macron

L’analyse de la première année de Présidence d’Emmanuel Macron a été effectuée selon 4 axes : – Les problèmes centraux de la France quand
Emmanuel Macron est élu

– Le macronisme existe-t-il : une ligne théorique ?
– Les risques d’échec
– L’Europe : quelle évolution ?

{{• Les problèmes de la France lors de l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir}}

La situation de la France en 2017 présente plusieurs aspects négatifs :

– Une faible compétence de la population active. La qualification de la population active française est parmi les plus faibles des pays de l’OCDE. Ceci freine la modernisation des entreprises et induit un taux d’emploi faible et un fort taux de chômage. Cette situation s’explique en partie le déficit extérieur de la France.

{{- Une faible modernisation du capital. }}

Comparativement, la France emploie 2 fois moins de robots que l’Allemagne et 4 fois moins que la Corée. L’investissement en TIC et robots est de 0,7% du PIB en France contre 1,5% en zone Euro hors France. Des chefs d’entreprises notamment dans les PME mettent en avant la faible qualification de leurs collaborateurs pour expliquer l’impossibilité d’investir dans des robots

{{- Un taux d’emploi très faible.}}

Le taux d’emploi des 15-64 ans est de 65% en France contre environ 75% en Allemagne, en Suède, au Japon ou au Royaume-Uni. Le problème porte sur l’emploi des plus de 55 ans et surtout des plus de 60 ans.
– Ce faible taux d’emploi induit en France une pauvreté a priori plus forte qu’en Allemagne qui a fait le choix in fine gagnant de créer un système avec des travailleurs pauvres plutôt que de laisser ces personnes au chômage. En France, les ménages pauvres sont souvent des ménages monoparentaux ou à un seul revenu alors qu’en Allemagne beaucoup de ménages cumulent deux revenus (fussent-ils faibles).
– Avant redistribution, les inégalités de revenus en France sont les plus élevées de l’OCDE. Après redistribution, la France est parmi les pays les moins inégaux. Ceci implique une forte pression fiscale notamment sur les entreprises, ce qui freine les créations d’emploi.
– Enfin, la France possède un marché du travail dual avec des individus protégés et d’autres qui sont fortement précarisés. Lors des crises, les individus protégés s’en sortent et les autres perdent leur emploi. Lors des reprises et des phases hautes des cycles, les individus protégés en profitent pour obtenir des hausses de salaires et les entreprises embauchent peu.
Ces points négatifs expliquent le niveau élevé du chômage résiduel, même en période faste, ainsi qu’un fort déficit extérieur et des inégalités de plus en plus difficiles à gérer.

{{• Le macronisme existe-t-il ? }}

L’axe principal de la politique d’Emmanuel Macron est d’augmenter le taux d’emploi de la France via une batterie de mesures déjà prises ou envisagées qui seront efficaces selon des horizons de temps différents : flexibilisation du marché du travail, réforme de l’apprentissage et de la formation professionnelle, baisse de la fiscalité du capital. En outre, il va essayer de remettre en question les rentes et les monopoles avec une vision Schumpétérienne de l’évolution de l’économie (d’où l’accent mis en faveur des start-up).
Il est à noter que les start-up ne créent qu’un nombre limité d’emplois. Les emplois liés aux NTIC ne représentent que 3,5% du total aux USA (même en incluant les GAFA) et 2,7% en France. En outre, 90% des start-up en France échouent lors de leur première année d’existence.

Emmanuel Macron veut réaliser un maximum de réformes rapidement pour accroître la productivité et l’investissement. Il espère ainsi faire passer la croissance potentielle de la France de 1,2% actuellement à 1,5% avant la fin du quinquennat. Son but est d’augmenter la croissance via l’accroissement du taux d’emploi et non via des augmentations de salaires notamment en faveur des salariés protégés ou insiders.
Ceci crée un malentendu avec certains Français qui espéraient des augmentations de pouvoir d’achat en parallèle de la suppression ou de la baisse des impôts payés par les plus riches (ISF, flat tax sur les revenus du capital, exit tax). Cette situation conduit certains à le caractériser comme le Président des riches.

