Les céréales dans la guerre russe en Ukraine : L’Europe face à une nouvelle donne des enjeux mondiaux

avec Jean-Jacques Hervé

21 septembre 2022, à l’Institut Protestant de Théologie, Paris 14

Jean-Jacques Hervé actuel Président de l’Académie d’Agriculture de France est Agronome, Ingénieur Général des Ponts et des Eaux et Forêts. Il a été Conseiller agricole à Moscou (1997 – 2003). Conseiller du Gouvernement d’Ukraine (2004 -2008). Board Member Credit Agricole Bank Ukraine (2009 – 2016). Membre étranger de l’Académie des sciences de Russie, membre de l’Académie des Sciences agraires d’Ukraine

Lorsqu’il arrive au pouvoir en 2000, Vladimir Poutine s’inscrit dans la continuité de Boris Eltsine et de Mikhaïl Gorbatchev : L’ouverture internationale s’imposait alors que la Russie dépendait des importations pour se nourrir et des Institutions financières internationales pour tenir son budget. Les diplomaties occidentales envisageaient des scénarios encore impossibles moins de dix ans auparavant, une coopération forte avec l’Union européenne, et même un rapprochement avec l’OTAN.

Aujourd’hui, le même président déclare la guerre à un Occident, qu’il juge décadent et haïssable, et veut retrouver les limites de l’empire soviétique en s’attaquant aux anciennes Républiques devenues indépendantes, Géorgie, Ukraine, Transnistrie. L’année 2000 marque également le retour des blés de la Mer Noire sur le marché mondial. Les premières grandes exploitations agricoles à intégration verticale, créées d’abord en Russie puis en Ukraine, valorisent leurs avantages comparatifs : la fertilité des terres noires, la géométrie des parcellaires permettent de diviser par deux les coûts de production. Les grands négociants internationaux s’installent. Les terminaux portuaires ukrainiens de la Mer Noire se dotent de nouvelles capacités de chargement, de près de 70 Mt avant le conflit. La Russie réagit, après les évènements de Maïdan. Elle mobilise sa diplomatie agricole, modernise ses infrastructures et entend concurrencer l’Ukraine.

L’Europe, sans doute trop sûre d’elle-même et de la perfection de sa politique agricole commune, n’a pas anticipé ces concurrences. Est-elle prête, dès aujourd’hui, à inclure l’Ukraine dans son périmètre pour reconquérir ensemble une part de la couverture des besoins des pays qui ne peuvent répondre seuls à leur demande interne ? Ou laissera-t-elle la Russie, prenant le contrôle des terres et des ports d’Ukraine, devenir une imbattable concurrente ? C’est un débat utile sur l’usage de l’arme alimentaire comme jeu de puissance

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