{{• Quels risques d’échec ? }}

Les réformes seront-elles à la hauteur de la complexité des problèmes ?
Des réformes importantes sont en cours :
– La formation professionnelle concentre de nombreuses critiques : inadaptée, elle ne profite pas assez aux chômeurs, des inefficacités importantes existent dans son fonctionnement. Les fondements de la réforme sont bons : liens apprentissage / éducation professionnelle, certification des formations, orientation vers les chômeurs. Toutefois, avec 18% des jeunes de 15 à 29 ans (soit environ 2 millions de personnes) déscolarisés, sans formation et sans emploi, le plan prévu sera-t-il suffisant ?
– Matteo Renzi a lancé une grande réforme du marché du travail italien (qui était plus rigide que la marché Français) en 2014. Les effets de cette réforme en 2018 sont très faibles.
– Enfin, certaines réformes fiscales (comme la baisse des cotisations sociales des entreprises) ont souvent un effet avéré sur le chômage. Pour d’autres baisses d’impôts (baisse de l’impôt sur les sociétés, flat tax à 30% sur les revenus du capital), l’effet est beaucoup moins évident.
La croissance pourrait aussi baisser. La France a bénéficié en 2017 d’un taux de croissance élevé de 2,2% grâce aux réformes passées et à « l’alignement des planètes » (prix du pétrole modéré, dollar vigoureux, taux d’intérêt faibles) voire grâce à un effet de rattrapage. En 2018, le gouvernement prévoyait une croissance de 2% qui risque fort de n’être que de 1,7% avec une légère décrue en 2019. Ces chiffres sont supérieurs à la croissance potentielle de long terme de la France (environ 1,25%).
Plusieurs facteurs d’incertitude pourraient amenuiser la croissance Française :
– Le prix du baril de pétrole a doublé en un an (80$ vs 40$) ce qui représente une ponction de 0,5% sur la croissance.
– Les incertitudes géopolitiques notamment en liaison avec les foucades de Monsieur Trump (Rusal a été mis en faillite à la suite de sanctions américaines, ZTE est passée près de la liquidation, une guerre commerciale entre les USA et l’Europe ne serait pas sans conséquences. Les sanctions contre l’Iran pénalisent des firmes françaises.
– Des grands pays (USA, Chine, émergents) pourraient voir leur taux de croissance baisser après une longue phase de hausse car ils sont proches du plein emploi.
– De nombreuses entreprises françaises signalent des difficultés pour embaucher des collaborateurs bien formés malgré un taux de chômage de 8,9%.
Cette baisse de la croissance pourrait nous ramener à la situation italienne où les faibles effets de la réforme du marché du travail trouvent partiellement leur origine dans la faible croissance.
Actuellement, on ne parle plus des finances publiques à cause des taux d’intérêts bas et de la baisse (liée à la croissance retrouvée) des déficits publics.
Toutefois, sans nouvelle baisse de ces dépenses et avec une stabilisation du taux de croissance de l’économie autour de la croissance potentielle, on arrive à un déficit de 5 à 6% du PIB en 2021/2022 !
Ceci implique une baisse des dépenses publiques de 80 à 100 milliards d’Euros par rapport à la tendance soit environ 30 milliards d’euros en absolu. Il est possible de baisser la dépense publique via des privatisations. Ceci ne change rien globalement pour le consommateur : il paye à une entité privée ce qu’il payait en impôts auparavant. Ceci peut juste améliorer la perception de la France par des instances internationales ou des investisseurs qui considèrent la dépense publique comme intrinsèquement mauvaise.
Le principal problème de l’Europe provient de l’hétérogénéité des niveaux de développement et de vie entre ses régions. Comme Paul Krugman l’avait bien montré dès 1992 dans son article « Lessons of Massachussetts for Europe », la construction européenne a renforcé les inégalités entre régions au lieu de faire converger les économies européennes. Comme le revenu par habitant dans le Massachussetts est le double de celui du Middle West, les économies européennes divergent : l’absence de risque de change pousse à la spécialisation. Les constructeurs automobiles allemands ne sont plus obligés de fabriquer des voitures dans chaque pays puisque les différents pays membres de la zone Euro ne peuvent plus dévaluer.
Ceci entraîne dans certains pays des réactions populistes ou le désir d’une autre Europe. A l’opposé, les pays les plus riches, qui continuent à s’enrichir, sont de plus en plus rétifs à la solidarité.
En outre, pendant les crises, les ajustements sont à la charge des pays en crise. En général, une crise provient d’un déficit de compétitivité qui est souvent compensé par une baisse des salaires et/ou des prestations sociales (notamment les retraites). Pour que ce mécanisme soit pleinement efficace, il faudrait que les pays les plus compétitifs augmentent leurs salaires concomitamment. Ceci est rarement fait !
Enfin, il n’y a aucune mutualisation du risque souverain ce qui engendre des crises spéculatives. De même, il n’y a pas d’assurance européenne des dépôts bancaires. Ces deux points sont totalement inacceptables par l’Allemagne et les pays d’Europe du Nord. Même si le système bancaire allemand est en crise (et donc pourrait profiter de ce genre de mesures en cas de crise), l’idéologie mercantiliste allemande couplée à l’ordo-libéralisme prévalent.
L’Allemagne accumule donc les excédents extérieurs tout en maintenant sa demande intérieure à un faible niveau ce qui génère une épargne colossale. Auparavant, cette épargne était investie en Europe ; depuis, quelques années, l’épargne allemande bénéficie aux pays hors d’Europe !
Le niveau de la dette (même en additionnant dette publique et dette privée) ne serait un problème que si les taux d’intérêt montaient fortement et dépassaient le taux de croissance de l’économie, or l’inflation reste contenue et les banques centrales sont très prudentes. Le risque lié à la dette semble limité sauf si une brusque flambée du cours du pétrole attisait fortement l’inflation qui entraînerait une forte hausse des taux d’intérêt.

{{• Quelles solutions ?
}}

Les blocages quasiment idéologiques des pays du Nord de l’Europe (Allemagne, Autriche, Benelux) rendront difficile toute avancée politique majeure.
Le Président Macron a fait des propositions fortes dans ce domaine : budget européen accru, un ministre des finances de la zone Euro, émission d’obligations de la zone Euro. Une partie de ce programme n’aboutira que s’il est possible de le transformer en mesures techniques comme l’évolution du Mécanisme Européen de Stabilité en « Fonds Monétaire Européen ».
L’Europe doit aussi s’interroger sur les réponses à apporter à l’offensive américaine. L’Euro est déjà une monnaie de réserve importante détenue par de nombreux acteurs financiers. Toutefois, il reste incapable de remplacer complètement le Dollar US.
L’Europe est souvent pieds et poings liés face aux diktats américains. Une des solutions est de se rendre moins dépendant des USA : émergence de champions européens (et changement de doctrine concernant la concurrence au sein de l’UE). Souvent, le critère pour interdire la construction de champions européens a été à court terme le maintien de la concurrence au bénéfice du consommateur, aux dépens de l’indépendance technologique.
Il faut avoir une vision à plus long terme et mettre en place un plan équivalent au plan « Made in China 2025 » qui vise à assurer l’indépendance technologique de la Chine dans de nombreux domaines pour pouvoir poursuivre une politique étrangère plus autonome.

Synthèse par Michel Cabirol membre du Cercle

1- Patrick Artus est Directeur de la Recherche et des études économiques de NATIXIS et Professeur associé à L’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

2- Ce compte-rendu a été effectué en reprenant les données chiffrées de Patrick Artus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *